Europe : les balbutiements d’une politique migratoire

L’Europe est-elle en train de faire évoluer la France sur l’immigration ?

Le compromis européen concernant 60.000 migrants marque le début d’une évolution vers une rationalisation et une humanisation de l’immigration en Europe.

Par Anthony Végat.

Listening-to-the-experience-of-migrants-from-lybia-credits Department for International Development/Kate Joseph (CC BY 2.0)
Listening-to-the-experience-of-migrants-from-lybia-credits Department for International Development/Kate Joseph (CC BY 2.0)

 

Le Conseil Européen a récemment commencé à se saisir sérieusement de la question migratoire. Les solutions farfelues ou démagogiques telles que le bombardement des rafiots ou le contrôle intensif des 14.000 km de frontière de l’Europe sont heureusement derrière nous.

La mesure récemment adoptée consiste à répartir au sein des pays de l’Union, 40.000 demandeurs d’asile issus de Grèce et d’Italie et d’accueillir 20.000 réfugiés issus de pays extra-européens. Cette mesure permet de commencer à désengorger un système d’accueil saturé dans les pays du sud de l’Europe et de proposer un canal officiel d’accueil de réfugiés hors Union. Cette première décision a le mérite d’initier une démarche constructive à l’échelle européenne et de favoriser la normalisation du processus d’accueil.

Mais cette mesure représente à ce stade une goutte d’eau face à l’ampleur des décisions à prendre.

D’un point de vue numérique d’abord : en ne concernant que 60.000 personnes, cette mesure ne traite qu’une part marginale du phénomène. En particulier, elle ne concerne que les demandeurs d’asile et les réfugiés et oublie tous les individus qui traversent la Méditerranée pour raison économique. À titre de comparaison, Frontex s’attend à voir arriver entre 500.000 et 1 million de migrants en Europe en 2015.

Mais au-delà du nombre, ce sont les modalités d’accueil qui doivent évoluer. Aujourd’hui, les pays européens font le choix de considérer les demandeurs d’asile comme des assistés : ils sont logés, rémunérés et ont l’interdiction de travailler. Pourtant, ils n’ont pas attendu d’être en Europe pour s’assumer seuls. En arrivant sur le sol européen, ils doivent donc pouvoir subvenir par eux-mêmes à leurs besoins. Cela implique quelques adaptations réglementaires, comme la suppression du salaire minimum, pour permettre au plus grand nombre d’accéder au marché du travail. De même, il sera par exemple nécessaire d’assouplir le droit du logement afin qu’un maximum de ménages puisse se loger. En effet, pour qu’un bailleur prenne le risque de louer son bien à un candidat sans grandes garanties financières, le contrat de location doit être facilement résiliable en cas d’impayé.

L’immigration sera donc à cet égard un facteur déclencheur des réformes structurelles que des pays comme la France ont jusque-là tant repoussées.


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