Un deuxième prêt relais pour la Grèce à l’horizon

Alexis Tsipras (Crédits : Die Linke via Flickr (CC BY-NC 2.0)

Les négociations entre la Grèce et ses créanciers rendent probable un second prêt relais.

Par Raoul Ruparel.
Un article d’Open Europe

Alexis Tsipras - Crédit : Die Linke via Flickr (CC BY-NC 2.0
Alexis Tsipras – Crédit : Die Linke via Flickr (CC BY-NC 2.0

Comme nous le notions dans le Open Europe Daily Shakeup du jour, Focus magazine rapporte ce weekend que le gouvernement allemand est de plus en plus pessimiste sur une conclusion rapide des négociations pour un troisième renflouement. Le magazine cite des sources anonymes proches du gouvernement qui suggèrent que pourrait être reportée la session spéciale du Bundestag prévue mi-août ayant pour objectif d’approuver le renflouement. Or, il s’agit seulement d’un cas parmi la longue liste grandissante de reports, ce qui laisse à penser que les négociations ne seraient pas finalisées dans le temps imparti.

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Pour rappel, et comme montré sur le graphique ci-dessus, la Grèce doit rembourser 3,2 Md€ à la Banque Centrale Européenne le 20 août prochain. Afin que cette somme soit payée dans les temps, le processus d’approbation dans un certain nombre de parlements nationaux devra démarrer aux alentours des 12 ou 13 août selon certains rapports. Cela signifie que les négociations doivent être terminées pour le 10/11 août, l’approbation des ministères des Finances de la zone Euro arrivant rapidement après cette date. Bien sûr, dans le passé, nous avons déjà vu de telles dates être trafiquées (le temps nécessaire pour la validation nationale semble toujours surestimé pour laisser des marges de manœuvre). [MAJ : il est à noter que le parlement hollandais aura vraisemblablement besoin d’au moins une semaine pour approuver un accord puisque les députés disposent d’un préavis d’une semaine pour revenir de congés. À l’inverse du parlement allemand, une session spéciale n’a pas encore été planifiée.]

Dans tous les cas, entre une et deux semaines passeront vraisemblablement avant que le troisième renflouement soit conclu. Cela semble incroyablement optimiste ; en effet, cela implique de traiter de nombreux sujets épineux, dont les trois suivants :

  • obtenir un accord sur un programme de réformes à 3 ans,
  • définir combien et quand les fonds seront versés,
  • définir à quelle échéance une annulation (d’une partie) de la dette sera discutée ou même si ce sujet sera seulement évoqué, mais également de savoir le FMI sera impliqué.

Un deuxième prêt relais, à quel montant et d’où viendra-t-il ?

L’accord entre la Grèce et ses créanciers stipulait qu’il faudrait probablement environ 5 Md€ en août en plus des 7,16 Md€ reçus en juillet. Étant donné les problèmes rencontrés lors du précédent prêt, il est probable qu’il vienne une fois de plus du Fonds Européen de Stabilité Financière (bien que je maintienne que d’autres options soient possibles).

Il reste juste assez dans le FESF pour fournir un deuxième prêt relais à la Grèce. En effet, puisque la tranche finale du renflouement portugais n’a pas été payée, il restait 13.2Md€ avant le déboursement des 7,16 Md€ du premier prêt relais. Cela signifie qu’il reste, comme par hasard, exactement le montant nécessaire.

La réglementation du FESF a aussi été mise à jour afin que tout futur prêt à un pays de la zone Euro nécessite désormais que les pays extérieurs à la zone Euro soient protégés de toute perte financière. Il n’est pas entièrement clair d’où cette garantie pourrait venir cette fois-ci. Cela pourrait simplement être une garantie des pays de la zone Euro qui pourrait gager leurs emprunts d’État ou toute autre source de revenus pour couvrir ce risque.

Pourquoi il se pourrait que la zone Euro favorise un second prêt relais ?

Le premier prêt relais a été quelque peu un désastre, a minima politiquement. Il a réussi à énerver un certain nombre de pays non européens et à faire revenir sur une précédente décision du Conseil Européen. Il était aussi incroyablement circulaire – l’UE a prêté à la Grèce qui a repayé la BCE, les États de la zone Euro garantissant ensuite les parts de ce prêt apportés par des États hors zone Euro avec des revenus de la BCE provenant d’emprunts d’État grecs.

Ainsi, pourquoi  la zone Euro voudrait-elle faire encore une fois cette manœuvre ? Comme expliqué ci-dessus, elle a peu de choix si elle ne veut pas d’un défaut de la Grèce envers la BCE. Cependant, cela règle un problème compliqué pour la zone Euro – si la Grèce devra faire de nouvelles réformes avant de se voir délivrer le prêt ; parce qu’elle va devoir rédiger une nouvelle demande de prêt du FESF avec l’implication de pays hors zone Euro, la Grèce devra proposer à court terme un nouveau programme de réformes lié à ce prêt. Cela réduira aussi la taille de la première tranche du prêt  et le montant total qu’il sera nécessaire pour l’Eurozone de prêter via le FESF (bien, qu’au global, cela fasse peu de différence étant donné l’indemnité pour les états non membres de la zone Euro). Ce ne sont pas de gros problèmes mais ils pourraient être utiles à la marge.

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