Agriculteurs et consommateurs otages des quotas

oeufs-MPhotographe(CC BY-ND 2.0)

Au Canada, la situation n’est pas sans rappeler celle de la France.

Par Nathalie Elgrably-Lévy, depuis Montréal, Québec

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Alors que les négociations en vue du Partenariat transpacifique se poursuivent, les agriculteurs s’unissent pour réclamer que le système de gestion de l’offre (SGO) soit maintenu dans son intégralité.

Selon ce système, la production de lait, de volailles et d’œufs est plafonnée par des quotas afin d’en faire augmenter le prix de vente, et les importations de ces denrées sont limitées par des tarifs douaniers et des quotas afin d’évincer la concurrence étrangère. Par exemple, le beurre et la plupart des fromages sont soumis à des tarifs dissuasifs de 298,5 % et 245,5 % respectivement.

Cartel

Quand des producteurs se regroupent pour convenir du volume de production et du prix de vente, il s’agit d’un cartel. Le SGO est donc un cartel agricole. Et le fait qu’il s’abrite derrière une phraséologie fumeuse ou qu’il bénéficie de la bénédiction de l’État n’y change rien.

D’ailleurs, rappelons que selon l’article 45 de la Loi sur la concurrence, conclure un accord pour fixer le prix d’un produit et contrôler sa production est un acte criminel passible d’emprisonnement et/ou d’amendes pouvant atteindre 25 millions de dollars. Le SGO étant véritablement un cartel, on peut donc se demander pourquoi l’État est son complice et pourquoi les chefs de partis s’engagent à en assurer la pérennité.

Si la Loi sur la concurrence prohibe les cartels, c’est parce qu’ils prennent les consommateurs en otage et leur imposent des coûts élevés. Depuis 1995, alors que l’inflation a été de l’ordre de 45%, le beurre a augmenté de 61%, le lait de 88% et la volaille de 106%. Aujourd’hui, nous payons 2,5 $ pour un litre de lait et 7,65 $ pour 1 kg de poulet alors que les Américains paient respectivement l’équivalent de 1,2 $ CAN et de 4,18 $ CAN.

Selon des chercheurs de l’université du Manitoba, le cartel agricole impose à une famille canadienne moyenne un coût supplémentaire de 444 $ par année. Pour les ménages qui figurent parmi les 20 % les plus pauvres, la facture additionnelle représente 339 $ par année, soit 2,3 % de leurs revenus. Le plus ironique, c’est que le cartel agricole gonfle la facture d’épicerie des familles pauvres afin d’aider des producteurs bien mieux nantis qu’elles !

Otages

Mais n’accusons pas les producteurs. Ils sont également otages du SGO. Pour simplement obtenir l’autorisation de produire, ils se doivent d’acheter des quotas. Au Québec, pour exploiter une ferme laitière de taille moyenne (une soixantaine de vaches), le producteur doit défrayer environ 1,6 million de dollars uniquement pour acquérir les précieux quotas. Ce montant est souvent aussi important que le prix de la ferme, du bétail et de l’équipement réunis.

Le SGO rançonne les producteurs. À l’échelle canadienne, les quotas valent 33 milliards de dollars. On comprend donc pourquoi nous payons notre lait plus cher qu’ailleurs et pourquoi les fermiers fulminent à l’idée de devoir concurrencer des producteurs étrangers qui n’ont pas eu à acheter les mêmes quotas qu’eux.

Malgré tout, préserver le SGO ne ferait que perpétuer une politique aux effets pervers. L’État devrait plutôt soulager le secteur agricole en abolissant les quotas tout en offrant des mesures compensatoires aux producteurs qui en possèdent. La Nouvelle-Zélande l’a fait avec succès.

Si les chefs de partis affirment vouloir défendre le SGO, ce n’est donc pas par compassion pour les agriculteurs. C’est par paresse politique. Et ce sont tous les Canadiens qui en paient le prix !

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