Île-de-France : ubérisons les transports collectifs !

Ubérisons les transports publics en anticipation des révolutions à venir !

Par Vincent Bénard et Aurélien Véron.

Metro credits Steve Calcott

L’automobile vit plusieurs changements majeurs. Peugeot annonce avoir réussi un trajet Paris-Bordeaux en mode sans chauffeur. Toyota testera 50 taxis autonomes au Japon dès 2016. L’expérimentation de la Google Car révèle une conduite déjà plus sûre que celle d’un humain. La numérisation permettra aux villes devenues intelligentes (« smart cities ») de mieux gérer le trafic et le stationnement pour limiter la congestion et fluidifier les déplacements de tous, tout en améliorant la qualité de l’air.

Au confort de ce transport individuel s’ajoutera un avantage économique. Le coût moyen kilométrique atteint 40 centimes (barème fiscal) pour le propriétaire d’une voiture garée 95% du temps et surdimensionnée pour les trajets quotidiens. Ce coût sera divisé par deux, voire plus, avec la montée en puissance de taxis sans chauffeurs bien mieux utilisés, de la colocation entre particuliers et de formes nouvelles d’auto-partage qui mettront à disposition de tous une flotte de véhicules à la demande, capables d’opérer de porte à porte, et non polluants car rechargeables à une borne électrique aux heures de nuit. Des compagnies capables d’organiser des ramassages intelligents de gens vivant et travaillant dans les mêmes zones pourront même abaisser le coût au kilomètre en dessous du coût actuellement payé par l’usager (moins de 10 centimes), sans avoir besoin de subvention !

L’arbitrage individuel sera rude pour les transports en commun classiques dont le coût moyen kilométrique du passager est de 28 centimes à Paris (source EMTA 2012), même si les passagers n’en payent que 40% directement de leur poche. Quel est l’intérêt de payer plus cher des transports collectifs bondés, peu fiables, peu sûrs et souvent sans desserte pratique à l’écart des centre-villes ?

L’avancement des expériences en cours laisse penser que ces nouveaux services se mettront en place progressivement entre 2020 et 2030. Mais déjà, sans même attendre la révolution de l’automatisation, des entreprises utilisant des bus de taille plus modeste mais organisant des ramassages dynamiques, pourraient abaisser le coût des transports partagés bien en dessous de celui des transports publics, si la loi le leur permettait… Seul un vrai marché concurrentiel est capable d’améliorer la qualité et d’adapter l’offre aux besoins. La vieille corporation des taxis a perdu son monopole avec l’arrivée d’Uber et des compagnies de VTC. Ubérisons les transports publics en anticipation des révolutions à venir !

Les décisions d’investissement dans le rail doivent tenir compte de cette disruption désormais inévitable. Un projet tel que le « Métro Grand Paris », estimé à 30 milliards -avec quel argent ?- hors imprévus, desservant surtout des zones à faible densité, n’a plus aucune justification économique. La modernisation et le prolongement ciblé de lignes existantes peuvent déjà améliorer considérablement le quotidien des millions de passagers du métro et du RER en Ile-de-France dans un délai plus raisonnable et pour un coût acceptable. Une économie potentielle d’au moins 15 milliards ! Nous proposons de concéder l’exploitation de ces axes majeurs à des exploitants plus performants en libérant le jeu des appels d’offre interdit aux lignes existantes jusqu’en 2039 ! Faisons sauter ce verrou qui pénalise le quotidien des Franciliens passant en moyenne 1h30 en déplacements quotidiens.

L’avenir des transports urbains passe par de tels services capables d’amener flexibilité et adaptabilité aux offres disponibles. En ouvrant à la concurrence les lignes de transport de plus de 100 kilomètres, la loi Macron a permis un foisonnement d’offres nouvelles -et de nouvelles embauches utiles- en quelques semaines. Il est permis de penser qu’une liberté totale d’entreprendre sur les distances inférieures recèle un potentiel colossal d’opportunités dont l’effet principal sera l’amélioration de l’offre de transports accessibles à tous et une forte création d’emplois de proximité.


Sur le web. Une tribune cosignée avec Aurélien Véron, président du Parti Libéral Démocrate, et candidat aux élections régionales d’Île de France, tête de la liste « Aux actes citoyens », et initialement publiée par le Huffington Post.

À lire aussi : 35 milliards pour les transports IdF, appel au moratoire