Dépasser la démocratie

démocratie périclès credits tim brauhn (licence creative commons)

Faut-il vraiment que la force aille au peuple ? Petite réflexion intempestive de Philippe Bouchat.

Par Philippe Bouchat.

démocratie périclès credits tim brauhn (licence creative commons)
démocratie périclès credits tim brauhn (licence creative commons)

DEMOCRATIE : force du peuple. Faut-il vraiment que la force aille au peuple ? Cette question est stupide, car elle cache l’essentiel : faut-il qu’un peuple soit gouverné par la force ? Par ‘force’, le lecteur contemporain doit entendre ‘contrainte’. Dès lors, la question devient : un peuple doit-il être mené par la contrainte ? Posée ainsi, la démocratie peut alors se définir comme le régime politique selon lequel un peuple est dirigé par la contrainte émanant de lui-même. Font ainsi partie des régimes démocratiques, les démocraties directes où la contrainte émane directement du peuple, et les démocraties indirectes où la contrainte est le fait de représentants du peuple et non du peuple lui-même. Toutes les républiques et monarchies constitutionnelles relèvent de l’un ou de l’autre de ces deux systèmes démocratiques, au sens où je l’ai défini ci-dessus. En ce sens, il n’est donc pas faux de compter par exemple la Chine parmi les États démocratiques, puisque la contrainte est issue de plusieurs représentants du peuple (qu’il s’agisse des députés ou des membres du Politburo du PC chinois n’a ici aucune importance). Formellement différents, les régimes autocratiques et démocratiques ont donc leur essence en commun, à savoir l’imposition de règles contraignantes ! Ceci est rigoureusement implacable.

Cela vous choque ? Tant mieux ! C’est que vous sentez bien qu’il manque quelque chose de crucial dans cette classification : la présence de valeurs. Mais attention de ne pas vous fourvoyer, ces valeurs essentielles qui sont le ciment d’une communauté de destin ne constituent absolument pas un élément caractéristique du régime démocratique. Ainsi, au cours de l’Histoire, il y a eu des monarques, donc des autocrates, puissants qui ont agi en s’appuyant sur des valeurs morales, comme par exemple les despotes « éclairés » ; ces monarchies sont-elles pour autant devenues des démocraties ? Non ! Car la contrainte demeurait le fait d’un seul. C’est bien ici la preuve qu’il faut distinguer démocratie et valeurs. À l’inverse, il y a, aujourd’hui, nombre de pays dits démocratiques qui n’agissent pas selon des valeurs. Et pourtant ils demeurent des démocraties, car siégeant à l’Assemblée générale de l’ONU et produisant de la contrainte populaire selon le modèle kantien et la pyramide de Kelsen. Démocratie et valeurs sont donc à distinguer.

Résumons-nous. Ce ne sont pas les valeurs qui caractérisent la démocratie, ni l’absence de valeurs qui caractériseraient les régimes autocratiques. Or, les peuples revendiquent qu’ils soient menés en se fondant sur des valeurs.

Conclusion ? Il faut dépasser la démocratie, régime politique à durée déterminée, ainsi que tous les organismes vivants).
À la question initiale – faut-il qu’un peuple soit gouverné par la contrainte ? -, nous répondons résolument par la négative. On aurait pu se poser la question autrement et tenter de savoir s’il est préférable que la contrainte soit le fait d’un seul ou d’une multitude. La réponse est évidente : ni l’un, ni l’autre ! Car la démocratie n’est jamais que la dictature des lâches, les dictateurs de la majorité avançant masqués …

Restent alors la question de la détermination des valeurs et de ses conséquences pratiques, qui feront l’objet de mes 2 prochains articles.