États-Unis : un gauchiste finalement très à droite

Bernie Sanders (Crédits : Donkey Hotey via Flickr ( (CC BY 2.0)

Bernie Sanders, c’était le nouveau Michael Moore. Jusqu’à ce qu’il parle d’immigration…

Par Daniel Bier.

Bernie Sanders credits Donkey Hotey  via Flickr ( (CC BY 2.0)
Bernie Sanders credits Donkey Hotey
via Flickr ( (CC BY 2.0)

Ezra Klein a réalisé une interview très révélatrice du sénateur Bernie Sanders dans Vox. Les positions de Sanders sur l’immigration m’ont frappé par des propos transpirant l’illettrisme économique, le tribalisme politique, le nationalisme xénophobe, voire tout bonnement l’absurde :

Ezra Klein
Vous aviez dit qu’être social démocrate signifie une vision plus internationale. Je pense que si vous regardez la pauvreté de façon globale et sérieuse, la conclusion est que les États-Unis ne se donnent pas les moyens nécessaires. Des réformes comme relever fortement les limites à l’immigration légale, voire même ouvrir les frontières. À propos de relever fortement…

Bernie Sanders
Frontières ouvertes ? Non, c’est une idée des frères Koch.

Ezra Klein
Pardon ?

Bernie Sanders
Bien sûr. C’est une idée de droite, qui dit en essence qu’il n’y a pas d’États-Unis.

Ezra Klein
Mais cela permettrait globalement à de nombreux pauvres de s’enrichir, n’est-ce pas ?

Bernie Sanders
Cela rendrait tout le monde plus pauvre en Amérique ; vous abandonnez le concept d’État-Nation…

Ce que la droite voudrait dans ce pays est une politique de frontières ouvertes. Laisser entrer n’importe qui pour travailler à 2$ ou 3$ de l’heure, ce serait génial pour eux. Ce n’est pas ce en quoi je crois. Je pense que nous devons augmenter les salaires dans ce pays, je pense que l’on doit faire tout ce que l’on peut pour créer des millions d’emplois.

Vous connaissez le niveau de chômage des jeunes aux États-Unis aujourd’hui ? Si vous n’avez qu’un diplôme du secondaire [NdT : équivalent au bac), c’est 33%, 36% pour les hispaniques, 51% pour les afro-américains. Vous pensez que l’on devrait ouvrir les frontières et laisser entrer plein de travailleurs à bas salaires, ou pensez-vous que peut-être devrions-nous essayer de donner ces emplois à ces gosses ?

Chaque mot de ces inepties montre à quel point Sanders n’est ni un intellectuel sérieux ni un candidat crédible.

« C’est une idée des frères Koch. »

Oh, et bien si les Koch veulent quelque chose, il faut ipso facto être contre. J’imagine que Sanders veut aussi s’opposer au mariage gay, à la décriminalisation des drogues, à l’arrêt des conflits étrangers, aux réformes de la NSA, aux réformes de la justice criminelle, et autres plans diaboliques concoctés par les frères Koch.

« C’est une idée de droite. »

Je suis surpris qu’il puisse sortir une telle phrase en restant sérieux, mais il met le doigt sur un fait dérangeant pour les liberals [NdT : au sens américain du terme] modérés comme Klein : l’extrême-gauche est en parfait accord avec l’extrême-droite sur l’idée de tenir les étrangers à distance.

La droite a traditionnellement peur des immigrés qui viennent profiter de l’État-providence, et la gauche a peur de la même chose ; les conservateurs parce qu’ils voudraient voir moins d’État-providence, et les socialistes parce qu’ils en voudraient plus. La droite pense que les immigrants vont voler l’argent de vos impôts, et la gauche qu’ils vont voler votre Sécurité sociale (ils ont tous les deux tort pour ce que cela vaut, mais cela guide toujours leur idéologie.)

« Cela rendrait tout le monde plus pauvre en Amérique »

C’est tout bonnement faux mais c’est ignorer aussi la question de Klein : « Mais cela permettrait globalement à de nombreux pauvres de s’enrichir, n’est-ce pas ? »

La réponse à cette question est oui, absolument. Parce que les États-Unis ont plus de capital, de meilleures infrastructures et institutions que la plupart des autres pays, les travailleurs sont bien plus productifs ici. Au final, les mêmes travailleurs peuvent gagner 280% de plus ici qu’à Mexico, 1300% de plus que les travailleurs du Yemen ou du Nigeria, et par rapport aux Haïtiens 2200% plus.

Si Sanders était réellement préoccupé par la pauvreté globale et voulait avoir une « vision plus internationale », il devrait défendre l’idée de laisser un plus grand nombre de pauvres améliorer leurs conditions de vie en se déplaçant là où ils ont les meilleures opportunités.

« Vous abandonnez le concept d’État-Nation. »

J’imagine alors qu’il pense que les États-Unis n’existaient pas vraiment avant que la loi d’exclusion des Chinois de 1882 ne commence à interdire l’entrée à des catégories entières de populations de façon totalement arbitraire.

« Ce que la droite voudrait dans ce pays est une politique de frontières ouvertes. Laisser entrer n’importe qui pour travailler à 2$ ou 3$ de l’heure, ce serait génial pour eux. Ce n’est pas ce en quoi je crois. »

C’est dommage, Bernie, car si ces travailleurs gagnent 2$ ou 3$ par jour dans leur pays natal, ce serait génial pour eux, et génial pour nous.

Bien sûr, le salaire minimum interdit quiconque de travailler pour moins de 7,25$ de l’heure, même s’il le désire. En parlant de ça…

« Je pense que nous devons augmenter les salaires dans ce pays, je pense que l’on doit faire tout ce que l’on peut pour créer des millions d’emplois. »

Que le sénateur ne reconnaisse pas que ces buts sont en conflit en dit long sur sa compréhension économique : le gouvernement devrait rendre les emplois plus chers (mais aussi en créer des millions) ; nous devons faire tout ce qui est possible pour créer plus d’emplois (excepté permettre aux gens de négocier leur salaire, ou d’embaucher des étrangers).

« Vous connaissez le niveau de chômage des jeunes aux États-Unis aujourd’hui ? Si vous n’avez qu’un diplôme du secondaire, c’est 33%, 36% pour les hispaniques, 51% pour les afro-américains. »

Premièrement, c’est factuellement faux. Le taux de chômage pour les moins de 20 ans est de 16% pour les blancs, 21% pour les hispaniques et 32% pour les afro-américains. Pour les 16-24 ans, il est de 12% pour les blancs, 15% pour les hispaniques et 23% pour les afro-américains.

Mais comme ces chiffres restent élevés, ignorons le fait qu’il invente les siens et regardons son argument en tant que tel. Vous savez ce qui ferait baisser le taux de chômage des jeunes ? Abolir le salaire minimum qui garantit aux jeunes de rester hors du marché de l’emploi avec un prix inatteignable. Ou réformer une Éducation nationale corrompue et en faillite qui enferme les jeunes désavantagés dans des usines à échec : éloignés de l’école, du travail et de toute opportunité.

Mais non, Bernie Sanders veut accuser les immigrés d’être la cause du chômage des jeunes, chômage causé par les politiques qu’il défend.

« Vous pensez que l’on devrait ouvrir les frontières et laisser entrer plein de travailleurs à bas salaires, ou pensez-vous que peut-être devrions-nous essayer de donner ces emplois à ces gosses ? »

Le sénateur finit par tomber dans le sophisme du jeu à somme nulle. Il n’existe pas un nombre défini d’emplois. L’économie est un système dynamique et vivant qui crée des emplois en fonction de l’offre et de la demande.

L’augmentation brutale du taux de participation des femmes dans le marché du travail ces 60 dernières années n’a pas poussé les hommes au chômage ; l’économie s’est adaptée à l’augmentation de la demande en créant de nouveaux emplois. Les femmes n’ont pas volé les emplois des hommes, et les immigrés ne volent pas les emplois des Américains. L’immigration crée des emplois qui n’auraient pas existé autrement.

Sanders ne peut pas concevoir que les travailleurs n’aient pas besoin de lui pour « leur donner un emploi ». Ils ont besoin qu’il s’écarte, afin qu’ils puissent trouver un emploi par eux-mêmes.

Bernie veut faire des immigrés le bouc émissaire de la faillite du salaire minimum et de l’État-providence, pour que personne ne découvre la réalité de son agenda socialiste. Mais la capacité créatrice des personnes libres ne saurait être remplacée par du national-socialisme réchauffé.


Sur le web. Traduction pour Le French Libertarien de Bernie Sanders’ Anti-Immigration Crankery de Daniel Bier.

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