Bientôt des « uber » pharmacies en ligne ?

Les pharmacies sont-elles incapables de s’adapter aux nouveaux modes de vie et de consommation ?

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Pharmacie-Jacques Caffin(CC BY-NC-ND 2.0)

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Bientôt des « uber » pharmacies en ligne ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 6 septembre 2015
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Par Didier Lebouc

Pharmacie-Jacques Caffin(CC BY-NC-ND 2.0)
Pharmacie-Jacques Caffin(CC BY-NC-ND 2.0)

 

Comme le montre l’exemple caricatural des taxis, aucune activité économique n’est à l’abri d’une attaque de la « nouvelle économie ». Les clients sont des êtres versatiles capables, du jour au lendemain, d’un simple clic, de changer des habitudes d’achat établies depuis des lustres. Les règlements protégeant certaines professions ne sont pas plus fiables car ils dépendent du politique soumis à la triple pression des électeurs, des contraintes budgétaires et des lobbys.

Face à ces menaces, plutôt que, résigné, attendre Uber en espérant que ce soit le plus tard possible, chaque business serait bien inspiré de se transformer de et par lui-même. Pour ce faire, deux familles d’interrogations sont indispensables : qu’est-ce qui ne satisfait pas, énerve, exaspère les clients actuels ? Si on leur confiait une baguette magique, que choisiraient-ils de changer ? Spécialement les clients les plus jeunes encore plus fantasques que leurs anciens. Comment un parfait inconnu, ne connaissant rien à notre activité mais féru de nouvelles technologies, résidant à Saint Chély d’Apcher, La Houaria ou Kuala Lumpur et décidé à expédier notre business aux oubliettes s’y prendrait-il ? Des scénarios peuvent être construits à partir de ce questionnement qui, ensuite, aident à définir les transformations à enclencher.

Je vous propose que nous fassions ensemble l’exercice pour les pharmacies françaises.

Des commerces devenus inefficaces

Les pharmacies ne sont pas un modèle d’horaires flexibles. Ces boutiques sont rarement ouvertes tôt le matin, souvent fermées pendant midi, pratiquent peu les nocturnes et respectent scrupuleusement le jour du Seigneur. Certes, en dehors des heures de bureau, des tours de garde sont assurés. Mais l’officine de permanence est, comme par hasard au moment où vous en avez besoin, à l’autre extrémité de l’agglomération ou du canton.

Bref, le strict contraire des drugstores américains ou brésiliens.

Bien que ces magasins soient généralement peu bondés, obtenir des antibiotiques ou un collyre requiert a minima 10 à 15 minutes. L’essentiel de ce temps est consacré à regarder passivement le vendeur exécuter des actions administratives sans rapport direct avec la vente. À croire que l’apothicaire se plait à faire ses comptes en public.

Bref, le strict contraire des hypermarchés où le traitement des bons d’achat est très automatisé et surtout masqué au client.

Le fameux conseil qui, paraît-il, serait la véritable valeur ajoutée du pharmacien et qui sert à justifier son monopole, se limite – quand il survient – à réciter votre ordonnance. Lorsque les médecins étaient d’abord des producteurs de hiéroglyphes manuscrits, cela était d’un grand secours. Maintenant que logiciels et imprimantes ont vaincu les gribouillis, cette tirade soporifique ralentit un peu plus la transaction.

Bref, le strict contraire des épiceries où le caissier, plutôt que de vous débiter le ticket de caisse, s’acharne à débiter votre carte bancaire.

Fréquemment, la totalité de votre besoin en médicaments n’est pas disponible, rendant indispensable une seconde visite. Un vrai plaisir ! Beaucoup des clients des pharmacies étant, par essence, malades.

Bref, le strict contraire d’un magasin « drive » avec commande en ligne et information réactualisée sur d’éventuelles indisponibilités.

Amazonifier les médocs

Une entreprise qui souhaiterait remédier à ces insatisfactions pourrait utiliser le business model d’Amazon : commander ses médicaments en ligne depuis tout type de terminal et se les faire livrer à l’adresse ou au relais de son choix. En zone urbaine, les remèdes urgents seraient fournis sous quelques heures, les autres en environ une journée.

Outre le classique suivi de commande, des services additionnels spécifiques seraient offerts gratuitement pour satisfaire et fidéliser les clients :

  • Scan et lecture automatisée de l’ordonnance.
  • Traitement simplifié au maximum du remboursement et du tiers payant.
  • Insertion automatique de rappels dans votre agenda électronique des heures de prise de médicaments.
  • Vérification automatique des posologies et des incompatibilités entre molécules.
    Le client qui aurait accepté de renseigner sur le site ses principaux paramètres médicaux (âge, poids, allergies, maladies chroniques …) bénéficierait d’un surcroît de contrôles et de conseils réellement personnalisés, y compris en dehors du strict champ médical, par exemple sur la diététique. Les conseils concernant les médicament en vente libre pour l’automédication seraient particulièrement soignés.
  • En fonction des affections et traitements, un message quelques heures ou jours après le début du traitement permettrait de s’assurer de l’absence d’effets indésirables.
  • Possibilité de dialoguer par chat ou par téléphone avec de véritables pharmaciens, voire des médecins, dûment diplômés pour aplanir toute interrogation supplémentaire.

Bien entendu, histoire de dorer un peu plus la pilule, à l’instar de ses concurrents en officine, L’Amazon des médocs proposerait aussi de la parapharmacie et de la parfumerie avec toutes les techniques promotionnelles de l’e-commerce et des prix attractifs.

Se mettre dans la poche les acteurs de la santé

Les pharmaciens, profession séculaire, constituent un groupe de pression retranché sur ses positions monopolistiques. La meilleure manière de s’affranchir de cet obstacle serait de le contourner en transformant la plupart des parties prenantes de la santé en alliés objectifs de L’Amazon des médocs.

Afin de ne pas attendre un hypothétique changement de réglementation mais plutôt de le provoquer, le moyen le plus aisé de démarrer L’Amazon des médocs serait de s’associer avec quelques pharmaciens volontaires, déjà propriétaires d’une boutique physique et ayant donc légalement le droit de vendre des remèdes.

En quelque sorte, trouver une petite minorité prête à donner le baiser de la mort au reste de ses confrères.

Pour vendre des prescriptions, rien de tel que de se faire aider par le prescripteur, c’est à dire le médecin. Dans un pays où les garagistes facturent plus cher que les toubibs, proposer aux thérapeutes un surcroît de rémunération fonction du chiffre d’affaire qu’ils généreraient chez L’Amazon des médocs peut en convaincre plus d’un. Afin de respecter les convenances, la réglementation, voire la déontologie, la manière indirecte est recommandée. Par exemple, en payant des frais de facilitation de saisie à tout médecin qui imprimerait sur ses ordonnances des QR codes aidant le scan. Le format de ces QR codes pourrait même être libre et ouvert afin de ne pas prêter le flan aux accusations de pratiques déloyales et pour faciliter leur intégration dans les logiciels médicaux. Les éditeurs complaisants de logiciels devraient, bien entendu, recevoir aussi leur petite obole.

En quelque sorte, transformer les médecins en commerciaux.

Les systèmes de livraison rapide « à la Amazon » et même si cela peut paraître contre-intuitif, sont moins chers à opérer qu’un réseau de magasins. Les coûts fonciers sont minimaux, les différentes tâches y sont très industrialisées et la somme des stocks est réduite. Désormais, plusieurs sociétés proposent des services logistiques clefs en main aux e-commerçants dont l’augmentation des volumes livrés abaisse continûment tarifs et délais. Aussi, il serait parfaitement possible d’être rentable en vendant sur internet de la pharmacie tout en diminuant d’au moins 10% à 20% le prix des médicaments, c’est à dire en rétrocédant aux clients une sérieuse part de la marge brute de l’apothicaire.

En quelque sorte, du médicament discount.

Dans ces conditions, la Sécurité sociale et les mutuelles, qui sont les véritables acheteurs de nos remèdes, seraient soumises à des sirènes dont le chant sonnant et trébuchant serait quasi irrésistible. Une approche relationnelle et commerciale sur mesure pourrait transformer les « complémentaires santé » en excellents promoteurs de L’Amazon des médocs. À l’autre bout de la chaîne, nos politiques, coincés par les déficits, pourraient bien ne pas défendre très longtemps le monopole des officines face aux économies proposées.

En quelque sorte, provoquer ses adversaires sur leur terrain de prédilection : le lobbying.

Pour pousser la sphère publique à évoluer, rien de tel que de s’approprier l’opinion publique avec l’aide des médias et des réseaux sociaux. Les méthodes de communication d’Apple, de Leclerc ou de Free, qui réussissent à passer pour des chevaliers blancs défenseurs de la veuve et de l’orphelin, sont des modèles à imiter. De surcroît, vendre en ligne des médicaments génère naturellement des myriades de données d’une grande valeur pour la santé publique et la recherche. Le chevalier, pour renforcer sa blancheur éclatante, pourrait, grand seigneur, en faire cadeau aux épidémiologistes et économistes de la santé friands d’en disposer. Bien entendu, en le faisant délicatement savoir urbi et orbi.

En quelque sorte, se faire offrir sa publicité.

Une fois ses premiers volumes de vente établi, L’Amazon des médocs commencera à disposer d’une capacité de négociation forte auprès des laboratoires pharmaceutiques. Ses équipes d’achat pourront s’en donner à coeur joie et abaisser ses coûts. À l’instar du véritable Amazon qui vend de la connectique et des liseuses sous sa propre marque, les médicaments génériques pourraient être proposés sous la marque du distributeur qui mettrait en concurrence plusieurs fabricants. Pour ne pas casser la dynamique, une partie de ces gains seraient rétrocédés à la clientèle.

En quelque sorte, des médicaments toujours plus discount.

Si vous doutez encore…

Je souligne pour les lecteurs qui estiment que l’analyse et le scénario développés ici sont une aimable fiction un brin cynique que je n’ai pas été inventif. La santé n’étant pas mon domaine de prédilection, je me suis contenté de proposer un cocktail d’éléments tous existants actuellement.

Je leur propose aussi d’aller fureter sur le site web de l’entreprise Point Vision. Cette startup française, bien réelle et aux investisseurs prestigieux, industrialise – au sens étymologique du mot – les ophtalmologistes afin de faire baisser les délais d’attente des clients et mieux rémunérer les professionnels de santé adhérant à son système, tout en restant strictement dans les tarifs conventionnés de la Sécurité Sociale …

Sur le web

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  • Cela existe déjà.

    • 1/ Les pharmacies en ligne existent déjà. Elles ne marchent, globalement, pas du fait que les gens vont directement à la pharmacie en sortant du médecin, sans passer par chez eux.

      2/ Les pharmaciens ne sont pas débiles et ont, presque tous, installés leurs pharmacies à proximité d’un médecin. Les horaires des pharmacies sont calées sur celles de médecins.

      3/ Les couts de livraisons à H+2 ou 4 sont extraordinairement plus chers qu’un réseau de magasin. Un malade n’a pas envi d’attendre 2 à 3 jours ouvrés pour recevoir ses médicaments et donc commencer son traitement : il les veut immédiatement.

      Conclusion : Bref, ce que vous proposez existe déjà et ne convient pas aux consommateurs. Je passerai sur les nombreuses erreurs factuelles de votre prose.

      • L’article d’un gars qui n’a rien compris à la médecine et à la pharmacie. A mon avis il en veut à sa mère qui a confondu sa pilule avec du paracétamol… Et nous voilà à lire la prose du résultat de cette confusion.

        • C’est ca qui est bien avec internet, un parfait inconnu, planqué derrière un ordinateur, est insultant envers un rédacteur, et ceci sans le moindre argument…. Autant Agua argumente, et donc son avis est important, autant le votre… si vous pouviez nous en dispenser.

  • Il me semble qu’un point rend incompatible ce type de commerce avec un commerce de type « drive » bête et méchant : la redondance.
    Pour moi, l’intérêt du pharmacien est d’avoir une redondance vis à vis du médecin. Exemple vécu : Je ne suis pas du genre à aller chez le médecin pour rien, et là, il y a un an je vais chez mon médecin pour un mal de dos. On en parle, et il me prescrit un anti inflammatoire. Je vais chez le pharmacien. Il lit l’ordonnance, et me demande « c’est pour quoi? », je répond « mal de dos ». Là dessus, il appelle le médecin, et lui pose la question sur ce qu’il a écrit. Ce dernier s’était tout bonnement trompé de médicament ! J’ignore ce qu’il m’avait prescrit, mais visiblement ça n’était pas pour le mal de dos…

    Du coup, il y a certainement des choses à faire sur un modèle « en ligne », sans pour autant se limiter à un bête rôle de distributeur aveugle (pas besoin de faire bac+5 pour se contenter de vendre, c’est donc qu’il y a un intérêt à ce que la personne sache ce qu’elle vend). Clairement, plein de jeunes pharmaciens sont aujourd’hui au chômage à cause de leur conseil de l’ordre qui leur interdit d’ouvrir ou bon leur semble (même système que les licences de taxi), ou d’inventer de nouveaux concepts, c’est idiot. Alors que tous ces jeunes auraient bien des idées pour redorer leur blason et le mettre au goût du jour.

    En fait, je pense que l’enjeu actuel, c’est la fin du corporatisme (taxis, pharmaciens), et de laisser tous ceux qui ont la compétence inventer de nouveaux moyens de mettre en oeuvre cette compétence, sans oublier pourquoi cette compétence est nécessaire.

    • J’ai honte d’avouer que j’ignore le système français des pharmacies (après 17 ans de pratique médicale dans ce pays): cela tient au fait que je ne veux en aucun cas intervenir dans ce qu’il adviendra de ma prescription. Tout ce que je sais c’est si oui ou non, c’est remboursé par la « sécu ». (NB: selon une étude, 50% environ des médicaments prescrits ne sont pas consommés!)

      Il est amusant, entre autres que la douane française a pour devoir de repérer les « contrefaçons » des marques de luxe, d’un individu ou du commerce par caisses et de les détruire mais que l’usage de contrefaçons de médicaments est très conseillée et quasi semi-obligatoire: « mangez 5 fruits et légumes mais choisissez vos médicaments, rayon « bas de gamme! », copie presque conformes, moins contrôlés, avec effet « théorique » équivalent. Dans votre hypothèse, qui empêchera Aldi et Lidl de vendre les médocs « de comptoir » (otc)?

      Bref, je suis et veux rester indépendant des firmes pharmaceutiques, comme des inepties des « autorités de santé », « haute » ou pas, appartenant à la machinerie d’état.

      Si, en plus, tout se passe par internet, l’état (donc n’importe qui!) pourra se douter de votre pathologie: le secret médical se réduit (Gaffe au prix de vos assurances!) au seul symbole: la valeur nulle de sa transgression en justice!

      Donc un « Amazon » des médicaments? Méfiez-vous tout de même de distribuer à tous les intervenants des bakchichs: le Conseil National de l’Ordre des Médecins s’y opposera et celui des pharmaciens vous mettra des bâtons dans les roues! De plus, la législation sur les médicaments et leur prise en charge collective sont si mouvantes que je vous souhaite bonne chance, surtout en période actuelle où les « flux tendus » rendent les pénuries moins rares!!

  • Sans parler du fait qu avec les cartes vitales pas a jour et les mutuelles qui changent en permannence de gestionnaire de tiers payant, ca sent le sapin. Deja en direct il y a un paquet de dossiers non payes. Alors en ligne… De mon point de vue, le tiers payant est une immense erreur de parcours car:
    1/ en fonction de ce que rembourse la mutuelle le pro de sante joue sur du velouts: le patient ne voit plus la facture
    2/ les frais de gestion augmentent: personnel plus administratif ( comme dans votre article) et personne qui verifie que l argent arrive bien sur le compte
    3/ infantilisation et russification du client: concretement il se fout de combien ca coute du moment que c est rembourse, et que ca ne depasse pas son bon d achat.

    Si le pharmacien passe autant de tamps a faire c est compte c est qu il essaie de se debattre au milieu des organismes qui vont le payer et de verifier que ceux ci soient bien a jour, car le patient mui, en general n y compren plus rien.

  • Il est souvent bien plus simple de faire 300m pour s’arrêter à la pharmacie récupérer immédiatement le traitement que l’on doit prendre le plus rapidement possible que de rentrer chez soi, allumer son ordi ou tablette, se connecter, faire je ne sais quel manip avec son ordonnance pour que le site comprenne le médicament voulu ainsi que toutes les vérifications d’usages pour s’assurer que le patient ne triche pas et comme il est samedi et que vous serez livré 1 jour ouvrable après, vous commencerez votre traitement Lundi midi !

    Il y a certainement beaucoup de chose à inventer dans le concept de pharmacie mais pas un Amazon totalement impersonnel et non sécurisé, la seule validité serait que le médecin commande lui même pour vous le médoc chez ce Amazon du médoc (en espérant qu’il ne se trompe pas) mais il a autre chose à faire que perdre du temps à faire ça à votre place.

  • a l’auteur ne vous inquiétez pas pour votre profession D’un clic nous ferrons travailler des ingenieurs low cost en asie Vous vous insurgez sur les corporatisme francais votre profession comme tant d’autre suivront la meme voie.

    • C’est déjà le cas, et c’est l’avenir.

      Il est ridicule de penser que notre productivité justifie un salaire x fois plus élevé qu’un chinois. Quiconque a travaillé avec des chinois (en Chine ou ailleurs) a constaté qu’ils sont, à équipement équivalent, plus productifs que nous pour moins chers.

      Nous sommes tous surpayés. C’est une réalité.

  • Bonjour,

    Je suis un pharmacien de 25 ans, diplômé depuis moins d’un an. Écoeuré du socialisme généralisé en France, dont souffre également notre système de santé, je lis Contrepoints régulièrement. Autant dire qu’une information non contrôlée par BFMtv ou David Pujadas est bonne à lire!

    C’est donc avec grand intérêt que j’ai lu cet article, et avec une certaine appréhension – « cette fois c’est ma profession qui est analysée, je vais probablement en prendre pour mon grade! ».

    J’ai songé aux changements que pourraient attendre certains patients (terme que je préfère à client, sauf pour les personnes recherchant des produits cosmétiques).
    Je partage la plupart de vos solutions, mais j’y vois des obstacles de taille, qui pourraient dans certains cas être dangereux en matière de santé, mais également des obstacles mineurs, que j’assaye déjà de combattre au quotidien.

    Cette forme d’automatisation que vous proposez, dans laquelle les médecins seraient impliqués serait un grand succès commercial, je n’en doute pas un instant. Mais ce serait un échec sanitaire. La quantité de médicaments prescrits et délivrés augmenterait. Or cela est déjà un problème. Si le chiffre d’affaire s’en porterait mieux, avec récompenses du médecin et du pharmacien distribuées par les laboratoires, le malade n’en est pas forcément mieux soigné, bien au contraire.
    Au comptoir, le contact et les questions posées au patient soulèvent chaque jour des problèmes cruciaux, auxquels il faut rapidement apporter une solution pour éviter une hospitalisation regrettable du malade. Je doute que des questions posées par mail ou téléphone par un interlocuteur inconnu soient prises au sérieux : « encore un sondage de satisfaction ou de la pub ».

    Quand au problème des papiers à remplir et à trier « en public » : ce n’est pas un plaisir. C’est le triste résultat du tiers-payant, grâce auquel « c’est gratuit ». En pharmacie aussi on attends le choc de simplification et la fin de la « russification » du peuple pour reprendre un commentaire ci-après.

    A propos des ordonnances. Je réclame la transmission automatique des prescriptions du cabinet médical vers la pharmacie. Ainsi, tout est prêt quand le malade se présente, et les éventuels problèmes sont traités avec le médecin. Nous sommes en 2016, le papier gribouillé, source d’erreurs et de falsifications devrait disparaître. Mais les médecins français sont attachés à la sacro-sainte prescription papier, ce noble geste médical, et n’aiment pas partager directement les informations. Il a fallu des années pour les convaincre de prescrire par informatique et adopter les génériques (à renfort d’aides publiques pour acheter les logiciels de prescription).
    Notez que la pharmacie d’officine est l’une des professions libérales les plus informatisées en France, depuis longtemps, et sans aucune aide de l’État.
    Sur ce point, nous sommes prêts, et nos logiciels aussi. Je réclame également l’accès aux résultats d’analyse pour éviter de délivrer de l’ibuprofene à un insuffisant rénal. Là encore, on ne partage rien, et on prescrit l’ibuprofene pourtant contre-indiqué sans que le pharmacien puisse exercer un contrôle qui pourrait être salvateur.
    Sur LGPI (logiciel leader en France) il est possible de recevoir les ordonnances transmises par les patients via une application smartphone dédiée. A partir d’une simple photo, nous préparons tout, et envoyons un calendrier de prise avec rappels des posologies sur le téléphone.
    Ceci est totalement gratuit, et nous le proposons.

    Autre point : les gardes. Je vous mets au défi de trouver un autre domaine où il est possible de rencontrer un professionnel en 15 minutes sur tout le territoire, à toute heure, dimanche ou à Noël. Cela via un numéro de téléphone dédié, entièrement financé par les officines.
    Il me semble difficile de faire mieux.

    En résumé, ce que les patients devraient obtenir, ce ne sont pas des médicaments moins chers dans la boîte aux lettres, c’est plus de sécurité et de service (les accidents liés aux médicaments font bien plus de vicitmes que les accidents de la route).
    Lorsque qu’il nous manque quelque chose, sachez que cela vient le plus souvent d’un défaut du laboratoire fabricant, et non de notre gestion des stocks, même si cela peut se produire.
    Il faut se méfier des E. Leclerc et autres E. Macron, qui avec les lobby pharmaceutiques expliqent que les médicaments sont trop chers, et que grâce à eux, vous aurez tout ce que vous voulez quand vous voulez.

    Les pharmacies sont toutes équipées du Dossier Pharmaceutique, permettant d’avoir automatiquement un historique des traitements reçus par le patient, où qu’il les aie achetés. Ce progrès, activé gratuitement à la simple demande des patients, permet d’éviter bien des accidents. Cela a été financé par les cotisations des pharmaciens, devant le constat d’échec du coûteux et inachevé Dossier Medical Personnel, autre fiasco à plusieurs milliards d’euros payé par le contribuable.

    Il y a encore des progrès à faire, de la part des pharmaciens mais aussi des médecins. Ces progrès portent selon moi ailleurs que sur l’approvisionnement : ils doivent porter sur le service et la sécurité. Pour la vente de gros, vous trouverez déjà tout ce qu’il vous faut dans des grosses (para)pharmacies. Mais n’imaginez pas qu’ils passent du temps à étudier la pertinence et les risques liés à votre traitement…

    • Bravo pour cette mise au point très pertinente. J’insisterai seulement sur l’intrusion toujours plus grande de l’administration dans le domaines des soins de santé que nous devons toujours plus abreuver de documents et de chiffres!

      Le comble du ridicule, en France, me semble incarné par le médecin « DIM » (directeur de l’informatique médicale) obligatoire dans chaque hôpital ou clinique pour encoder (= faire le travail) pour la « sécu », les diagnostics et les actes médicaux, puisque le destinataire ne comprends rien aux termes médicaux: dans un pays où on « importe » des médecins pour les zones de « désert médicaux », c’est croquignolet, abusif et, disons-le: ridicule!

    • Encore une remarque: « russification » n’est plus de mise et deviendra source de confusion (outre son côté xénophobe) alors que « socialisme » (URSS = union des républiques SOCIALISTES soviétiques) ou « soviétisme » sont plus adaptés.

    • Analyse très pertinente, mais il ne faut pas oublier, que le but n’est pas ici de remplacer un système existant par un nouveau mode de fonctionnement, mais bien de laisser le choix aux patients entre le système traditionnel et de nouvelles formes. On aura toujours besoin des conseils d’un docteur ou d’un pharmacien pour les patients qui le souhaitent.

    • Commentaire très intéressant. J’aimerais beaucoup approfondir l’échange avec vous. Pourriez-vous me contacter via mon site kelibia.eu. Merci

  • Il faudra bien qu’un jour les pharmacies bougent ou plutôt que les lois les fassent bouger. Mais les propositions de l’auteur, pour intéressantes qu’elles soient, n’ont aucun rapport avec l’ubérisation de l’économie.
    Ne pas la mettre à toute les sauces !
    L’ubérisation des médocs, et ce serait une horreur, serait par exemple que les particuliers puissent vendre ou échanger leurs médicaments non utilisés.

    • en ce qui concerne les echanges de médicaments ne servant plus ca peut etre bien en effet (exepté les stup bien sur) . ca poserait peut etre des problèmes de sécurité mais cela eviterait les gachis qui sont enormes.

      • Je préfèrerais que ces médicaments non utilisés puissent être repris par des pharmacies, certaines pourraient se spécialiser dans ses reprises

  • « Vérification automatique des posologies et des incompatibilités entre molécules.
    Le client qui aurait accepté de renseigner sur le site ses principaux paramètres médicaux (âge, poids, allergies, maladies chroniques …) bénéficierait d’un surcroît de contrôles et de conseils réellement personnalisés, y compris en dehors du strict champ médical, par exemple sur la diététique. Les conseils concernant les médicament en vente libre pour l’automédication seraient particulièrement soignés »

    Et évidement ces grosses boites style Amazone seraient financées par les mutuelles ou assurances qui auraient en plus accès à vos données médicales et ainsi pourraient calculer au plus juste vos cotisations en fonction de vos pathologies réelles ou supposées…ou simplement refuser de vous assurer ( dans ce cas là c’est le patient qui y gagnerai ). Adieu le secret médical, je vois pas trop en quoi la liberté y gagnerai ???

  • Ce qu’il manque dans cette simulation, c’est l’évolution du métier et de la population des pharmaciens à l’échelle nationale. Pas seulement des quelques volontaires.

  • Votre article sur les pharmaciens
    tres intéressant
    et vous pourrie rajouter le « downlable medecine »

    http://singularityhub.com/2015/08/14/first-3d-printed-drug-ushers-in-era-of-downloadable-medicine/?utm_content=buffer4e161&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

    voir aussi ma newsletter sur la e-santé.. c’est tout le système de santé français quiva se faire disrupter..

    http://billaut.typepad.com/jm/2015/09/e-sant%C3%A9-newsletter-n-10-.html

  • C’est quoi cet article??? vraiment n’importe quoi via internet ou telephone sans voir la personne on ne peut pas assurer son suivi et c’est justement le but des pharmacies. et puis pour les personnes ayant un traitmenent recurent, pour éviter les problemes de stock et les delais d’attentes il existe déja des choses… chez giphar par exemple vous telechargez l’appli, vous prenez en photo l’ordo, on la prépare et il n’y a plus qu’a la livrer ou venir la chercher en fonction de si la personne peut bouger ou non. l’auteur de ce torchon ne connait vraiment rien des pathologies que l’on peut traiter serieux… et puis où est le relationnel dans tout ca?

    • Cher Me (ou Me) Bantry
      c’est quoi cet article ? ben c’est je pense ce qui va se passer dans les 10 ans à venir.. que vous le vouliez ou non..
      1/ Homo Sapiens meme s’il a fait 10 ans d’études n’est pas trés fiable.. (c’est comme cela que j’ai été ampué d’une jambe)
      2/ relationnel dites vous ? laissez vous rigoler doucement..
      3/ je vais continuer à publier mes torchons…
      4/ Martin Hirsch va annoncer fin septembre que ces toubibs de l’AP HP vont utiliser le Watson d’Ibm… le début de votre disruption annoncée…
      J’espère que vous pourrez atteindre l’âge de la retraite peinardement..
      je ne vous salus pas..

  • ILLUSION D’UNE DÉMOCRATIE À L’ÉCHELLE DE MASSE !!!

    La France s’en dette quelle ironie!!! Elle s’enrichit par les petits travailleurs que nous sommes. Le système pédagogique est en tout point mauvais. Elle laisse seulement la chance aux riches et enfants de riches la place dans la société. Indigne pays!!!

    Préparateur en pharmacie, une formation et un niveau surexploités. Aucunes reconnaissances de tous les savoirs faire, compétences et connaissances. Même statut qu’un caissier et magasinier. Un salaire au SMIC. Quelle honte!!! Quelle surexploitation par les pharmaciens!!!

    Il y a de la manipulation, chantage, escroquerie, subversion, dictature moderne et tout ça bien hermétique. Encore heureux ceux qui ne l’ont pas encore compris. Allez protester sur internet ou dans la rue vous allez perdre le reste que vous avez!!!

  • Les commentaires sont fermés.

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