Asie centrale : et si l’Europe s’y intéressait ?

L’Asie centrale a un énorme potentiel de croissance que l’Europe ne devrait pas négliger.

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Asie centrale : et si l’Europe s’y intéressait ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 10 septembre 2015
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Par Pauline Minaud.

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Zone de croissance économique, zone d’enjeux énergétiques et sécuritaires, et zone de tensions entre l’Union européenne, la Russie et la Chine, l’Asie centrale aux multiples défis est néanmoins une terre de promesses pour l’Union européenne… si cette dernière néanmoins, le décide.

Des intérêts économiques évidents

Près de 67 millions d’habitants sur une superficie de 4 millions de m2 et répartis sur 5 pays, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Kirghizstan, et le Turkménistan ; voilà ce que représente aujourd’hui l’Asie centrale, coincée entre le dragon chinois et l’ours russe.

Évidemment, ces chiffres peuvent paraître minces en comparaison de la superficie russe, dix-sept millions de kilomètres carrés, la Russie étant le pays le plus vaste au monde, ou bien de la population chinoise, s’élevant en effet à 1,4 milliard d’hommes, soit près d’un sixième de la population mondiale.

Pourtant, en ce qui concerne les taux de croissance de PIB, les pays d’Asie centrale n’ont pas à rougir de la comparaison russe ou chinoise. En effet, en 2014, alors que la croissance chinoise était de 7,4%, la croissance russe peinait à 0,6%. En Asie centrale, les taux de croissance oscillaient entre 3,6% pour le Kirghizstan et 10,3% pour le Turkménistan ; les PIB de l’Ouzbékistan, du Tadjikistan et du Kazakhstan étant respectivement à 8,1%,  6,7% et 4,3%.

Outre des intérêts économiques évidents, l’Asie centrale est également une zone de forts enjeux énergétiques et sécuritaires.

Un partenaire stratégique pour l’Union européenne

Ce n’est un secret pour personne, l’Union européenne cherche à diversifier ses sources d’importations énergétiques et ainsi réduire sa dépendance aux importations russes. Dans le climat actuel de tensions exacerbées entre Bruxelles et Moscou, cet objectif s’est encore renforcé, et même transformé en une impérative nécessité. L’Asie centrale, forte de ses gigantesques ressources en pétrole, gaz et hydrocarbures apparaît déjà comme une excellente solution au dilemme européen. Évidemment, cette relation est également favorable à ses propres pays, qui verraient alors leurs revenus d’exportation augmenter, renforçant ainsi une croissance économique en hausse. Consciente de la difficile coopération entre les différents pays d’Asie centrale, l’Union européenne a signé des accords individuels avec chacun d’eux dès la fin des années 1990, (hormis avec le Turkménistan, dont le partenariat n’a jamais été ratifié). Il s’agit donc d’accords de partenariat et de coopération (APC), essentiellement à visées économiques et énergétiques (voir ici pour le APC entre le Kazakhstan et l’UE).

Ces accords ont ensuite été renforcés par la stratégie régionale de l’Union européenne en Asie centrale de 2007 à 2013. En effet, consciente des tensions sécuritaires dans la région et des menaces à la stabilité des pays partenaires, l’Union européenne a souhaité travailler de manière régionale tout en concentrant ses efforts sur les défis démocratiques et les atteintes aux droits humains venant alourdir les discussions entre l’Union européenne et les pays d’Asie centrale.

Des résultats mitigés et un engagement en demi-teinte

Le souci de l’Union européenne pour la région d’Asie centrale doit également se comprendre en termes de sécurité intérieure. En effet, une Asie centrale instable sera davantage terreau à la radicalisation islamiste, source ensuite de menaces terroristes sur le territoire européen. De même, affaiblis par la guerre en Afghanistan et des rivalités internes, les pays d’Asie centrale ont pris part, plus ou moins consciemment, au puissant réseau narcotique émanant d’Afghanistan, le plus grand producteur d’opium et de graines de pavot, et en direction de l’Union européenne, qui a donc du renforcer sa lutte contre ce trafic illégal.

Malgré ces enjeux majeurs pour l’Union européenne et les pays d’Asie centrale, les résultats sont estimés mitigés. En 2010, Freedom House désignait encore le Kazakhstan de « démocratie autoritaire », pays non-libre, pourtant considéré comme le plus démocratique des cinq républiques, et le nouveau APC fut donc signé en retard du fait de désaccord en terme de démocratie, et notamment du nouveau Code pénal Kazakhstanais ayant augmenté le nombre de délits passibles de la peine de mort. L’Ouzbékistan quant à lui, a fait l’objet d’un embargo de l’Union européenne de près de quatre ans, en raison des « événements » d’Andijan en 2005,  et s’est également fait épingler par le Parlement européen pour travail d’enfants. Quant au Turkménistan, régulièrement, comparé à la Corée du Nord, le pays maintient avec poigne sa politique de fermeture et d’isolement.

Ces difficultés sont bien souvent attribuées aux pressions russes et chinoises, avec lesquelles l’Asie centrale se trouverait plus en phase culturellement.

Un potentiel… et des menaces

L’Asie centrale a les capacités matérielles de se développer, des partenaires intéressés, une croissance économique, des ressources énergétiques… Aux yeux de l’Union européenne, cette région peut donc représenter le potentiel nécessaire de réponses à ses enjeux énergétiques et sécuritaires.

Néanmoins, aujourd’hui, l’Asie centrale est principalement une zone à risque pour l’Union européenne. Les sanctions européennes contre la Russie ont eu pour contrepartie de faire diminuer les importations russes en provenance des pays d’Asie centrale, faisant ainsi chuter leurs croissances économiques au premier semestre 2015. Le Kazakhstan, pays pourtant leader de la région, a récemment du dévaluer de 32 % sa monnaie, le tengué. Enfin, et d’un point de vue plus structurel, les présidents en Asie centrale, très âgés (85 ans pour N. Nazarbayev au Kazakhstan par exemple) ne préparent nullement leur succession, laissant présager de fortes tensions lorsque le moment viendra, vraisemblablement à leur mort, et donc de facto de nouvelles tensions sécuritaires… qui seront ensuite sources de menaces pour le territoire européen.

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  • Il serait en effet bon de remettre sur pied le projet de pipeline trans-carpien pour avoir une plus grande indépendance énergétique. L’Iran a déjà affirmer être contre pour des raisons environnementales et la Russie a prévenu les pays d’Asie centrale qu’il valait mieux ne pas chercher à « court-circuiter l’incontournable partenaire russe ».

    Gageons que si un de ces pays fait l’affront d’agir pour ses propres intérêts (on peut difficilement comprendre pourquoi ils refuseraient rationnellement de court-circuiter des intermédiaires dans la vente de gaz) plutôt que ceux de Moscou ou Téhéran les sanctions se feront sentir immédiatement.

  • Merci pour cet article!
    Du coup, M. N. Nazarbayev a 75 ans (pas 85 ans).

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