Le révolutionnaire, l’expert et le geek de Gaspard Koenig

Un essai ambitieux.

Par Nicolas Beyls
Un article de Trop Libre

4169nA2mT0L._SX310_BO1,204,203,200_Le philosophe Gaspard Koenig est parvenu à s’imposer au-delà de la galaxie libérale grâce à son dernier ouvrage Le révolutionnaire, l’expert et le geek. Ce livre semble même avoir fait partie des lectures d’été de NKM qui dans une interview à Ouest-France décèle dans la société française “un mouvement profond en faveur de l’autonomie, de l’entreprise individuelle”. L’ambition de l’auteur mérite d’être saluée, bien qu’elle lui ait valu des critiques de certains “libéraux-conservateurs” ou “libertariens”.

L’ambition d’une nouvelle philosophie politique libérale

Les libéraux mettent très souvent en avant le “droit naturel” de chaque individu de préserver une sphère privée face aux empiètements d’autrui. Ainsi, chez Constant, la Constitution empêche toute décision liberticide de la majorité. Cependant cette distinction stricte entre sphères privée et publique est artificielle selon l’auteur car elle empêcherait toute interaction sociale. Gaspard Koenig préfère s’inspirer de Kant et employer le concept d’autonomie, définie comme “la capacité de l’individu d’effectuer ses propres choix”. Les droits individuels sont alors un moyen permettant à chacun de devenir soi-même.

L’ambition de réhabiliter l’État

L’autodétermination individuelle n’est pas un acquis. Un pouvoir central robuste est nécessaire pour libérer les individus des liens de dépendance traditionnels et locaux ou bien de leur propre ignorance. Ainsi Gaspard Koenig fustige les sociétés sans État, hétéronomes, autant que les fameux “corps intermédiaires”. À ceux craignant que l’individu autonome soit une monade “hors-sol”, l’auteur répond avec une citation de Margaret Thatcher, “There is no such thing as society” : chacun est libre d’appartenir ou non à un groupe social. Pour assurer l’autonomie individuelle, l’auteur propose dans le cadre de son think tank Génération Libre un revenu minimum universel garanti par l’État, sous la forme d’un impôt négatif.

L’ambition de promouvoir un “jacobinisme libéral”

Gaspard Koenig remonte à la Révolution de 1789 pour retrouver les sources du modèle français, le jacobinisme libéral. Cette expression de Pierre Rosanvallon montre que centralisation et libéralisme sont allés de pair au XIXème siècle. L’auteur célèbre deux figures libérales plutôt méconnues, le député jacobin Isaac Le Chapelier, à l’origine de la fin des corporations en 1791, et François Guizot, concepteur en 1833 d’un enseignement public universel mais pas uniforme que Gaspard Koenig appelle de ses voeux. L’auteur s’oppose également à la tradition tocquevillienne plus conservatrice en voulant dépolitiser les associations politiques comme les communes. Cependant la critique du communalisme est trop forte et Koenig semble déplorer page 71 l’élection des maires au suffrage universel !

L’ambition de rompre avec le planisme

Face à la mainmise de l’État sur nos vies, Gaspard Koenig ne sombre pas dans l’économisme : il n’est pas là pour répéter le discours patronal sur la baisse des charges. Au contraire il veut totalement rompre avec le paradigme étatiste actuel et renouer avec le jacobinisme libéral de 1789. Il s’appuie sur les travaux de l’historien Robert Paxton pour montrer que “l’interventionnisme à la française” ne date pas de Colbert, mais de Pétain, référence qui a fait enrager l’étatiste Zemmour sur un plateau de télévision. Gaspard Koenig explique que le planisme de Vichy est profondément hétéronome car il place l’individu au service de l’État corporatiste. Cet héritage dirigiste plutôt récent a été reconduit à la Libération : ainsi subsistent toujours aujourd’hui le statut de la fonction publique, la retraite par répartition…

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