La Politique en 5 leçons

Little Red Riding Hood & The Wolf, credits Helena perez garcia via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0))

Un tutoriel rapide pour comprendre le théâtre politique !

Par Jeffrey Tucker, depuis les États-Unis.

Vote for me
Little Red Riding Hood & The Wolf, credits Helena perez garcia via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0))

À chaque période électorale, une nouvelle génération atteint l’âge légal nécessaire pour découvrir le théâtre politique. L’expérience est très instructive. Elle pousse à formuler sa propre opinion sur ce qu’il se passe dans le monde. Quel candidat représente le mieux vos valeurs et partage votre vision des choses ? Plus fondamentalement, que devrait-il se passer en politique ?

Avec le temps qui passe, et l’expérience des élections successives, les illusions commencent à s’évanouir. Vous finissez par voir la chose politique pour ce qu’elle est.

Cet article est donc destiné à ceux qui ne la voient pas encore. C’est un tutoriel rapide sur la réalité politique, et une façon d’éviter l’inconfort de découvrir peu à peu la réalité par soi-même.

Leçon n° 1 : Votre bulletin de vote ne peut changer le cours d’une élection

Ce n’est pas que votre vote ne compte pas du tout. Il peut avoir un impact, mais les chances sont extrêmement faibles. Si vous vivez dans un État clé pour l’élection, vous avez au mieux une chance sur 10 millions de faire basculer l’élection. Mais en moyenne, « un électeur a une chance sur 60 millions d’influencer de façon décisive l’élection présidentielle aux États-Unis », selon une analyse statistique du Economic Enquiry. Comme le souligne l’auteur, vous avez davantage de chance de mourir dans un accident de voiture en route vers l’isoloir.

Pourquoi autant de personnes votent-elles alors ? Ont-elles toutes tort ? Peut-être, mais beaucoup considèrent le vote comme un bien de consommation, dans le sens où elles y prennent du plaisir. Cela leur donne un sentiment patriotique. Il n’y a rien de mal à cela, mais si vous votez toujours dans le but de changer le résultat, et êtes toujours terrifié à l’idée que vous abstenir pourrait ruiner l’élection, voici une solution : trouvez quelqu’un qui votera différemment, et allez tous les deux boire un verre.

Leçon n° 2 : Vous votez pour des personnes, pas pour des réformes

Il y a des élections dans ce pays où des sujets réels et précis sont discutés. Lors des élections locales, il y a des référendums sur les questions budgétaires, les impôts, la décriminalisation du cannabis, etc. Des choses excitantes ! Mais au niveau fédéral, ce n’est pas le cas. Vous ne votez que pour le personnel. Oui, les candidats peuvent promettre X ou Y, mais la manière dont ils se comporteront après l’élection est totalement hors de votre contrôle, et il n’y a pas de réclamation possible si quoi que ce soit se déroule mal.

Ne serait-ce pas mieux s’il existait de réelles élections nationales sur les différentes questions ? Imaginons que chaque bulletin contienne une liste de postes de dépenses, de propositions et de méthodes de gestion. Combien d’électeurs voteraient pour que leur smartphone soit sous surveillance ? Pour de moins en moins de choix dans la santé ? Pour une plus forte taxe sur les carburants ? Je ne connais pas la réponse, mais il serait intéressant de poser ces questions. La démocratie directe sur des questions précises est aujourd’hui réalisable technologiquement. Il est même possible de fournir aux citoyens le gouvernement qu’ils veulent sous forme d’abonnements. Mais on ne le fera pas car la classe politique aime le système tel qu’il est.

Leçon n° 3 : Ces personnes ne représentent pas l’État en réalité

L’année dernière, j’ai calculé le nombre de fonctionnaires qui font tourner l’État, et je l’ai comparé au nombre de personnes que l’on élit. En fonction de la façon de faire le calcul, nous avons le droit de n’élire qu’entre 0,0004% et 0,02% de ceux qui gouvernent nos vies. Les non-élus représentent la partie immergée de l’État que personne ne souhaite évoquer. Vous pourriez envoyer toute la clique des élus au Zimbabwe pour quatre ans, il n’y aurait aucune différence.

Mais n’est-ce pas le rôle des élus de gérer tout ce monde ? Pas vraiment. La plupart des bureaucrates permanents ne peuvent être licenciés, quoi qu’il arrive. Dans tous les cas, déléguer à des professionnels est ce en quoi les élus sont spécialisés. La première action du Président est de pourvoir 3000 postes avec du personnel politique. Les bureaux du congrès sont gérés depuis Washington par des amateurs. Les politiciens sont spécialisés dans ce qu’ils font aujourd’hui : essayer de se faire élire. Le début de leur mandat est le premier jour de leur campagne électorale suivante.

Leçon n° 4 : Ces personnes ne représentent pas toutes les options possibles

Le début de la sagesse politique commence avec la prise de conscience que les candidats traditionnels ne représentent pas l’éventail des options idéologiques. Le candidat A préconise que la politique de santé doit aller dans une direction, et le candidat B estime qu’elle devrait aller dans une autre direction. Ce qu’aucun des candidats ne vous dira est que le domaine de la santé ne devrait peut-être pas relever de la responsabilité de l’État. Et cette règle est applicable à toute autre question nationale : communication, travail, énergie, environnement, politique étrangère…

L’intégralité du débat politique conventionnel est basée sur l’idée que l’État devrait tout faire fonctionner. Ce qui est ignoré est la plus grande idée jamais découverte dans l’histoire des sciences sociales : la société s’ordonne elle-même mieux qu’aucune autorité ne le pourrait.

C’est vrai pour l’économie, mais aussi pour la culture, les services de sécurité, la religion, et la vie de famille. La liberté fonctionne mieux. Cette découverte est à l’origine de la civilisation. Mais cette idée est absente des options qui nous sont proposées. Peu importe : vous pouvez la découvrir par vous-même si vous êtes assez courageux pour vous aventurer hors du paradigme partisan.

Leçon n° 5 : Les changements de société se produisent indépendamment de l’État

Chaque candidat aborde sa propre vision des États-Unis. Il s’exprime comme s’il voulait, pouvait, ou était en charge de faire avancer l’Histoire. Mais regardez autour de vous : les progrès dont vous profitez quotidiennement ne doivent rien à la classe politique. Pensez aux applications que vous utilisez pour rester en contact avec votre famille, pour trouver votre chemin dans une ville inconnue, surveiller votre santé, vous forger un réseau. Ces services n’ont jamais été accordés par la classe politique. Ils nous ont été fournis par des entrepreneurs et des entreprises, œuvrant eux-mêmes dans le processus d’évolution sociale.

Dans La politique est-elle obsolète ?, Max Borders et moi-même avons exploré tous les changements que le monde a vu se produire durant les quatre dernières années. C’est révolutionnaire. Rien de tout cela n’a été anticipé au cours de la dernière élection. Et rien de tout cela n’a été inspiré par un quelconque politique. Le changement est au cœur de la fabrique de l’ordre social. Et ce changement se poursuit chaque jour. Si vous voulez en faire partie, aider à changer le monde, alors l’univers de l’entreprise et de l’action individuelle est fait pour vous. À bien des égards, le théâtre de la politique est une distraction, une opportunité d’apprendre, certes, mais ce n’est finalement pas décisif pour le mode de vie que nous voulons bâtir.

La tendance à traiter les élections comme des moments importants dans nos propres vies pourrait bien être le produit de la démocratie. Nous sommes poussés à croire que nous sommes aux manettes du système. Aussi, nous nous flattons avec cette idée que nos opinions comptent. Après tout, nous les électeurs sommes en charge d’ériger le régime sous lequel nous vivons. Mais si vous y regardez de plus près vous découvrirez une vérité qui est à la fois terrifiante et magnifique : l’élaboration d’une grande société ne peut être sous-traitée. C’est à vous et moi-même de nous en charger.


Article original titré « Politics in One Page » publié par The Freeman le 11 août 2015. Traduction : Emmanuel Bourgerie.