La Turquie, partenaire complexe de l’Europe

L’attentat d’Ankara survient dans un contexte lourd de signification pour la Turquie, mais aussi pour l’Europe.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Pop H-Le chat et la souris-Creative common

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La Turquie, partenaire complexe de l’Europe

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 12 octobre 2015
- A +
Pop H-Le chat et la souris-Creative common
Pop H-Le chat et la souris-Creative common

 

L’attentat d’Ankara survient dans un contexte lourd de signification non seulement pour la Turquie, mais pour l’Europe et pour ses relations avec l’héritier de l’Empire ottoman. Il pourrait accélérer les évolutions en cours dans les rapports entre le continent et son voisin musulman.

L’attentat d’Ankara : complot d’État ou pas ?

La question est dans tous les esprits : quel est le degré d’implication du système islamiste Erdogan dans l’attentat d’Ankara ?

Pour comprendre la pertinence et l’évidence de la question, il suffit de se remémorer le contexte de l’attentat. Lors des dernières élections législatives, en juin 2015, le HDP, parti pro-kurde de gauche, a obtenu 13% des voix. Ce coup de tonnerre a arithmétiquement empêché le parti d’Erdogan, l’AKP, d’obtenir la majorité absolue. Le Premier ministre Davutoglu a donc convoqué pour le 1er novembre des élections législatives anticipées pour retrouver une majorité. Erdogan a largement diabolisé le HKP au cours de la campagne électorale.

L’attentat d’Ankara a précisément visé le HDP et a causé près de 100 morts dans ses rangs, selon un modus operandi qui rappelle les autres attentats visant ce parti (plus de 70 attaques en tout) et la technique islamiste. Deux kamikazes auraient fait exploser la charge qu’ils portaient sur eux au milieu de la foule. L’intérêt de cette opération est évidemment de cliver l’ambiance politique dans le pays et de placer les élections sous tension.

Pour un certain nombre d’observateurs, l’un des bénéfices immédiats attendus de cet attentat était de dissuader le PKK (parti considéré comme terroriste en Turquie) d’appeler au cessez-le-feu dans la lutte pour les intérêts kurdes. Le PKK a néanmoins maintenu son appel à la trêve et, dans ce contexte, on voit pourquoi il aurait commis un attentat aussi meurtrier.

Les plus modérés se demandent comment la police et les services de renseignement ont pu « laisser passer » un attentat aussi bien organisé à quelques mètres de leur siège, puisque les explosions ont eu lieu près des centres névralgiques de la sécurité turque. Il faut ici avoir à l’esprit qu’Ankara est nichée au creux de plateaux quasi-désertiques, ceinturée de façon quasi-ininterrompue par des casernes et des bases aériennes, et que la ville est très espacée, à la différence d’Istanbul qui est très concentrée.

Ankara et Daesh : une histoire ambiguë

Il est très vraisemblable (mais sans certitude) que l’attentat soit le fait, d’une façon ou d’une autre, de l’État islamique. La question est de savoir quel est le degré d’instrumentalisation de Daesh par la Turquie aujourd’hui.

On se souvient ici que la Turquie profite du désordre syrien pour bombarder les positions kurdes et tenter d’affaiblir un mouvement sur lequel l’allié américain s’appuie pour combattre Daesh. C’est avec le soutien américain que les Kurdes auraient repris Kobané (la ville dont le père du petit Aylan mort en Grèce était originaire). Il se murmure que les Turcs auraient donné à l’armée américaine accès à leurs bases militaires en échange d’une prise de distance avec les Kurdes.

Dans cette stratégie anti-kurde, existe-t-il un accord plus ou moins explicite entre Erdogan l’islamiste et l’État du même nom pour effectuer les sales besognes qui profitent au président turc ? En Turquie même, beaucoup dénoncent le soutien dont Daesh bénéficie de la part d’Erdogan :

« Nous n’affirmons pas que les attentats perpétrés contre nous sont étrangers à Daech comme il a été affirmé par le pouvoir. Mais nous savons que l’AKP leur fournit la logistique et leur prépare le terrain : non seulement les militants de l’EI peuvent entrer et sortir du territoire comme ils veulent mais ils ont des camps d’entraînement ici. »

Ankara et sa bombe de 2 millions de Syriens

Erdogan ne dispose pas seulement de l’arme État Islamique pour effrayer l’Europe, il s’est aussi doté d’un arsenal annexe : plus de 2 millions de réfugiés syriens qui errent dans les rues à la recherche d’un passage vers le continent. Il sait pertinemment que, le jour où il ouvre les frontières, l’Europe traversera une crise sans précédent. Et l’Europe sait qu’il sait.

La question des migrants s’est trouvée au cœur de la visite qu’Erdogan a rendue lundi à Bruxelles auprès de la Commission. L’objectif des Européens est de « fixer » les 2 millions de Syriens en Turquie. L’objectif d’Erdogan est de monnayer chèrement cette « fixation ».

Personne ne connaît encore clairement les termes de l’accord qui doit être discuté officiellement cette semaine avec les États-membres. Toutefois, selon le Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitun, qui cite des sources de la Commission européenne et allemandes, les termes en seraient assez simples :

« Conformément à ce plan, la Turquie devrait accepter d’intensifier ses efforts pour sécuriser ses frontières avec l’UE en participant à des patrouilles conjointes avec les garde-côtes grecs dans l’Est de la mer Égée, coordonnées par l’agence européenne de surveillance des frontières Frontex.

Les migrants tentant de joindre l’Europe qui seraient arrêtés seraient ramenés en Turquie, où six nouveaux camps pouvant héberger jusqu’à deux millions de personnes seront construits et cofinancés par l’UE.

Pour leur part, les pays de l’UE devraient accepter d’accueillir jusqu’à 500 000 personnes afin de leur permettre de gagner l’Europe depuis la mer en toute sécurité, sans avoir recours aux passeurs. »

Ankara dégrade la situation des migrants

Histoire de bien expliquer son pouvoir par le texte, il est manifeste que la Turquie a décidé ces dernières semaines d’exercer une pression migratoire sur l’Europe. Depuis septembre, le flux quotidien d’arrivée de migrants en Grèce a doublé. Au moment où Tsipras annonce une récession de 2,3% en 2015 et prévoit un nouveau recul du PIB de 1,3% en 2016, la pilule est douloureuse à avaler.

La Grèce est désormais contrainte d’ouvrir un camp de réfugiés sur l’île de Lesbos. Comble de folie, l’Allemagne propose la levée d’un impôt européen pour financer cette politique migratoire très soumise à la Turquie.

Ankara et l’adhésion à l’UE sans laïcité

La contrepartie obtenue par Erdogan dans cette négociation paraît bien faible, et il est vraisemblable qu’une clause secrète soit dissimulée dans cet accord. Le président turc ne cache en effet pas son intention d’obtenir l’adhésion de la Turquie à l’Union dans les conditions qui lui soient le plus favorable possible : pas de laïcité et pas de démocratie. Autrement dit, la Turquie est en train de négocier en douce son entrée dans l’Europe sans droit de regard sur un régime islamiste de plus en plus autoritaire.

C’est bien le scénario de la soumission à la Houellebecq qui se dessinerait alors : je vous débarrasse de vos migrants que vous ne sauriez voir, mais vous m’acceptez tel que je suis, avec mon régime islamiste et ma dictature personnelle.

Cette soumission a été assez bien décrite par un haut fonctionnaire européen :

« La Turquie fait partie de la solution. »

a assuré cette semaine Simon Mordue, haut fonctionnaire de la Commission européenne.

« « La Turquie accueille actuellement plus de deux millions de réfugiés syriens, dont 260 000 sont dans des camps et 1,75 million sont en dehors de camps. La Turquie a investi plus de huit milliards de dollars pour les loger », a-t-il expliqué. « Nous voyons donc la Turquie comme un partenaire dans cette crise, de nombreux défis auxquels la Turquie fait face sont similaires à ceux que nous affrontons ». »

Ankara pressé par la Russie

L’intervention russe en Syrie exerce une pression nouvelle sur la Turquie qui s’est d’ailleurs manifestée par des violations de l’espace aérien. Militairement, Poutine pourrait en effet, sur le terrain, reprendre le contrôle de la situation et revisser le fauteuil de Bachar al-Assad. Il est trop probable que, au-delà des interventions aériennes ou balistiques, l’armée russe se soit déployée physiquement et qu’elle livre combat aux « rebelles ».

Pour la Turquie, cette intervention est une mauvaise manière, à plusieurs titres. D’abord parce que la Turquie perdrait l’occasion de devenir la puissance régionale qu’elle rêve d’être. Ensuite parce que l’expansion sunnite serait ainsi stoppée et manifesterait soudain sa fragilité.

Pour les Européens, cette intervention est aussi un point négatif. Elle souligne l’impuissance de l’Union à agir en dehors des États-Unis et place la Russie en position centrale sur le continent.

La stratégie anti-russe de la Commission européenne

De son côté, la Commission européenne persévère dans sa stratégie anti-russe et préfère curieusement une alliance avec l’islamiste Erdogan plutôt qu’une coordination intelligente avec Poutine, notre allié historique.

À titre d’exemple, le commissaire à l’Énergie, Miguel Canete, a-t-il redit que l’Ukraine était un pion incontournable dans la stratégie européenne et que tout serait fait pour en protéger les intérêts. Il a donc annoncé qu’il multiplierait les obstacles à la construction du gazoduc Nordstream II, qui contourne l’Ukraine :

« M. Canete a martelé qu’il était crucial de préserver le rôle de l’Ukraine, par lequel transite environ la moitié du gaz russe à destination de l’UE. »

Pourtant, la même Ukraine est désormais déclarée en état de défaut par les agences de notation. Pourquoi le commissaire à l’Énergie, dont les intérêts dans l’industrie pétrolière sont connus, poursuit-il une stratégie qui ne profite qu’à l’Ukraine… et aux États-Unis ?

Le géant américain contesté par les peuples européens

Au passage, on notera que l’alliance objective entre les dirigeants européens et les États-Unis suscite un rejet grandissant de la part des citoyens européens. Deux exemples l’ont montré cette semaine.

La première nouvelle est venue d’Allemagne, où le nationalisme et l’anti-atlantisme s’expriment volontiers depuis 1945 par des mouvements « de gauche », comme les Grünen hostiles au « tout-consommation ». 250 000 Allemands se sont retrouvés dans les rues de Berlin pour dénoncer le prochain traité de libre-échange transatlantique.

Cette manifestation ponctuait une semaine où une pétition signée par 3,5 millions de personnes protestait contre ce traité.

Autre nouvelle : la Cour de Justice de Luxembourg a remis en cause la doctrine du « safe harbor » qui permet le transfert de données personnelles de l’Union vers les États-Unis. Du coup, c’est toute la prééminence américaine sur Internet qui est ébranlée. Le poids des réseaux sociaux américains pourrait en souffrir.

La crise économique fait rage dans l’Union

Pendant ce temps, les mauvaises nouvelles s’enchaînent sur le terrain économique, y compris en Allemagne. Le péril est tel que Mario Draghi a confirmé que l’intervention de la BCE sur les marchés s’amplifierait si besoin était.

Sale temps pour le continent !


Sur le web

Voir les commentaires (19)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (19)
  • N’importe qui de sensé considérerait l’entrée de la Turquie dans l’UE comme une folie, et bien avant que les événements actuels ne nous le prouvent. Tout simplement parceque la Turquie, sauf pour une infime partie n’est pas en Europe et n’est pas de culture européenne. Ces deux faits majeurs aggravés par le nombre d’habitants du pays, ce qui lui donne un poids considérable.
    Aussi fou que l’entrée de la Grèce dans la zone euro, aussi fou qu’un espace Shengen sans protection des frontières extérieures.
    Les dirigeants européens sont des idéologues qui avancent masqués.

    • « Tout simplement parceque la Turquie, sauf pour une infime partie n’est pas en Europe et n’est pas de culture européenne. »

      +1, comme la Russie.

  • Sans vouloir être gratuitement polémiste, quelques articles bien senti de Contrepoint traitent de (très) haut les opposants à l’entrée de la Turquie dans l’UE.

  • Que la Turquie ne rentre pas dans l’UE, sinon elle risque de devoir se farcir l’€.

    Pour les migrants, c’est Mme Merkel qui les a invités, ce n’est pas de la faute d’Erdogan.

  • Article très triste..ça commençait bien, ça semblait intelligent..Et là le mouton révèle ses habits de loup : Poutine serait notre allié historique, l’amitié avec les Etats-Unis serait contestée !

    L’opposition au traité de libre-échange n’est que le reflet des inquiétudes de l’extrême droite et de l’extrême gauche alors que ce traité serait très bénéfique et représenterait une continuité logique et historique. Si on écoutait les affabulations des ignares économiques l’Europe serait morte économiquement. Poutine quant à lui n’est certainement pas notre allié historique, un allié historique ne harcèle pas les pays voisins, et surtout les membres de l’UE comme la Suède et les Pays Baltes qui se plaignent des menaces et incursions répétées de l’armée russe. Les Etats-Unis eux ne nous menacent pas, ils ne nous attaquent pas : ils nous défendent avec leurs bases militaires, ils luttent depuis 15 ans contre le terrorisme islamique à nos côtés, ils veulent une prospérité économique partagée en nous ouvrant leur marché et en faisant en sorte qu’on ouvre le nôtre en échange.

    Article totalement faux, jamais la Russie dictatoriale de Poutine sera une alliée, Poutine est l’opposé des valeurs libérales et démocratiques de l’Europe. L’amitié avec l’Amérique, elle, ne pourra jamais être rompue car nos valeurs et nos intérêts sont les mêmes.

    • Vous avez une vision très manichéenne des choses.

      • Un atlantiste bisounours comme d’habitude dans ses commentaires! Et si Poutine est à l’ oppposé des valeurs libérales et démocratiques de l’ Europe qu’en est il d’Erdogan?

        Les pays baltes appellent à la rescousse les USA contre la Russie ils n’ ont rien à foutre de l’OSCE ni de l’OTAN ni de quoi que ce soit qui ne les regardent pas directement j’ ai envie de dire qu’ ils se débrouillent tout seuls.

        Désolé mais la réalité des relations internationales et de la diplomatie montrent qu’ un dirigeant hypocrite ou qui retourne sa veste d’une démocratie libérale fait plus de tort qu’ un dirigeant autoritaire mais cohérent dans sa politique étrangėre.

        Votre discours formaté sur l’alliance avec les USA est soi naïf soit complètement idéologique. L’alliance inconditionnelle entre deux États et la plus grosse fumisterie qui est jamais existé dans l’histoire des relations internationales.

        Si vous pensez que la démocratie, les droits de l’homme et l’économie de marché partagées par les USA et la France justifie le fait que les USA seront toujours nos alliées et qu’on les suivra partout où ils iront vous êtes totalement à côté de la plaque.

        Les liens entre la France et la Russie sont aussi historique qu’ avec les USA. Et revoyer votre définition de la dictature elle date du collège voir de l’école primaire.

        On en serait pas là si l’UE et les USA arrêtait de tergiverser: Même pas une dizaines d’hommes ont été formés par les USA pour combattre Assad et l’ EI, aveux devant une assemblée médusée et la Obama décide de plus former de groupes mais de les armer directement. Je tiens à rappeler que cette option a été refusée dės le début.

        Quand à Erdogan il n’a aucun intérêt à ce que l’ EI soit défait.Il ne pourrait plus s’ en servir de monnaie d’échange pour mener sa guerre contre le PKK et ses filiales kurdes. Au contraire même, l’attentat qui à eu lieu le renforce politiquement peu importe qui sont les coupables d’ailleurs.

        Comme d’habitude les coupables ne seront jamais découvert où si ils le sont on dira juste que c’ EI ou encore les kurdes? Est il normal qu’ on ne sache rien des derniers attentats en Turquie? Aucun nom, aucune affiliation. Regardez la venue d’Erdogan à Strasbourg, certes il y a eu du succès mais aucune personnalité politique tout bord confondu pour saluer celle ci. En Belgique on parle uniquement « d’ un cadre très protocolaire ».

        Les diplomates sont aussi gênés de cette visite que celle de Bibi en France il y a quelques années où récemment au USA. La Turquie est la solution, le problème c’est Erdogan et son gouvernement.

        À part vous qui semble avoir gobé le retournement de Erdogan contre ĺ’ EI?
        Ce type est plus qu’ ambigu dans son discours il dit je ne suis pas islamiste modéré mais islamiste? On doit entendre quoi par là? Ce type est un danger pour la stabilité de la région son ennemi principal c’ est les rebelles Kurdes et pas l’EI, il veut la chute de Bashar? Qu’ attend il depuis des lustres pour y envoyer ses avions? Son discours est incantatoire comme la plupart des dirigeants de la région: ils veulent la chute de Bashar mais dans les actes ils ne font rien pour pareil pour l’EI. Je pense que le statu-quo qui se dessine trés lentement dans la région sert les intérêts de nombreux États qui se disent être nos « alliés ».

        • « Et si Poutine est à l’ oppposé des valeurs libérales et démocratiques de l’ Europe qu’en est il d’Erdogan? »

          Erdogan prend sans cesse plus le chemin de Poutine. Il semblait être un conservateur respectable mais devient de plus en plus autoritaire et veut apporter à la Turquie, qui semblait jusque la être une démocratie plutôt viable, l’impérialisme ethno-religieux que l’on voit en Russie.

          Erdogan est aujourd’hui le Poutine d’il y a quelques années. Heureusement le peuple turc semble être plus indépendant d’esprit et donc méfiant envers ce genre d’idées que le peuple russe.

          « Les pays baltes appellent à la rescousse les USA contre la Russie ils n’ ont rien à foutre de l’OSCE ni de l’OTAN ni de quoi que ce soit qui ne les regardent pas directement j’ ai envie de dire qu’ ils se débrouillent tout seuls. »

          Moi ils m’ont plutôt l’air d’être des bons alliés et des pays respectables dont on devrait s’inspirer. Au moins vous avouez votre haine envers ces gens et votre souhait de les voir souffrir. Vous en avez donc fini avec la négation de la menace russe qui plane sur ces pays.

          « Les liens entre la France et la Russie sont aussi historique qu’ avec les USA. »

          Non, la Russie a décidé de se détacher du reste de la civilisation occidentale en 1917 et contrairement au pays de l’est, n’a jamais voulu y revenir. A part ça nos liens sont bien plus fort avec les USA et l’UK (peuple qui a en grande partie façonné les USA) qu’avec la Russie, pour des raisons géographiques évidentes.

          « On en serait pas là si l’UE et les USA arrêtait de tergiverser: Même pas une dizaines d’hommes ont été formés par les USA pour combattre Assad et l’ EI »

          Cet échec prouve bien que l’ingérence occidentale, contrairement à l’Afghanistan ou à la Libye, a été minimale en Syrie. Les ingérences venaient principalement du Hezbollah, de l’Iran et de la Russie pour apporter un soutient absolument inconditionnel au régime. Et la situation est bien pire qu’en Libye ou en Afghanistan. Il est tant d’essayer une autre stratégie, la stratégie du soutient à Assad ayant échoué.

          « La Turquie est la solution, le problème c’est Erdogan et son gouvernement. »

          La Russie aussi, le problème c’est Poutine et son gouvernement. On pourrait dire la même chose de la Syrie. Par chance, en Turquie, on a des élections qui ne sont pas la juste pour faire croire que le peuple confirme les choix de son dictateur.

          « ils veulent la chute de Bashar mais dans les actes ils ne font rien pour pareil pour l’EI. »

          Les pays arabes et la Turquie pourraient se coaliser pour régler très rapidement ces problèmes. Malheureusement la Russie bloque tout. Je pense qu’une coalition de pays arabe sunnites pour se battre contre l’EI et la meilleur chose à faire. Ainsi le coté sectaire du conflit diminuera. Cela ne peut évidemment pas se faire sans un départ de Bachar ou un détachement de la partie sunnite de la Syrie du reste du pays.

          « Je pense que le statu-quo qui se dessine trés lentement dans la région sert les intérêts de nombreux États qui se disent être nos « alliés ». »

          J’ai plutôt l’impression que ça sert les intérêts de l’Iran et de la Russie. Si ils ne peuvent pas contrôler les parties sunnites de l’Irak et de la Syrie ils préfèrent les voir incontrôlables qu’alliés avec les autres pays sunnites.

          Si il existe un « impérialisme sunnite », et c’est plus ou moins le cas, celui ci n’a absolument pas besoin de l’ile chiite qu’est l’Iran et une partie de l’Irak. L’impérialisme iranien lui, ne peut en aucun cas se contenter de l’Iran et d’une partie de l’Irak. L’Iran a besoin du « croissant chiite », qui n’existe pas sur le terrain car l’ouest de l’Irak et l’est de la Syrie sont sunnites.

          Pour ce qui est des alaouites et des chrétiens de l’ouest de la Syrie, ils sont comme les zaïdis du Yémen. Ils n’ont pas de raison idéologique de soutenir les projets de l’Iran mais se sentent, pour de bonnes et mauvaises raisons, comme « bloqués » sans aucun autre choix. C’est pour cela que la fédéralisation du Yémen était une menace pour l’Iran et qu’a tort, on ne parle pas de fédéralisation de la Syrie.

        • Depuis en tous cas Pierre le Grand qui soude l’empire russe à l’Europe occidentale au XVIII° siècle, la Russie a été partie prenante de tout ce qui s’est fait d’important en Europe et donné sa signature à nombre de traités fondamentaux.
          Plusieurs de ses empereurs ou impératrices furent francophiles. La première fut Catherine la première, qui introduisit la langue française à la Cour https://fr.wikipedia.org/wiki/Élisabeth_Ire_(impératrice_de_Russie).
          Catherine II, sa brue allemande, fut une digne continuatrice de la politique de Catherine 1ère.

          C’est un autre empereur, Alexandre 1er, qui contribua à atténuer la punition que se voulait être le second traité de Vienne (1815) intervenu après Waterloo et qui remodela l’Europe.

          Enfin, un pont « Alexandre III » à Paris commémore l’alliance franco-russe signée en 1892 et resta en vigueur jusqu’en 1917. Lorsque la guerre de 14 se déclencha (application systématique des alliances entre pays européens, Triple Entente contre Triple Alliance ou « Triplice ») le président de la république se trouvait justement en visite officielle à Saint Petersbourg.

          Depuis la chute de l’Internationale communiste dont l’URSS était le siège en 1991, la Russie est de retour en tant qu’Etat européen indépendant et ceux qui connaissent l’Histoire européenne savent que ce grand pays européen a toute sa place sur le continent.
          L’alliance moscovite replacerait le centre de gravité de l’Europe sur le continent alors qu’aujourd’hui il se rapproche dangereusement des rives du Potomac.

          • La Russie est aujourd’hui bien plus la continuité de l’URSS que la continuité de la Russie impériale. Il faut vraiment se détacher complètement de la réalité pour penser que ces individus se comporteraient plus comme les successeurs d’un pays qu’aucun d’eux a connu plutôt que de celui qu’une bonne partie de la population a connue…

            Quand on regarde la classe politique russe c’est encore plus évident. Aucun politiciens venant de la Russie impériale, on ne voit que des restes du KGB et quelques autres personnes influentes du temps de l’URSS. Par rapport aux autres pays d’ex-URSS il parait évident que la Russie et le pays qui est, politiquement, le moins sorti du communisme.

            Peut être qu’un jour la Russie ne sera autre chose que les restes de l’URSS, mais ce ne sera pas la continuité de la Russie impériale, ce sera un autre pays. Il faut vraiment être un constructiviste pour croire que l’ont pourrait couper 70 ans d’histoire sans que cela ai changé la population, surtout si il n’y a pas un rejet inconditionnel de cette partie de l’histoire chez le peuple et la classe politique. Dans les autre pays, le communisme était considéré comme une occupation étrangère. En Russie c’est considéré comme une fierté nationale, c’est ce qui fait que la Russie a tant de mal à redevenir une nation normale.

            Pour l’alliance avec Moscou, vous avez juste fait une image qui, comme tout vos raisonnement, est incantatoire et n’est absolument pas ancré dans le réalité. Une alliance avec la Russie sera possible quand elle arrêtera de nous menacer et redeviendra un pays occidental.

            • C’est çà, et l’Allemagne est dans la continuité du III° Reich puisqu’une grande partie du personnel de la RFA (et aussi de la RDA) avait servi ou subi (le pape Benoit XVI) le régime national socialiste.
              Pour les russes, ceux qui avaient 20 ans en 1991 ont été formés par le régime soviétique – ils en ont 44 aujourd’hui et ils sont les petits enfants ou arrière petits enfants de ceux qui avaient vécu lors de la révolution d’octobre 1917.
              Par contre, les jeunes adultes d’aujourd’hui sont des russes, ils n’ont jamais été soviétiques. Je vous le faisait remarquer en mettant une vidéo de la parade russe de la victoire de 1945. Les jeunes soldats, sous-officiers et officiers que l’on voit sont des russes, seuls leurs officiers supérieurs, commandants, colonels, généraux, ont été des soviétiques (ils étaient jeunes officiers au moment de la chute de l’URSS)

              Poutine lui-même, né un peu avant la mort de Staline en 1954, il suçait son pouce, n’avait que 39 ans quand l’URSS implosa. Sorti de l’université et de la fac de droit en 1975, il n’a donc que 16 ans de service au KGB -Renseignement Extérieur (une excellente école de diplomatie et de géopolitique qui vaut largement l’ENA) quand l’URSS implose et qu’il doit quitter l’Allemagne pour rentrer dans sa ville natale de Leningrad
              C’est son professeur de droit, devenu maire de Saint Petersbourg, qui le fait rentrer en politique en l’aspirant à la mairie comme adjoint.
              Nota: le fait d’être né et avoir grandi et travaillé à Saint Petersbourg fait de Poutine un russe très occidentalisé par rapport même à un moscovite. Tout dans la ville rappelle les empereurs de Russie depuis Pierre le grand, le fondateur, à Nicolas II.

              Quand un régime, une religion s’effondre, plus rien ne la fera renaître.
              Les allemands après 1945, les russes et autres peuples de l’ex-union soviétiques, ont du réinventer une autre manière de vivre et de penser. Ils ne sont plus communistes, les derniers sont les personnes très âgées, du quatrième âge, c’est une génération en voie de disparition.
              Et puis regardez Angela Merkel, l’Ossie, qui a appartenu au dernier gouvernement de RDA et que la Stasi n’a sans doute pas fichée comme une farouche opposante au régime, la preuve, c’est qu’elle a pu aller à l’université Karl Marx et en sortir physicienne, elle s’est bien mise au « Kapitalism » depuis ! 🙂 https://www.youtube.com/watch?v=QDNe6Ra4__M (ici les groupes paramilitaires de la Classe Ouvrière)

              Good Bye Lenin !

              En vous rappelant que la République Démocratique Allemande vécut quarante ans 1949-1989 et donc qu’une partie de la population adulte n’avait pas connu le nazime mais le seul « socialisme scientifique ».

              • « C’est çà, et l’Allemagne est dans la continuité du III° Reich »

                L’Allemagne, contrairement à la Russie, a réussie sa sortie du totalitarisme grâce aux valeurs chrétiennes. L’Allemagne eu honte de ses actes, s’est repentie, a cherché à être pardonné par ses voisins qu’elle a agressé. L’Allemagne a renoncé à toute ambition militaire au point que ça en dévient ridicule 70 ans après.

                Tout le contraire de la Russie. La Russie n’est jamais vraiment sortie du mode de pensé soviétique.

                « Quand un régime, une religion s’effondre, plus rien ne la fera renaître. »

                Comme la Russie pré-soviétique ? Si vous pensez qu’on a pas affaire à la continuité de l’URSS, selon votre mode de pensé, on a donc bien affaire à un autre peuple puisque la Russie tsariste s’est effondré avec la révolution social-démocrate volé par les bolchéviques. Les références à la Russie impériale, toujours selon votre mode de pensé, deviennent donc inutiles.

    • « Poutine serait notre allié historique »

      En effet, c’est du grand n’importe quoi et il n’y a même pas le début d’une démonstration. La Russie est notre ennemie depuis 1917. Nos alliés sont les autres pays d’Europe de l’est et les USA.

      « ce traité serait très bénéfique et représenterait une continuité logique et historique. »

      +1, plus je regarde les gens qui s’y opposent et pourquoi plus je suis convaincu que c’est une bonne chose. Si ce traité était plein de socialisme dégoulinant nos politiciens le mettrait sans arrêt en valeur.

      Sinon le reste de votre post est tout simplement du bon sens. La place de la France est avec les autres pays de notre civilisation et non avec l’outsider qui a décidé de ne plus en faire partie pour une raison qui m’échappe encore.

      • Reagan disait dans les années 80 qu’ il fallait mieux être musulman que communiste

        • « Reagan disait dans les années 80 qu’ il fallait mieux être musulman que communiste »

          Reagan avait raison. Je ne vois pas en quoi les musulmans sont nos ennemis en tant que tels et pourquoi, après 1500 ans de présence, l’islam serait tout d’un coup un danger pour l’humanité. A l’inverse, le socialisme, depuis le départ, n’a apporté que souffrance et destruction.

          Le principal problème du monde musulman c’est qu’un conservatisme musulman ne peut pas y apparaitre. Le monde, principalement socialiste, demande sans cesse à ces gens d’abandonner toutes leurs traditions et les islamistes se servent de cela pour qualifier tout musulman qui ne souhaiterait pas le guerre de traitre…

          Le seul pays qui semble avoir réussit à construire cela c’est les émirats arabes unis.

          « Et pour rappel l’objet de l’article est la Turquie d’Erdogan et ses rapports à l’UE donc la Russie et les USA sont hors sujet »

          C’est l’auteur qui en a parlé, c’est donc bien dans le sujet.

        • « Reagan disait dans les années 80 qu’ il fallait mieux être musulman que communiste »

          Pays religieux, les américains avaient tendance et l’ont toujours, à considérer qu’un croyant était plus fiable qu’un athée (exemple Staline, Hitler) parce qu’ils ont une certaine morale.
          Soutenir des croyants contre des dictatures athées leur a semblé longtemps une bonne idée

          Mais « tous les dieux ne sont pas égaux » (Jean-Claude Barreau) et avec l’islam les USA ont eu beaucoup de déconvenues comme par exemple le 11 septembre 2001.
          Depuis, ils sont avec cette religion comme une poule qui aurait trouvé un couteau.

          • « Pays religieux, les américains avaient tendance et l’ont toujours, à considérer qu’un croyant était plus fiable qu’un athée (exemple Staline, Hitler) parce qu’ils ont une certaine morale. »

            Ce n’est pas une considération, c’est un fait objectif. Quel type de régime se revendiquant de l’athéisme n’était pas un totalitarisme ? Les régimes athées étaient tous des régimes ou l’état souhaitait prendre la place de dieu dans la société.

            « Soutenir des croyants contre des dictatures athées leur a semblé longtemps une bonne idée »

            Cela ne l’a il pas toujours été ?

            « Mais « tous les dieux ne sont pas égaux » (Jean-Claude Barreau) et avec l’islam »

            Les musulmans croient dans le même dieu que les chrétiens et les juifs…

            Le problème des musulmans c’est que beaucoup d’entre eux aime à se persuader qu’ils sont victime d’un complot car leur culture n’encourage pas l’autocritique. La propagande communiste, d’abord distillé par les régimes socialistes arabe, a été ensuite islamisé. Le meilleur exemple pour illustrer ce processus reste encore le « protocole des sages de Sion », livre inventé par la Russie tsariste puis rééditer par l’URSS affin de nuire à l’occident.

            Au fait, quand est ce que la Russie, qui n’est à ce qu’il parait plus du tout comme l’URSS, a reconnu et s’est excusé pour cette honteuse opération qui a causé bien des problèmes à la communauté juive ?

      • Et pour rappel l’objet de l’article est la Turquie d’Erdogan et ses rapports à l’UE donc la Russie et les USA sont hors sujet

  • Donc si j’ai bien compris, si la situation économique se dégrade, Mr Draghi lancera un nouveau QE ?
    Ils sont au courant à la BCE de ce que ça a donné aux USA et au Japon ?
    Pour le premier, malgré la (soi disante) superbe reprise économique (sic), le taux d’emploi est à son plus bas depuis 38 piges…
    Et le Japon est au fond du trou (purtant, ils en ont fait des QE).

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Le gouvernement allemand a demandé aux exploitants le maintien en réserve jusqu’au 15 avril 2023 de deux centrales nucléaires dont la fermeture était prévue au 31 décembre 2022 afin de fournir, si nécessaire, de l’électricité au cours de l’hiver à venir.

« La tâche consiste à assurer la sécurité de l’approvisionnement » a déclaré le ministre fédéral de l’Économie et de la Protection du climat, Robert Habeck.

Est-ce la dernière cigarette du condamné, ou le mégot qui permettra de rallumer le foyer du nucléaire allemand ?

&n... Poursuivre la lecture

La victoire écrasante de l’union des droites en Italie ce dimanche inquiète autant qu’elle réjouit. La percée de la droite radicale incarnée par Giorgia Meloni suit de près celle des démocrates de Suède (SD) survenue deux semaines auparavant. En France, la gauche hurle au (post)fascisme et l’extrême droite reprend espoir, y voyant une victoire par procuration. Le centre technocratique accuse le coup également mais dissimule mal son malaise.

La semaine dernière, madame Meloni a bénéficié d’un soutien particulièrement inattendu (et invol... Poursuivre la lecture

Par Reiner Marcowitz.

 

Le chancelier social-démocrate Olaf Scholz a déclaré lors de la session extraordinaire du Bundestag du 27 février 2022, en référence à l’invasion de l’Ukraine par la Russie qui avait commencé trois jours plus tôt : « Nous vivons un changement d’époque. »

Il a répété cette même formule lors du discours de politique générale européenne qu’il a prononcé le 29 août dernier à l’université Charles à Prague.

Ce changement d’époque (zeitenwende) est notamment marqué, pour Berlin, par une nouvel... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles