L’évolution humaine, un parcours semé d’embûches

L’être humain a mis au point plusieurs stratégies pour s’adapter génétiquement à son environnement.

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Victoria Pickering-The human Genome(CC BY-NC-ND 2.0)

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L’évolution humaine, un parcours semé d’embûches

Publié le 21 septembre 2015
- A +
par Jacques Henry

 

Victoria Pickering-The human Genome(CC BY-NC-ND 2.0)
Victoria Pickering-The human Genome(CC BY-NC-ND 2.0)

Le génome humain, comme d’ailleurs celui des autres êtres vivants possédant un noyau, on dit les eucaryotes, se caractérise par deux processus essentiels entrainant une variabilité génétique qui fait que nous avons évolué et sommes devenus différents du lointain ancêtre que nous partageons avec les grands singes et aussi que nous sommes tous différents les uns des autres : les SNPs ou polymorphismes apparaissant à la suite de la modification d’une seule base de l’ADN (Single Nucleotide Polymorphism) et les CNVs (Copy Number Variant) qui concernent le nombre de copies d’un gène. Un gène peut en effet être dupliqué ou éventuellement disparaître. Il s’agit alors d’une délétion qui peut être létale et ne sera donc pas transmise à la descendance.

capture-d_c3a9cran-2015-09-12-c3a0-13-28-56Avec l’apparition des machines de séquençage de l’ADN ultrarapide et de moins en moins coûteux et l’utilisation d’ordinateurs puissants pour analyser ces séquences on s’est rendu compte que les CNVs jouaient un rôle certainement plus important que les SNPs dans la variabilité des populations humaines. Les récents travaux qui ont permis de séquencer des génomes entiers de nos ancêtres éloignés ont permis de mettre en évidence cette importance des CNVs pour trouver une explication dans cette variabilité des populations humaines qu’on appelle d’ailleurs à tort des races.

Je profite de cette occasion pour préciser qu’il n’existe pas de races humaines mais seulement une espèce humaine avec des caractères phénotypiques différents selon les régions du globe. Utiliser le mot race est donc purement politique voire idéologique quand on parle des Bantous, des Peuls ou des Iroquois. Nous sommes tous des Homo sapiens sapiens … et nous devrions tous être frères et nous respecter les uns les autres.

Une étude récente pilotée par le Docteur Evan Eichler du Howard Hugues Medical Center de l’Université de Washington à Seattle a réuni les données relatives à l’ADN de 236 individus représentant 125 populations humaines différentes et 5 anciens ADNs, Neandertal, Denisovan et trois autres spécimens anciens. L’étude minutieuse des fréquences de duplication de gènes indique que 7 % de la totalité du génome est concernée par des CNVs alors que la variabilité induite par les SNPs ne représente que 1,1 % du génome. Les délétions non létales représentent 2,2 % et les duplications 4,4 % des CNVs. Pour affiner l’étude, seules les CNVs bis-alléliques ont été prises en compte. Je sens venir chez mes lecteurs un découragement devant la technicité de cette prose mais il faut rappeler que nous possédons deux fois 23 chromosomes et donc il existe deux copies de tous les gènes présents qu’on appelle allèles.

Capture d’écran 2015-09-14 à 09.07.23

Cette étude a mis en évidence la présence de CNVs provenant des Denisovan chez les Papous de Bornéo et de l’archipel de Bougainville qui se situe au sud-est de Bornéo et au nord des îles Salomon. Cette introduction d’une CNV caractéristique est apparue il y a 170000 ans chez les Denisovan et elle n’a été retrouvée par la suite que chez les Papous sur le chromosome 16 et non chez les aborigènes d’Australie, par exemple. De plus elle constitue la plus importante présence de gènes archaïques dans une population humaine moderne et elle a été incorporée (on dit introgression) chez les Papous il y aurait environ 40000 ans. Il faut noter qu’aucune duplication d’origine néanderthalienne n’a pu être identifiée et qu’enfin les CNVs des populations africaines ne diffèrent pas des autres populations en termes de duplication de gènes.

Quant aux CNVs relatives à des délétions, ce sont toujours des évènements ponctuels provenant probablement d’un seul individu et transmis à la descendance quand celles-ci sont non létales. Les populations non africaines montrent une plus grande fréquence de SNVs de délétion car ces populations ont été soumises à des évènements successifs de pression de sélection génétique au cours du temps. Sur cette base il a pu être mis en évidence un isolement génétique des populations océaniennes Papous-Bougainville mais également des populations amérindiennes. La grande variabilité génétique des populations africaines réside dans le fait qu’elles sont toujours restées en contact durant l’évolution. Enfin les CNVs introduisant des duplications favorisent l’adaptabilité des personnes lorsque celles-ci sont soumises à une pression de sélection constante. Ce fut le cas des Denisovan qui divergèrent des autres non-africains il y a 440000 ans. Les Denisovan et les Néanderthaliens divergèrent il y a environ 700000 ans. Il est intéressant de rappeler ici que la deuxième vague « out of Africa » se situe justement aux alentours de 450000 ans avant notre ère et que la divergence entre humains et grands singes remonte avant 3 millions d’années.

Contrepoints825 - Evolution humaine - René Le HonzecCertaines CNVs ont été associées avec une adaptation positive ou au contraire négative à l’environnement. Par exemple une CNV sur le chromosome 16 concernant une haptoglobine et présente uniquement dans les populations africaines est associée à une résistance à la maladie du sommeil, alors qu’une CNV sur le chromosome 3 concernant une transférine provoque une sensibilité à une fièvre hémorragique provoquée par un arenavirus et est présente uniquement chez les Amérindiens.

L’évolution humaine est loin d’être terminée et Charles Darwin, encore vivant, serait émerveillé par cette étude. L’être humain a mis au point plusieurs stratégies pour s’adapter génétiquement à son environnement et les CNVs semblent compter parmi les plus puissantes.

  • Source : Science, 6 août 2015, 10.1126/science.aab3761 , illustrations tirées de l’article de Science aimablement communiqué par le Docteur Evan Eichler et AAAS News.

Sur le web

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  • La génomique est chiante. Utile, explicative (en partie !), mais chiante.
    C’est beaucoup plus marrant de regarder les évolutions phénotypiques.
    Mon cas préféré (pour le moment …) c’est celui de l’adaptation à l’altitude, et les TROIS modifications différentes connues, dans trois parties du monde
    Si ça, ce n’est pas des races différentes, qu’est-ce que c’est ?

    • « Si ça, ce n’est pas des races différentes, qu’est-ce que c’est ? »
      Ce sont des adaptations à un environnement. Le problème avec le mot race c’est qu’il induit une homogénéité par exemple on a la race des des chihuahua, des boxers, des vache charentaises etc… qui ont des caractères bien précis. Cela peut aller si loin qu’il y a des problèmes de consanguinité qui font que telle race de chien est sujet de l’aplasie de la hanche etc…
      Ici vous parlez d’un caractère (résistance à l’altitude) qui est UN caractère mais qui ne résume pas les individus. Vous pouvez avoir des résistants à l’altitude noirs; blanc, Rhésus A+, B- etc… en dehors du caractère qui vous occupe la variabilité est préservée.

      Si vous voulez créer une race humaine c’est facile, prenez une population pas trop importante et isolez là du reste de la population durant un temps suffisamment long. Et mieux appliquez à cette population un environnement très sélectif.

  • « Utiliser le mot race est donc purement politique voire idéologique quand on parle des Bantous, des Peuls ou des Iroquois. Nous sommes tous des Homo sapiens sapiens … et nous devrions tous être frères et nous respecter les uns les autres. »

    2 remarques:

    1. En quoi le mot « race » (qu’il reflète ou non une réalité génétique) empêche de se respecter les uns les autres (notion elle aussi assez limite, voire carrément gauchiste : la planète regorge de personnes absolument pas respectables). Décrire une réalité n’implique pas d’émettre un jugement de valeur à propos de cette réalité.

    2. Homo sapiens est une espèce, quid de la division en sous-espèce ? À moins que la doxa (plus ou moins scientifique) ait décrété qu’homo sapiens n’avait pas de sous-espèce…

    • Voici la réponse sur Wikipédia

      Homo sapiens (« homme savant »), communément appelé homme moderne, « Homme », « Homme anatomiquement moderne », « humain » ou encore « être humain », est une espèce de primate appartenant à la famille des Hominidés. Il est le seul représentant actuel du genre Homo, les autres espèces, une quinzaine en l’état actuel des connaissances de la paléoanthropologie, étant éteintes.

    • Vous avez raison. L’espèce « Homo Sapiens » est la seule chez laquelle il est interdit de décrire d’éventuelles sous-espèces. Sous peine d’excommunication et de reductio ad Hitlerium.

  • Reste à trouver les CNVs associées au … socialisme ❗
    Il va bien falloir y résister et s’adapter, cela laissera des traces.

  • Que représentent les couleurs sur la carte ?

  • Les commentaires sont fermés.

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