Tuerie dans l’Oregon et port d’arme : sachons raison garder

Izzard-Glock(CC BY-SA 2.0)

Comme à chaque fois, des voix s’élèvent pour interdire la détention et le port d’armes, mais il faut défendre cette liberté fondamentale.

Par Edouard H.

Izzard-Glock(CC BY-SA 2.0)
Izzard-Glock(CC BY-SA 2.0)

 

Jeudi 1er octobre a lieu une nouvelle tuerie à l’Université Umpqua dans l’Oregon, faisant 10 morts. Comme à chaque nouvelle tuerie à l’aide d’une arme à feu, de nombreuses voix s’élèvent pour mettre en place des politiques restreignant le droit de détenir et de porter des armes. Portées par l’émotion, elles réclament toujours plus de politiques répressives et liberticides. Bien que compréhensibles, ces demandes n’en sont pas moins illégitimes, et il s’agit de défendre cette liberté fondamentale qu’est le droit de détenir et de porter des armes.

Jeudi dernier, le matin, Chris Harper Mercer amène 6 armes à feu sur le campus de l’Université Umpqua et ouvre le feu sur des étudiants, faisant 9 morts. Il meurt ensuite lors d’un échange de tirs avec la police. Face à cette nouvelle tragédie, nous ne pouvons qu’avoir dans notre cœur les familles des victimes, et leur assurer de nos condoléances les plus sincères.

Mais l’émotion générée par cette tuerie, bien que légitime, doit-elle servir de base à des restrictions sur des libertés fondamentales ? L’État américain devrait-il restreindre encore le droit de détention et de port d’armes des honnêtes citoyens américains, comme Barack Obama l’a suggéré ?

Comme dans tous les débats enflammés qui font suite à des événements tragiques, il s’agit de raison garder. La proposition simple consistant à dire « le tueur était armé, restreignons donc l’accès légal aux armes à feu » peut sembler logique au premier abord, mais en réalité, elle ignore complètement le contexte bien plus complexe de la question du port d’arme aux États-Unis. Car en matière d’armes à feu comme dans d’autres, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas.

Edouard H.

Il est en effet essentiel de mettre les choses en perspective : les tueries de masse, bien que tragiques, restent statistiquement extrêmement rares. Moins de 0,2% des homicides sont liés à des tueries de masse.

De manière plus large et malgré la perception générale du contraire, le taux de crime aux États-Unis est en baisse constante depuis plus de 20 ans.

Edouard H.

Même le taux d’homicides par armes à feu est en baisse, de 49% depuis 1993.

Ainsi, depuis plus de 20 ans aux États-Unis, le taux de crime diminue, et ce malgré un nombre record d’armes à feu détenus par des Américains. Dans le même temps, le nombre de permis de port d’arme en public (« concealed carry permit ») a lui aussi augmenté. « Plus d’armes = plus de crimes », vraiment ?

Mais au-delà des crimes demeure un fait peu rappelé dans les débats qui suivent les tueries aux États-Unis : avec plus de 300 millions d’armes à feu en circulation, les citoyens américains utilisent massivement leurs armes pour des motifs légitimes. Parmi ceux-ci, on retrouve la collection, la chasse, le tir sportif ou encore la défense de soi et de son prochain.

Ainsi, plus de 99,9% des Américains propriétaires légaux d’armes n’ont jamais utilisé celles-ci pour causer du tort à autrui. De quel droit viendrait-on restreindre leurs libertés parce qu’un dément a utilisé ses propres armes à feu pour nuire à autrui ?

Non seulement l’immense majorité de ces détenteurs légaux d’armes à feu ne cause pas de tort à autrui, mais elle empêche des crimes et sauvent des vies. Combien de crimes n’ont jamais eu lieu parce que des criminels violents, de peur de se faire abattre, ont été dissuadés d’agresser autrui ? Nous ne connaîtrons malheureusement jamais ce chiffre. À défaut, nous avons cependant des estimations du nombre de citoyens américains ayant en effet utilisé leurs armes pour se défendre d’un crime, et le chiffre est conséquent : d’après un rapport du National Research Council, les armes sont utilisées aux États-Unis pour se protéger d’un crime de 500.000 à 3.000.000 fois chaque année.

Ainsi, ce qu’on voit ce sont les crimes commis avec des armes à feu, qui font toujours grand bruit. Ce qu’on ne voit pas, ce sont les utilisations massivement plus nombreuses de ces mêmes armes pour des motifs légitimes, y compris la protection de la vie humaine. Jamais vous n’entendrez évoquer dans des médias traditionnels ces centaines de milliers de citoyens américains qui empêchent des crimes chaque année.

Mais si des mesures restrictives sur les armes à feu empêchaient effectivement leurs utilisations légitimes, elles permettraient au moins d’empêcher les dérangés de faire des tueries de masse, n’est-ce-pas ? On peut en douter. En France la détention d’armes à feu est strictement limitée, le port d’arme est interdit, et cela n’empêche aucunement les fusillades. Par définition, un criminel ne respecte pas la loi. Un fou souhaitant commettre une tuerie trouvera toujours les outils nécessaires. Les seules personnes concernées par les lois sur les armes à feu sont les citoyens honnêtes et pacifiques.

Le droit de détenir et de porter des armes est une liberté fondamentale. La vive émotion suscitée par une telle tragédie ne doit pas nous faire oublier que l’immense majorité des armes à feu aux États-Unis sont possédées par d’honnêtes citoyens ne voulant causer de tort à personne. De tels événements ne doivent pas être instrumentalisés pour restreindre des libertés, qu’il s’agisse de celle de la détention et du port d’armes ou celle du respect de notre vie privée face à la surveillance étatique.

Que faire alors pour empêcher ces tragédies ? Il paraît essentiel de se pencher sur l’origine réelle de ces tragédies : les tireurs et leurs motivations, et non l’outil qu’ils utilisent. Qu’est-ce qui les amène à commettre de telles atrocités, et que pouvons-nous changer à cela ?

Toutefois malgré ces efforts, il paraît vain de souhaiter en finir avec la violence. Certaines personnes seront toujours promptes à agresser autrui. Et face à ces personnes-là, les citoyens honnêtes doivent pouvoir s’armer pour leur défense. Cela n’a pas été le cas sur le campus de l’université dans l’Oregon qui était une « gun free zone », une zone où les citoyens honnêtes en possession de permis de port d’arme ne peuvent la porter. Le tueur avait ainsi le champ libre, sachant que ses victimes seraient incapables de se défendre avant l’arrivée de la police.

L’État américain doit en finir avec cette politique de « gun free zones » qui n’empêchent pas les tueurs de commettre leurs crimes, mais empêche une réponse rapide de citoyens qui pourraient stopper l’attaque.

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