Oups, des évasions. Et toujours aucune solution ?

Prison (Crédits kIM DARam, licence Creative commons)

Il semble maintenant clair que la France a un petit problème de prisons et pas seulement parce que ce sont, généralement, des bâtiments vétustes qu’il faut entretenir aux frais d’une République un peu étriquée du portefeuille, mais aussi parce qu’elles sont trop remplies et qu’en matière carcérale, l’évasion semble une option routinière.

Ah, là, je sais qu’on va encore me dire que j’exagère, pfffu, enfin bon, que c’en est scandaleux de caricaturer ainsi, rohlala, et qu’il y a tout de même des limites à ne pas dépasser, mmfffenfin voyons.

Certes, l’évasion, comme l’expliquent maintenant les pouvoirs publics (Chancellerie en tête) est un impondérable du système carcéral, et quoi qu’en disent les médias, semble rester stable d’année en année – ce qui est tout à fait exact, soit dit en passant, même si ça nous en fait une par jour en moyenne. Certes, la plupart des évadés se contentent de retourner en famille ou chez des amis et sont retrouvés très vite, et gagnent au passage une extension de peine. Bisous, circulez. Certes.

Il n’en reste pas moins que, dernièrement, on assiste à quelques cas d’évasions consternantes.

Lundi dernier, un policier tombait sous les balles d’un détenu en cavale depuis des mois, faisant l’objet d’une fiche S, braquant un entrepôt à bijoux qui tournait au drame suite à des échanges de coup de feux. La banalité du braquage à main armée (on est en France, si les méchants pouvaient se procurer des armes, ça se saurait, voyons !) aura été occultée par l’état critique du policier, qui aura lui-même quelque peu éloigné les consternations devant le fichage des services de renseignements, manifestement très forts pour établir des profils et des petits bristols sur les vilains qui grouillent en France, mais infoutus de les appréhender, terroristes ou pas. Et tout ceci semble à son tour occulter la radicalisation en prison de l’évadé, chose qui semble maintenant presque aussi banale que le braquage en premier lieu.

Mardi, pour continuer la série, c’est un trafiquant de drogue, judicieusement autorisé à sortir pour disputer une compétition de boxe (apparemment, les championnats de point de croix n’ont pas la même cote en prison et les établissements carcéraux semblent apprécier que les détenus acquièrent quelques techniques de combat supplémentaires) qui aura étonnamment choisi ce petit divertissement pour prendre la poudre d’escampette. Soyons gentils : l’institution ne pouvait pas prévoir que ce trafiquant, de renommée internationale au casier déjà lourdement chargé, allait benoîtement demander une autorisation de sortie pour une compèt’ de boxe, et l’obtenir. L’institution ne pouvait pas prévoir que ce détenu, qui avait déjà réalisé une évasion en 2012, allait faire une nouvelle tentative. C’est donc en toute logique que, malgré l’absence totale de toute pratique préalable de la boxe par le détenu, l’administration carcérale le laissera aller à cette compétition encadré de deux éducateurs sportifs. Tout ceci n’est, à n’en pas douter, qu’un malheureux concours de circonstances.

Et jeudi, c’est donc tout naturellement qu’on apprend que la même institution carcérale se retrouve à déplorer une nouvelle évasion d’un détenu lors d’une sortie à vélo. La prison, cet enfer sportif qui prépare au triathlon, a clairement des soucis pour conserver ses athlètes.

Rassurez-vous, il y a parfois des bonnes nouvelles, comme lorsqu’on finit par rattraper un évadé après quelques jours de cavale (et en pratique, c’est même un cas fréquent lors des évasions). Mais des fois, les réjouissances de l’institution qui remet la main sur un petit protégé égaré sont malheureusement troublées par la découverte d’un méfait qu’il aura commis pendant sa période de vacances. Zut et flûte, voilà qui est gênant.

Comme le note Baptiste Créteur dans son dernier édito sur Contrepoints, tout ceci interpelle, de façon véhémente, et pas seulement la Garde des Sceaux qui, ultimement, représente la Justice dont dépendent les établissements carcéraux. On ne peut que s’interroger sur la pertinence des Renseignements lorsqu’ils distribuent de la fiche S mais ne parviennent pas à empêcher les fichés de se faire la belle de la façon la plus caricaturale possible (essayez d’en faire un scénario de film : personne ne croira à une telle irresponsabilité dans la chaîne administrative). De même, on doit aussi s’interroger sur la capacité de l’État à mener ses missions s’il est infoutu de faire respecter la loi et de faire appliquer ses peines.

Dès lors, pas étonnant que certains policiers, devant les blessures subies par leurs collègues, réclament des réactions fermes de la Chancellerie et appellent à manifester : l’ensemble des institutions semble bien dépassé par les problèmes, récurrents, de gestion des personnels et des détenus, d’évasion, de permissions, et les faits récents poussent à une sévère remise à plat des méthodes et des organisations.

Malheureusement, Christiane Taubira, drapée dans son dogmatisme et ses tweets rocambolesques, n’est bien sûr pas à la hauteur et devant ces constats, pourtant indiscutables, ne semble guère démontée :

« J’ai pris des dispositions pour que, d’abord, nous travaillions sur les textes de 2004 à 2008 pour les clarifier et éviter toute confusion et ensuite pour que le circuit d’information au juge soit opérationnel et performant. Et cela, j’ai demandé que ce soit le cas dans 15 jours. »

Voilà : pif, on va travailler, paf on va clarifier, et pouf ce sera réglé dans 15 jours. Fastoche, finalement, et pas de quoi s’exciter.

Pourtant, des solutions existent, un peu plus complexes mais un peu plus opérationnelles que les taubitweets ; j’en décrivais quelques unes il y a plusieurs mois dans un précédent billet, à commencer par le fait de construire des prisons ; oh, bien sûr, les zhumanistes auront beau jeu de rappeler niaisement ♩ qu’ouvrir des écoles ♫ évite de bâtir des prisons ♬, mais la réalité reste têtue : il manque par exemple entre trente et quarante mille places de prison en France si l’on compare avec ces enfers carcéraux que sont l’Espagne ou l’Angleterre par exemple.

De la même façon, il semble aussi nécessaire de s’assurer qu’une peine de prison se traduit effectivement par du temps de cellule, ce qui signifie notamment d’en finir avec la culture de l’excuse, à commencer par celle qui consiste à trouver des alternatives à la prison précisément parce qu’elles ne sont pas construites. Eh oui, les prisons françaises sont une honte pour un pays qui se gargarise de droits de l’Homme à tous les repas. Ceci explique assez bien à la fois la distribution de colliers, de permissions, de prison avec sursis que l’absence quasi-systématique d’incarcération effective lorsque la peine est inférieure à deux ans, et les maux périphériques qu’on observe dans les établissements (un nombre important de détenus qui relèvent d’abord de la psychiatrie, le développement de maladies diverses, et bien sûr la fameuse radicalisation, entre autres).

Et enfin, on pourrait – suggestion à l’endroit de tout le gouvernement et du paquet de crapules qui siègent à l’Assemblée et au Sénat – arrêter d’augmenter le nombre de lois qui augmentent artificiellement le nombre de coupables, depuis les lois mémorielles en passant par les atteintes à la liberté d’expression, la loi Renseignement, les douzaines de lois routières et autres cosmétiques insupportables de l’hygiénisme socialiste galopant. Par exemple, la guerre contre la drogue a foiré, lamentablement. On pourrait enfin la laisser tomber en reprenant ce qu’a fait le Portugal avec succès, et se concentrer enfin sur les crimes et délits qui touchent la population française (banditisme, cambriolage, violence au quotidien camouflée dans l’ « incivilité »).

Malheureusement, même avec les pifs, les pafs, les poufs et les taubitweets de la Garde des Sceaux, rien de tout cela ne sera envisagé, encore moins mis en place. En vertu de quoi, ce pays est foutu.

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