Comment l’État américain a inventé la surveillance

L’État de surveillance n’est pas une nouveauté.

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Vidéosurveillance (Crédits Paweł Zdziarski, licence CC-BY 2.5)

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Comment l’État américain a inventé la surveillance

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 20 août 2015
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Par Julien Josset.

Vidéosurveillance (Crédits Paweł Zdziarski, licence CC-BY 2.5)
Vidéosurveillance (Crédits Paweł Zdziarski, licence CC-BY 2.5)

Le 9 juin 1903, l’USS Neckar jetait l’ancre dans le port de Baltimore, après un long périple transatlantique depuis Brême. La plupart des passagers posaient le pied pour la première fois sur le sol américain. À leur arrivée, chacun devait remplir un formulaire composé des 20 questions suivantes :

  • Prénom / Nom
  • Âge
  • Sexe
  • Situation matrimoniale
  • Profession
  • Niveau d’instruction
  • Nationalité
  • Dernier lieu de résidence
  • Destination finale (disposez-vous du billet pour cette destination ?)
  • Nom de la personne qui a payé le voyage
  • Possédez-vous plus ou moins de 30 dollars ?
  • Est-ce votre premier séjour aux États-Unis ?
  • Devez-vous rejoindre une connaissance ou un membre de votre famille (si c’est le cas, le nom et l’adresse de cette personne) ?
  • Avez-vous déjà effectué des peines de prison ou bénéficié de l’aide d’organismes de bienfaisance ?
  • Êtes-vous polygame ?
  • Avez-vous un contrat de travail aux États-Unis
  • Êtes-vous en bonne condition physique (sinon, quel est votre handicap ?)

Josset

108 ans plus tard, le 6 juin 2013, le Washington Post publiait des documents révélant l’existence du programme PRISM, destiné à collecter les données des citoyens américains. Parmi les principales informations recueillies : adresse mail, discussions écrites ou orales via internet, vidéos, photos, données stockées, transferts de fichiers…

Ces deux exemples constituent des collectes de données pour le compte de l’État. Chacune illustre les moyens techniques mis en place par l’administration pour recueillir ces informations avec un maximum d’efficacité – qu’il s’agisse d’un simple questionnaire rempli par un employé de bureau ou à l’aide des moyens proposés par l’informatique moderne. Ces deux méthodes montrent également que l’État est tout à fait capable de conserver ces données, que ce soit par le biais d’archives papier ou d’une simple connexion internet. Cependant, durant ces 108 années, des progrès notables furent réalisés dans ce processus de collecte de données par l’État, sur la quantité comme sur la qualité.

De Baltimore à PRISM : un saut technologique

En ce qui concerne la quantité, les progrès sont évidents : en 1903, un immigré débarquant aux États-Unis ne fournissait qu’une simple ligne d’informations, répartie en 20 colonnes.

En 2013, le nombre d’informations disponibles sur un individu est immensément plus important. Dans le même temps, le progrès technique permet désormais de stocker cette quantité massive de données, bien plus que ce que le pauvre employé de bureau coincé sur le port de Baltimore n’aurait pu imaginer. En 1903, les données collectées visaient essentiellement les relations entre les migrants et l’administration, dans des moments définis à l’avance (demande de visa).

Aujourd’hui, non seulement les données sont collectées à l’insu de l’ensemble des citoyens, mais surtout elles peuvent être convoquées à n’importe quel moment. Enfin, la nature des informations sont passées de binaires (colonnes de réponses se résumant à oui/non) à hautement complexes.

Mais les avancées technologiques ne suffisent pas à expliquer pourquoi le processus de collecte de données a pris cette ampleur : il faut également y voir un choix de la part des gouvernements et disons-le clairement, le développement d’une certaine idéologie.

Le spectre du totalitarisme ?

En réaction à ces récentes révélations, les médias et intellectuels brandissent 1984, l’ouvrage d’Orwell, dénonçant le totalitarisme. Or, ils redécouvrent la lune puisque cette logique de surveillance accrue de la population a des origines bien plus lointaines.

Dès 2001, le Patriot Act, voté en hâte suite aux attentats du 11 septembre, a achevé la constitution d’une base de données des citoyens. Mais on oublie souvent de mentionner que cette base avait été entamée après la Guerre de Sécession, afin de maintenir l’équilibre démographique entre États, comme le voulait la Constitution.

Autre moment-clé : après la Grande Dépression, l’administration Roosevelt a développé des outils de mesures sociaux-économiques très précis sur les conditions de vie des chômeurs, en vue de mesurer l’efficacité de son programme phare, le New Deal.

Ainsi, initialement les programmes de surveillance sont indissociables des logiques d’assistance, voire de protection, du corps citoyen, loin de la vision paranoïaque souvent véhiculée. En route, la technologie semble avoir pervertie cette idée.

Internet, de l’utopie démocratique à la désillusion

Conçu pour donner un nouvel élan démocratique dans nos sociétés de plus en plus contrôlées, la propagation de l’informatique et d’Internet en particulier a été largement perçue comme synonyme d’un nouveau forum pour les idées politiques, un nouveau lieu de débat affranchi des règles de la société de consommation, voire même comme une plateforme de contre-pouvoir (en témoigne l’initiative WethePeople).

Cette utopie originale a fait long feu : Internet est non seulement perçu comme générateur d’un nivellement vers le bas de la population, étant de plus en plus considéré comme le lieu de dépendances multiples – achats en ligne, réseaux a-sociaux, jeux (de Candy Crush aux paris sportifs), pornographie – rétablissant la souveraineté de la société de consommation au sein du paysage numérique.

Ainsi, si la surveillance de l’État a changé de nature grâce à la technologie, elle n’est pas vraiment une nouveauté. Et s’il faut s’inquiéter de cette dérive, il reste qu’une dénonciation pure et simple, voire une désertion des espaces numériques, jugés corrompus, est improductive. Ne doit-on pas, au contraire, militer pour plus de transparence sur la collecte et l’usage de nos données ?

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  • « Militer pour plus de transparence sur la collecte et l’usage de nos données » est insuffisant. Il convient également de militer pour instaurer le principe du plus sévère châtiment, jusqu’à la déchéance civile, à l’encontre des politiciens et fonctionnaires qui utiliseraient les informations collectées en dehors du cadre extrêmement étroit réservé à la justice. Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’ils utilisent ces informations dans le cadre de leurs fonctions publiques puisqu’aucune fonction étatique non régalienne ne le justifie, ces dernières étant par elles-mêmes injustifiables. Par exemple, la SS ne devrait pas pouvoir recueillir des informations sur les cotisants et les malades sans leur libre consentement individuel explicite puisque l’existence de ce monopole est en soi injustifiable.

  • abavala c’est la faute d’internet ! Vite une loi…

    La dépendance aux achats en ligne : MDR… Internet à au moins servi aux acheteurs compulsifs à réduire leur impact carbone.

  • Et dire que chez nous Manuel Valls est le chef controleur. Manuel Valls à l’égo surdimentionné au service d’ une ambition maladive. Le mythe Valls c’ est le fils d’ un humble peintre républicain catalan ayant fuit le franquisme………Faux, la famille Valls est richissime, catholique et ultra conservatrice, le grand père est un grand banquier qui oeuvre dans la haute finance espagnole. Pire, le père de Manuel Valls, Xavier Valls vit en France depuis 1949, il n’ a pas fuit le franquisme mais a obtenu une bourse d’ étude à Paris pour y devenir peintre, mais Xavier Valls le soit disant anti franquiste tient à ce que son fils ( notre Manuel Valls ) naisse en Espagne en 1962, période de très forte répréssion franquiste. Bizarre, comment un soit disant résistant anti franquiste est il le bienvenu dans l’ Espagne de Franco pour y faire accoucher sa femme????????

  • Si on retourne encore plus en arrière dans le temps on pouvait traverser les frontières sans aucun documents, sans aucun papiers, sans aucune question.
    Ca me fait donc marrer quand j’entends des gus qui ose parler de la liberté de circuler comme dans l’espace de schengen, quel foutu progrès (d’ailleurs en pratique il vaut mieux avoir des papiers « visa schengen »)
    Mais ce qui s’en vient fera mieux, dans les futurs projets de lois il y en a un qui va nous interdire de circuler dans les zones que le gouvernement aura jugé comme terroristes puis dans la phase suivante dans ceux qui sont jugė inamicales.

  • L’achat en Ligne, détruit les commerces…Puis ré-augmente ses prix, on peut le voir sur un panier de fournitures scolaires quand on ajoute le transport, c’est même pas la peine d’y penser où être un super bobo.
    On peut retourner au supermarché et se battre avec les enfants sur les produits de marques. La vie quoi !

    @ Bernard : le quartier de pauvre et cette masure où est né ce traumatisé à Barcelona, a toujours été une des rues les plus chères de Barcelona, actuellement en pleine baisse,
    On en pleure : car les maisons à HORTA (ce quartier dans cette rue) s’y négocient entre 4 500 000 et 1 500 000Euros. Devant tant de pauvreté à Barcelona, on est saisi.

    Abandonnant à sa plus grande misère, sa soeur addicte : « Il ne m’a pas aidé ! Et il ne m’a jamais aidé », « Il fallait préserver sa carrière » !! Son regard évite celui du journaliste (sic ?? Beurcq ! zut mes pompes !) -ça c’est un vrai socialiste !-

    « Cuando se le pregunta cómo la ayudó Manuel, busca excusas antes de admitir que no hizo nada. «Mi hermano no podía ayudarme y nunca lo hizo», dice desviando la mirada. «Él tenía que protegerse».

    http://www.elmundo.es/cronica/2014/04/06/533fc593268e3e93218b456b.html

    La presse Espagnole n’est pas aux bottes et libre, pas du tout comme nos media serviles ! Si vous en voulez d’autre, je vous les envoie–

    En France on a Bouvard qui n’a pas sa langue de bois , quand celui-ci se plaint aux Grosses têtes d’avoir écrit de nombreux documents pendant une semaine pour avoir sa Nationalité, Bouvard cet irrespectueux, lui rappela que 20 ans plus tard il était député, puis 30 ans plus tard Ministre de l’intérieur de ce vilain pays…..Il y eut un froid sur le plateau…

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