La droite devrait renoncer au socialisme en matière d’immigration

Nicolas Sarkozy à Davos (Crédits : World Economic Forum, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

La France devrait s’inspirer des États-Unis en matière d’immigration.

Par Erwan Le Noan.
Un article du site Trop Libre

Nicolas Sarkozy à Davos (Crédits : World Economic Forum, licence Creative Commons)
Nicolas Sarkozy à Davos (Crédits : World Economic Forum, licence Creative Commons)

 

En 1980, dans un débat qui les opposait pour l’investiture républicaine, George H. Bush et Ronald Reagan prirent, l’un et l’autre, position en faveur d’une politique migratoire généreuse : pour des raisons historiques et économiques, les États-Unis se devaient d’accueillir des migrants.

Aujourd’hui, 35 années plus tard, le Parti Républicain débat autour de la politique migratoire, mais du côté de la famille Bush, le fils Jeb, comme son frère George W. avant lui, expose dans un livre sa position à ce sujet  : il défend une immigration régulée mais large.

En France, la droite est très loin de cette approche.

Dans le débat en cours à l’Assemblée Nationale, elle a opté pour une position de fermeté absolue. Il y a, évidemment, de la posture politique : le Parti socialiste sait qu’avec ce sujet, il peut remobiliser un peu de son camp tout en profitant de l’image du Premier ministre pour ne pas paraître trop laxiste. Dans le même temps, il peut conduire l’opposition à tenir son rôle fermé, l’éloignant d’un centre mou, tout en la caricaturant pour une prétendue proximité avec le Front National. C’est d’autant plus habile de sa part qu’elle n’a pas fait grand-chose pour l’immigration depuis 2012, ni d’ailleurs pour l’intégration (la politique de la ville, par exemple, qui concerne au premier chef des populations immigrées ou d’origine immigrée, est au point mort).

La droite considère pour sa part que tout fléchissement serait une compromission impardonnable : il faut dire que dans l’opinion et sur le terrain, l’électorat semble bien plus proche de ses positions que de celles de la gauche, prétendument généreuses et rarement suivies d’effet. Elle peine toutefois à trouver le discours équilibré qu’elle avait pu avoir par le passé quand Emmanuelle Mignon tenait la plume du projet…

Pour s’opposer à une politique migratoire trop large, la droite s’appuie parfois sur un argument culturel : l’intégration pose problème (en clair : « il y a une inquiétude des Français vis-à-vis de l’islam »). La faiblesse de ce raisonnement est qu’environ la moitié des migrants qui arrivent en France viennent… d’Europe, et l’immigration européenne ne cesse de croître. En 2012, le premier pays d’origine des immigrants en France est le Portugal. Le Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) représente, pour sa part, 17% des migrants.

Un autre argument est d’ordre économique : il est avancé soit dans l’intérêt des migrants (« la France ne peut pas accueillir tout le monde dans de bonnes conditions »), soit dans celui de ceux qui sont déjà là (« il y a déjà tant de chômage ! », « la France ne peut plus se le permettre », etc.). C’est une erreur d’analyse.

La première faiblesse tient à ce que l’immigration accroît la croissance du pays d’accueil comme du pays d’origine. Sans revenir sur l’abondante littérature économique qui le démontre, il faut rappeler qu’elle augmente la force de travail en apportant une main d’œuvre motivée (pensez à la détermination qu’il faut pour s’embarquer dans un rafiot et traverser la Méditerranée !). Aux États-Unis, c’est même la seule solution pour atteindre 4% de croissance annuelle, qui est l’ambition portée par l’ancien président George W. Bush (qui avait œuvré en son temps pour des régularisations massives). L’immigration contribue également à stimuler l’innovation : ce n’était pas tout à fait par altruisme que tous les géants de la Silicon Valley s’étaient mobilisés pour que le Président Obama mette en œuvre une politique migratoire généreuse ! Sergey Brin, fondateur de Google, Jerry Yang, fondateur de Yahoo!, Elon Musk, fondateur de fondateur de SpaceX ou Tesla, Pierre Omydiar, fondateur de Paypal, ne sont pas nés américains !

La seconde erreur – et la plus grave de la droite –, est qu’en s’en tenant à des politiques migratoires restrictives, elle sombre… dans le socialisme le plus dépressif. En défendant l’idée que l’immigration bouleverse l’économie française et doit donc être limitée, elle s’inscrit dans le cadre de pensée de la gauche : celui de la redistribution, au lieu de celui de la création. Dans son discours, l’opposition fait le constat d’un système qui ne fonctionne plus et au sein duquel le rôle résigné du politique serait d’organiser la répartition pacifique des rares bénéfices. Cette logique est celle qui a conduit aux 35 heures, à la taxe à 75% et au chômage de masse. C’est du malthusianisme politique. La droite devrait au contraire défendre une vision positive, offensive et optimiste qui soutient la création et promeut la concurrence.

L’État-Providence ne pouvant plus assumer que davantage de monde s’invite au banquet déjà bien pauvre, il faudrait limiter le nombre de convives pour mieux répartir les miettes ? Il faut au contraire réformer les cuisines pour que croisse la production ! Le marché du travail ne produit pas assez d’emplois et il faudrait donc en limiter l’entrée pour mieux redistribuer les jobs qui existent ? Au contraire, il faut le réformer pour que toujours plus de monde puisse y progresser !

Si elle se préoccupait un peu plus de croissance, la droite ne devrait pas s’inquiéter des personnes qui veulent venir en France. Elle devrait paniquer devant tous ceux qui en partent ! La France a un solde migratoire quasiment équilibré (excédentaire de 40 000 personnes en 2013) : en clair, cela veut dire qu’il y a autant de gens qui entrent en France qu’il y en a qui la fuient (voir l’excellente note de Julien Gonzalez à la Fondapol) ! Ce sont des jeunes, des qualifiés, des familles qui décident que notre pays étant trop bloqué, il est temps d’aller tenter sa chance ailleurs. Mais à ce propos, l’opposition n’a visiblement rien à dire !

La gauche socialiste ne défend aucune vision économique de l’immigration : à quelques rares exceptions près, elle ne cherche pas des immigrés pour favoriser la croissance, mais pour paraître gentille et généreuse. Pour le reste, elle est enferrée dans une idéologie de la redistribution, malthusienne ; et la droite avec elle. Elle ne pourra réformer la France que si elle accepte, elle aussi, de révolutionner son cadre de pensée. Le débat sur l’immigration est en ce sens très révélateur et ce n’est pas une bonne nouvelle.


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