La leçon britannique à la France

Tandis que la France rate le TGV de la croissance, la Grande-Bretagne se remet sur pieds.

Par Anthony Escurat.

David Cameron (Crédits : Number 10, licence CC BY-NC-ND 2.0)
David Cameron (Crédits : Number 10, licence CC BY-NC-ND 2.0)

 

Mais quelle mouche a donc piqué David Cameron ? Tout juste auréolé d’une victoire aussi écrasante qu’inattendue aux dernières élections législatives, libérant ainsi son camp de la coalition qu’il avait formée voilà cinq ans avec les libéraux-démocrates, le Premier ministre conservateur a surpris son monde le 8 juillet dernier en annonçant la poursuite de sa politique d’austérité assortie… d’une hausse du salaire minimum ! Une pierre dans le jardin de l’opposition travailliste, un pavé dans la mare française. Retour sur une révolution britannique.

« Cure d’amaigrissement », « thérapie de choc », les qualificatifs sont nombreux pour décrire le plan d’austérité que subit le Royaume-Uni depuis plus de cinq ans. Violemment frappée par la crise, l’île – qui avait vu son PIB se contracter de 5,5% et son taux de chômage presque doubler en moins de deux ans – s’est assignée une série de coupes budgétaires drastiques depuis l’arrivée au pouvoir des  tories en 2010. Au menu : réduction du nombre des fonctionnaires, réduction des dotations aux collectivités locales et réduction des prestations sociales. Symbole de ce lifting des dépenses publiques, les coupes budgétaires opérées dans les ministères britanniques seraient six fois supérieures à celles réalisées en France. Un écart qui laisse songeur quand on connaît le poids de la sphère publique dans l’Hexagone.

À ce régime Dukan de l’État-providence poussé à son paroxysme s’est conjuguée une kyrielle de réformes structurelles : recul de l’âge de départ à la retraite, réforme des systèmes de santé et de protection sociale, transfert de nombreuses missions de l’État vers le secteur privé, etc. Une potion aigre pour les Britanniques certes, mais qui, n’en déplaise aux commentateurs acariâtres, a incontestablement porté ses fruits. Le Royaume-Uni a en effet enregistré en 2014 la meilleure croissance de la zone OCDE avec une augmentation de sa richesse nationale de 2,7%, soit dix fois mieux qu’en France. Sur le front de l’emploi, après s’être envolée en 2008, la courbe du chômage s’est fortement inversée depuis lors, retombant sous la barre des 6% grâce à la création de plus de deux millions d’emplois privés en quatre ans.

Résultat : alors que tous les sondages donnaient les jeux serrés entre conservateurs et travaillistes, les dernières élections législatives britanniques ont couronné de succès la politique menée par David Cameron, offrant même à ce  « père l’austérité » une majorité absolue à la Chambre des Communes. Plus qu’une victoire, un triomphe qui signe la préférence britannique pour les réformes et permet aujourd’hui au Premier ministre de proposer dans le prochain budget 100% conservateur une augmentation inattendue de près de 40% du salaire minimum étalée sur quatre ans. Augmentation qu’il prévoit de coupler, dans un savant dosage, à un nouveau plan d’économies de près de 17 milliards d’euros.

Cette politique du sang et des larmes n’a pas connu son pareil en France. Les errements sur l’allongement de l’âge du départ à la retraite, les atermoiements sur la diminution du train de vie de l’État, les divagations sur la politique de l’offre ou de la demande, les élucubrations sur le millefeuille territorial, les réformes en trompe-l’œil de la Sécurité sociale ou de la fiscalité constituent autant d’occasions manquées par la gauche comme par la droite. Laissant ainsi la France rater le TGV de la croissance emprunté par d’autres.

Les quarante années de procrastination politique, aux conséquences malthusiennes, condamnent dès lors la désormais sixième puissance mondiale (derrière le Royaume-Uni depuis le début de l’année 2015, tout un symbole) à agir sous le couperet menaçant de l’urgence. Ce faisant, pour être à la hauteur des enjeux, les candidats à l’élection présidentielle de 2017 sont condamnés à marcher dans les pas de David Cameron, conjuguant discours de vérité churchilliens et mesures radicales thatchériennes. There is no alternative !


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