Attaque du Thalys : face au terrorisme, plus de libertés

Face au terrorisme, la réponse sécuritaire est un leurre.

Par Emmanuel Perclus, depuis la Belgique.

So true we had enough credits Nicholas Komodore (CC BY-NC-SA 2.0)
So true we had enough credits Nicholas Komodore (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Quelques jours après que certains membres de l’État Islamique ont menacé directement la Belgique, un jeune homme fiché par toutes nos polices comme « radicalisé », monte à Bruxelles dans un Thalys en direction de Paris et tente de le prendre d’assaut avec une Kalachnikov AK-47 et un revolver Luger. Par chance, ce qui aurait normalement du tourner en un véritable carnage, s’est soldé par quelques blessures et une belle frayeur pour beaucoup. Quelques passagers ont heureusement eu les bonnes réactions.

Immédiatement, dans les journaux, différents commentateurs (le public sur les réseaux sociaux, mais aussi journalistes et politiciens) répondent à cette attaque par l’inévitable rengaine sécuritaire : davantage de contrôles dans les trains, retour des douanes et des frontières, remises en question de l’espace Schengen…

Limiter nos libertés, c’est donner une victoire au fondamentalisme

C’est bien entendu une très mauvaise réponse. Prenez par exemple Paris. Sous la surveillance de militaires depuis plusieurs années via le plan Vigipirate, ce dernier n’a pas empêché les frères Kouachi ou Coulibaly de réussir leurs attaques de janvier 2015. On pourrait multiplier les exemples partout dans le monde. Presque chaque semaine, des bombes explosent dans des pays bien plus militarisés que nous pourrions le faire (Israël, Irak, Afghanistan…). Jamais aucun policier ou aucun militaire ne pourra empêcher un gars décidé à se faire sauter avec une bombe ou prendre d’assaut n’importe quelle place publique. Surveillez les gares et demain, ce sera un bar très fréquenté de la capitale qui sera visé. Ou un train quelconque en campagne. Ou une manifestation devant le parlement. Ce ne sont pas les lieux de réunions qui manquent dans une ville comme Bruxelles.

On ne peut surveiller chaque terroriste. Aucune frontière ou aucune douane n’a jamais empêché le trafic d’exister. Les armes de contrebande, l’alcool, les cigarettes et la drogue font le tour du monde en continu malgré toutes les interdictions, les frontières et les patrouilles que les États peuvent mettre en place.

Cette attaque est une excellente preuve, s’il en fallait encore une, que les lois liberticides telles que celle sur le renseignement en France ne servent à strictement rien, si ce n’est à s’immiscer dans la vie privée de personnes innocentes.

Ce à quoi s’attaquent ces fondamentalistes islamistes, c’est à notre modernité, notre mode de vie, notre démocratie. Ils en veulent à nos libertés chèrement acquises et souvent remises en cause à droite et à gauche. Ils ne sont pas, contrairement à ce qu’ils pensent, dans la critique, parfois légitime, de nos errances géopolitiques. Restreindre nos libertés pour les combattre, c’est donc avoir déjà perdu. C’est leur donner raison. C’est donc hors de question !

La responsabilité des citoyens doit être engagée

L’un des enseignements de cette attaque réside dans le choix de certains de ne pas se terrer sous un siège et de préférer affronter le terroriste. Les deux premiers sont des citoyens lambdas, ensuite, alarmés par le bruit, deux militaires américains. Vous connaissez la suite, ce n’est pas la peine d’y revenir en détail ici.

Mais remarquez une chose : les premières personnes ont tenté d’arracher les armes pour, apparemment, s’enfuir avec, ce qui vaudra à l’une d’elles une balle dans les poumons. Les militaires ont foncé au corps à corps. Je ne crois pas que leur réaction est seulement due au fait qu’ils soient soldats et entraînés. Ils vivent aussi dans un pays où les armes existent et où la violence est endémique. La bonne réaction en cas d’attaque ou de danger est la fuite, c’est une des premières choses que l’on enseigne en self-defense. Mais, en cas d’impossibilité, la pire des réponses est la passivité et l’apathie. Dans ce train, la réaction de citoyens d’un pays, habitués aux armes et à la violence, face à une situation de danger où la fuite était impossible, fut l’attaque au corps-à-corps, seule manière de neutraliser la menace. Dans ce même train, la réaction des citoyens belges et français, à l’exception notable des deux premiers intervenants, furent la fuite et la tentative de se cacher sous les sièges, la meilleure manière de se faire trouer la peau si Ayoub El-Khazzani avait été mieux préparé et s’il avait eu des armes en état de servir.

Les Américains, pour une bonne part, n’attendent pas de l’État toute la protection nécessaire, certains s’en passeraient même très bien. Si comme moi, vous avez grandi à la campagne, vous savez le nombre de fusils, de carabines et d’armes de poing qu’on trouve dans les greniers et les garde-robes. Il fut une époque, pas si lointaine, où les citoyens prenaient aussi leur responsabilité en cas de danger et n’attendaient pas que tout arrive de l’État.

Il s’agit peut-être ici d’un hasard, des Français ou des Belges auraient tout aussi bien pu maîtriser un attaquant dans une configuration différente. Il est impossible d’affirmer que leur nationalité américaine soit à l’origine du comportement de ces jeunes hommes. Mais cela n’empêche pas qu’un grand travail de prise de conscience reste à faire chez nous.

La liberté comme réponse au terrorisme

« Aux armes, citoyens » chantent nos voisins Français pour inaugurer leur hymne national. Je crois qu’un citoyen libre, c’est un citoyen armé. En effet, pas de Révolution dont se gaussent tant gauche et droite d’Outre-Quiévrain sans un peuple en armes, prêt à se défendre d’abord contre un éventuel Prince oppresseur. L’une des grandes victoires des États modernes sur le peuple est d’avoir désarmé les masses, s’assurant par là que toute contestation consisterait en une simple manifestation et quelques pneus brûlés, mais n’hésitant pas à obliger ces mêmes masses à aller au casse-pipe quand il s’agit de défendre leurs intérêts. L’empressement des Européens à haïr le second amendement des États-Unis, sur ce point, m’étonnera toujours. On ne peut rêver plus belle image de servitude volontaire. Saviez vous qu’après la Révolution, le port d’arme citoyen était tellement évident qu’il a semblé inutile de le préciser dans la nouvelle constitution française ?

L’attaque du Thalys dévoile aussi une vérité dérangeante pour beaucoup : quand les armes deviennent bannies par la loi, seuls les hors-la-loi en possèdent. Encore une fois, il a été heureux que Ayoub avait tout du nigaud naïf, parti avec des armes en mauvais état et, selon les commentaires des deux militaires, sans grande idée de leur emploi, contrairement aux frères Kouachi faisant la preuve d’un entraînement « profitable » dans l’attaque de Charlie Hebdo, plusieurs décès en témoignant. Si au lieu de El-Khazzani, un ou deux combattants bien entraînés avaient pénétrés dans le Thalys, beaucoup de morts auraient été déplorés. À moins, éventuellement, qu’un citoyen armé ait pu descendre les agresseurs, afin d’éviter un plus gros carnage…

Bien sûr, un pays où les armes circulent librement et où chacun est potentiellement armé, cela fait peur. C’est une réaction classique que j’ai partagée durant la plus grande partie de ma vie. Mais il en va du port d’arme comme du reste : cette crainte émotive ne résiste pas à l’analyse rationnelle et factuelle. Nous avons une image caricaturale des armes à cause des États-Unis. Il est vrai que le continent connaît régulièrement des accès de violence auxquelles on associe les armes en vente libre. Mais en réalité, il n’y a pas de corrélation évidente entre port d’arme et meurtre par arme. D’autres pays, comme la Suisse, sont fortement armés sans connaître ces tueries et ces massacres. D’autres pays, comme la Norvège, la France ou la Belgique, ont connu ces attaques, et les connaîtrons encore, alors que les armes sont fortement prohibées.

Si l’on considère le fondamentalisme islamique comme une nouvelle forme de fascisme, il ne pourra pas être combattu avec un autre fascisme dont Mussolini avait donné la plus belle définition (« Tout par l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État ! »). Le risque au tournant, c’est l’État policier.

Les deux facettes classiques du libéralisme nous aideront au quotidien contre le terrorisme, même si d’autres actions sont à entreprendre à d’autres niveaux : la responsabilité et son corollaire, la liberté. La responsabilité des citoyens, leur conscientisation à la défense et au danger sont une première étape. Soyez responsables de vous-mêmes, n’attendez pas systématiquement de l’État qu’il vous vienne en aide. Il sera là trop tard et en s’attaquant à vos libertés fondamentales, celles de circuler librement et de vivre sans être sur écoute. La responsabilité de sa défense suppose donc la liberté de pouvoir le faire. Et inévitablement, laisser le citoyen, libre et responsable, s’armer contre les dangers qui le menacent, ainsi que Charb l’avait compris.


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