Grève des médecins : la colère continue contre la Loi santé

Grèves des médecins libéraux (Credit PAM)

Les événements de ce début d’automne 2015 vont-ils nous mener à un chaos médical ?

Par Bernard Kron

Grèves des médecins libéraux (Credit PAM)
Grèves des médecins libéraux (Credit PAM)

Après les Bonnets rouges, les camionneurs et les éleveurs, les médecins sont vent debout contre la Loi santé.

Tout a commencé avec « Les médecins ne sont pas des pigeons » et « L’appel des soignants » de mars 2014. Ils provenaient du fait que les médecins se sentaient de plus en plus réduits à un rôle de simples exécutants, dans un système hyper dirigiste, bureaucratique et déresponsabilisant.

L’État continue de vouloir mettre au pas ceux qui conservaient encore une certaine liberté dans leur travail : les professionnels de santé libéraux. La révolte du corps social mobilise également contre toutes ces contraintes les professions libérales, les agriculteurs, les transporteurs et les artisans.
Le cri du collectif de mars des soignants et de nombreuses autres corporations n’ayant pas été entendu, la contestation est repartie de plus belle avec la grève des personnels hospitaliers et des médecins libéraux. Les professions qui manifestent ne sont pas des militants politiques de type Bonnets rouges ou Médecins pigeons, mais des citoyens de tous les horizons. Les parents d’élèves, les policiers, les professions réglementées et autres corps sociaux sont accablés par l’injustice de cette politique menée depuis trop longtemps. Tous sont légitimes dans cette colère.

Le système libéral doit être préservé, dans le propre intérêt de l’économie de la santé et de la qualité des soins. Il est seul à pouvoir empêcher que l’hôpital, pourtant surdimensionné, ne soit submergé par les urgences.

Afin d’essayer de stopper cette évolution qui remonte à de nombreuses années, les blouses blanches se sont mobilisées encore ce 3 octobre à l’Hôpital Cochin et à l’appel de l’UFML pour essayer d’enrayer l’étatisation du système de santé.

Des médecins, des infirmières, des ingénieurs, des savants quittent la France. Ils partent sans bruit vers la Grande-Bretagne, l’Amérique du Sud, l’Australie ou le Québec. On estime à 12 000 le nombre d’étudiants en médecine qui partent faire leurs études en Roumanie, Croatie, Belgique ou Espagne : reviendront-ils ?

La crise atteint toutes les corporations des soignants. La santé dépend de cinq ministères que sont la Santé, les Affaires sociales, l’Éducation, le Budget et l’Intérieur. Elle a vu la création des hautes autorités, du pôle social de l’Élysée et des agences régionales de santé (ARS).

Les schémas régionaux d’organisation des soins ont compliqué l’exercice libéral par des normes et des contraintes. Des tribunaux d’exception sont prêts à siéger contre les médecins qui ne respecteraient pas ces normes imposées par les caisses. Les mesures coercitives sur les médecins et le tiers payant généralisé vont aller à l’encontre du but recherché, donner un accès aux soins pour tous. Les directeurs des agences régionales de santé décideront bientôt de l’avenir, du projet de vie et de l’installation des médecins. Le médecin ne sera plus que l’effecteur du responsable du réseau et devra appliquer à la lettre les abaques définis par les tutelles.

L’âge moyen des médecins à Paris est de 55 ans ; même la capitale devient peu à peu un désert médical. Les difficultés de stationnement, les charges d’un cabinet médical trop importantes pour un exercice strictement conventionné participent à cette désertification toujours plus importante. L’impossibilité de trouver un successeur s’accélère dans tout l’Hexagone. La venue de médecins étrangers ne réglera pas cette pénurie. Le problème sera le même pour les médecins territoriaux, car un grand nombre repartira après quelques tentatives d’insertion.

Le cercle vicieux de la révolte sociale est maintenant solidement enclenché chez les médecins libéraux, car ils sont les dindons de cette farce. Les urgentistes et les médecins ont fait grève. Les internes et les personnels des hôpitaux manifestent aussi leur mécontentement.

Les événements de ce début d’automne 2015 vont-ils nous mener à un chaos médical ? Tout converge pour nous faire arriver à un scénario catastrophe par la faute de l’hypocrisie, du dogmatisme, ou de la pêche aux voix de nos gouvernants.