Crise Grecque : heureusement qu’Angela Merkel existe !

Angela Merkel à Davos (crédits : World Economic Forum, licence Creative Commons)

Merci à Angela Merkel pour son analyse lucide de la situation !

Par Le Parisien Libéral.

Angela Merkel à Davos (crédits : World Economic Forum, licence Creative Commons)
Angela Merkel à Davos (crédits : World Economic Forum, licence Creative Commons)

Des jobs à fort défi, il en existe beaucoup. Cela va de gestionnaire des 10 milliards d’euros de déficit de la Sécurité Sociale a chargé de communication à la SNCF, un jour de départ en vacances.

Mais celui qui présente le challenge le plus fort du moment, c’est probablement publicitaire en charge du dossier allemand.

Quelque soit la justesse de l’analyse d’Angela Merkel dans le dossier grec, force est de constater que, comme le pense Jurgen Habermas, le gouvernement Merkel a peut-être anéanti un demi-siècle d’efforts de reconstruction de la réputation allemande, en tout cas chez un grand nombre d’observateurs français ou au sein de la gauche européenne.

On voit refleurir, en effet, des propos anti-allemands, voire complètement germanophobes, des plus posés et argumentés, chez Coralie Delaume notamment, aux plus outranciers (Merkel traitée de nazie). Et tout ça pour quoi ? Parce que l’Allemagne (mais pas uniquement elle) a demandé que les traités, signés par les États membres de la zone euro, soient respectés.

Le point de départ de la crise de la zone euro réside dans l’impressionnante liste des travers qui caractérisent la construction Européenne. Tout est sujet à questionnement :

  • pourquoi a-t-on laissé se créer l’euro alors qu’il n’existe aucun mécanisme de sanction crédible en cas de non-respect des traités ?
  • pourquoi, par romantisme, accepter l’entrée d’un pays dans la zone euro, alors que son économie n’est pas adaptée ?
  • pourquoi accepter que l’intergouvernemental (les États, au sein du conseil européen) aient plus de poids dans les affaires européennes que les quelques instances à caractère un tant soit peu fédéral ?

La question que se posent tous les souverainistes, c’est pourquoi la Grèce (ou la France) ne seraient pas libres, si leurs peuples en ont décidé ainsi, de ne pas suivre les règles européennes en matière d’équilibre budgétaires et ne pourraient pas plutôt, souverainement, décider de leur politique budgétaire, seuls.

Ces questions sont légitimes, mais l’adhésion à l’euro (un régime de change totalement fixe entre les membres de la zone euro) suppose le respect du traité de Maastricht, Pourquoi ?

Le triangle d’incompatibilité ou triangle de Mundell, démontre que l’on peut atteindre deux mais pas trois des points suivants en même temps :

  • Fixité des taux de change entre les monnaies de la zone
  • Mobilité des capitaux entre les pays de la zone
  • Autonomie des politiques monétaires des pays de la zone

Milton Friedman avait prévenu que l’intégration monétaire à marche forcée provoquerait la désunion politique et serait un désastre économique, et c’est pourquoi le Royaume Uni, le Danemark ou la Suède ont choisi de conserver leur monnaie, afin de pouvoir conserver une autonomie nationale en matière de choix économiques (au niveau monétaire et budgétaire).

Pourquoi n’y a-t-il pas eu la convergence économique souhaitée ? Tout simplement parce que les peuples n’ont pas suivi les plans des architectes de l’euro, tout autant que les gouvernements n’ont pas respecté leur parole. L’euro aurait dû accélérer non seulement la réparation du toit par beau temps (les efforts d’équilibres budgétaires en période de croissance, entre 2002 et 2007) mais aussi la mobilité accrue des européens, notamment les chômeurs, d’un pays à l’autre.

Au contraire, on a vu des déficits et des dettes s’accumuler, et aujourd’hui, il faut bien que quelqu’un paye.

En l’absence d’euro, les Grecs se seraient moins endettés. Ils n’auraient pas emprunté des milliards pour acheter de l’armement, bâtir des autoroutes, embaucher des fonctionnaires ou organiser les Jeux Olympiques de 2004. Leurs taux d’intérêts seraient restés au niveau de ceux du début des années 1990, ce qui les aurait dissuadés.

Autrement dit, les Grecs (et d’autres) ont eu les bénéfices de l’euro, sans les contraintes, du moins pendant quelques années.

La position qu’Angela Merkel a développé le mois dernier lors des sommets de l’UE consacrés à la Grèce a fait consensus en Europe : une majorité d’États, et peut être de contribuables citoyens européens sont là pour dire qu’il est normal que la Grèce rembourse ses dettes et qu’il serait anormal qu’elle bénéficie d’une remise de celle-ci.

Il n’est pas certain que le sujet Grec soit réglé. Il reviendra même très certainement assez vite sur le devant de la scène, quand on prendra conscience du fait que, décidément, une faillite partielle de la Grèce est nécessaire.

Mais en attendant, comme Guy Sorman, on peut dire merci Madame Merkel ! Oui, merci à Madame Merkel de pousser à l’interrogation sur les origines de la crise financière de l’État grec et sur l’identité de ceux qui l’ont provoquée.

En France, ce qui nous interpelle particulièrement, est à la fois le constat que décidément, le socialisme, ça ne marche pas et la crainte d’avoir un jour à faire les efforts que les Grecs ont du faire, notamment en terme d’abandon « d’acquis » sociaux payés à crédit. Alors, oui,  cessons de faire de l’Allemagne la cause facile et universelle de tous nos maux et commençons à réfléchir aux moyens à mettre en œuvre pour éviter de se trouver dans la situation de la Grèce !

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