Canada : Yves Boisvert contre Uber

Après la France, Uber fait parler de lui au Canada !

Par Youri Chassin.

Uber credits joakim formo (CC BY-NC-SA 2.0)

Uber fait les manchettes cette semaine, c’est le moins qu’on puisse dire ! Manifestation des taxis mardi. Les chauffeurs d’Uber profitent de la pénurie de taxis qui s’ensuit. Uber offre des courses gratuites. Dans La Presse, Ariane Krol signe un éditorial et Yves Boisvert, une chronique…

Le titre d’Yves Boisvert : « Uber est illégal. Point. » J’ai pensé un instant qu’il était sarcastique et qu’il allait se moquer un peu de ceux qui empruntent une perspective purement légaliste dans ce débat. Mais non ! Il en rajoute même en précisant : « Il n’y a qu’une ligne à tenir avec UberX, c’est la ligne dure ». Eh bien ! Je songe à une chronique qu’il a écrite pas plus tard qu’en juin sur la lutte contre la drogue et sur les centres d’injection supervisés. Les deux dossiers sont passablement différents, mais disons que devant deux situations sujettes aux débats légaux, Yves Boisvert avait une approche autrement plus flexible sur la seconde que lorsqu’il s’agit d’Uber.

Cette chronique me laisse perplexe, d’abord parce que c’est la première fois que je sens Yves Boisvert aussi peu pragmatique, et parce qu’il ne dit rien de deux arguments franchement évidents qui militent en faveur d’Uber.

Le progrès technologique comme l’application Uber, joint à l’ubiquité des téléphones intelligents, transforme le combat des taxis et l’approche légaliste en cul-de-sac politiques. Si les gens souhaitent utiliser les services de cette application géniale, rien ne peut l’empêcher. On contourne ainsi les services des répartiteurs, qui deviennent en quelque sorte des allumeurs de réverbères modernes parce qu’une nouvelle technologie les remplace avantageusement. Et les réglementations de l’État aussi semblent inutiles.

Ce qui nous amène à la question de la légitimité. Le gouvernement et les cours peuvent bien décider de la légalité ou non d’Uber. Par contre, c’est la société qui décidera en fin de compte de sa légitimité. Et les lois et règlements qui ne sont pas légitimes, généralement, ne font pas long feu. Quand Yves Boisvert mentionne que « les propriétaires de taxis sont soumis à une avalanche de frais fixes : inspections deux fois l’an, réparations obligatoires, permis, assurances, plaques commerciales… », on se pose immanquablement la question : est-ce vraiment nécessaire ? Une compagnie qui tente de se faire une clientèle et de la fidéliser ne ferait-elle pas des inspections régulières de toute manière ? Si les voitures sont inspectées mais puent à plein nez le vieux cendrier, est-ce que c’est aussi au gouvernement de s’en mêler ? Alors que les clients sauront très bien quoi faire…

Les applications comme Uber ou Lyft, ou Airbnb dans l’hébergement, profitent à leurs utilisateurs et montrent que parfois, la réglementation est dépassée. On peut bien tenter de réglementer à nouveau, mais on peut aussi reconnaître que la technologie permet aujourd’hui à de nouveaux marchés d’émerger qui fonctionnent plutôt bien avec une réglementation minimale. Les taxis, fortement réglementés, ne devraient donc pas se battre pour le maintien de leur cartel anachronique, mais plutôt pour qu’on les laisse faire concurrence à Uber sur un pied d’égalité, sans permis et sans bâtons dans les roues. Bref, en adoptant une approche concurrentielle et… pragmatique.

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