Hollande milite pour un « gouvernement de la zone euro »

François Hollande - Crédits photo Philippe Grangeaud - Parti Socialiste via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

Le président français plaide pour une « Europe à deux vitesses ».

Par Vincenzo Scarpetta
Un article d’Open Europe

François Hollande - Crédits photo Philippe Grangeaud - Parti Socialiste via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0
François Hollande – Crédits photo Philippe Grangeaud – Parti Socialiste via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

 

La crise grecque a relancé le débat sur l’avenir de la zone euro. Le président français François Hollande appelle à un gouvernement de la zone euro, avec un budget dédié ainsi qu’un parlement spécifique. Dans le même temps, Magdalena Andersson, la ministre des Finances de Suède craint que son pays, en dehors de la zone euro, devienne un membre de seconde classe de l’UE. L’UE peut-elle relever le défi de concilier des intérêts contradictoires ?

Hollande plaide pour un gouvernement de la zone euro

Inévitablement, la crise grecque a relancé le débat sur l’avenir de l’intégration de la zone euro. Quoi qu’il advienne à la Grèce – une sortie de l’euro n’est pas totalement écartée – il est clair que nous allons certainement assister, au moins au niveau du discours et des intentions, à une nouvelle poussée de liens plus étroits entre les pays partageant la monnaie commune.

François Hollande a publié une tribune dans Le Journal du Dimanche, dans laquelle il rend hommage à l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors (qui a eu 90 ans aujourd’hui), et en a profité pour avancer les arguments suivants :

« L’Europe a laissé ses institutions s’affaiblir et les 28 gouvernements peinent à s’accorder pour aller de l’avant. Les Parlements restent trop loin des décisions. Et les peuples se détournent à force d’être contournés. (…) Ce qui nous menace, ce n’est pas l’excès d’Europe mais son insuffisance. »

Il poursuit :

« Avec Jacques Delors, l’Europe s’est élargie, mais il nous avait mis en garde en proposant un approfondissement avec des intégrations différenciées. Écoutons-le. Les circonstances nous conduisent à accélérer. La zone euro a su cette semaine réaffirmer sa cohésion avec la Grèce. (…) L’esprit européen a prévalu. Mais nous ne pouvons en rester là. J’ai proposé de reprendre l’idée de Jacques Delors du gouvernement de la zone euro et d’y ajouter un budget spécifique ainsi qu’un Parlement pour en assurer le contrôle démocratique. »

Hollande conclut :

« Partager une monnaie, c’est bien plus que vouloir une convergence. C’est un choix que 19 pays ont fait parce que c’était leur intérêt. Nul gouvernement d’ailleurs depuis quinze ans n’a pris la responsabilité d’en sortir. Ce choix appelle une organisation renforcée et avec les pays qui en décideront, une avant-garde. La France y est prête. »

François Hollande a tout simplement réitéré une conception française classique de l’intégration européenne : une « Europe à deux vitesses » avec le bloc de la monnaie unique au centre. Les idées lancées par le président français – un gouvernement de la zone euro avec un budget dédié, et même un parlement spécifique – nécessiteraient certainement une révision du traité de l’UE, quelque chose que la France s’est efforcée d’éviter au cours des dernières années.

Dans un entretien publié par Der Spiegel en fin de semaine, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a également ressassé l’idée d’un ministre des Finances unique pour la zone euro, en déclarant :

« Je suis également en faveur d’un ministre des Finances de la zone euro, mais pour en installer un, les traités européens doivent d’abord être modifiés. »

On ne sait pas combien de pays de la zone euro sont effectivement préparés pour un tel grand bond en avant – surtout compte tenu de la façon dont les récentes négociations grecques ont exacerbé la fracture Nord/Sud.

Mais le fait que le président français et le ministre allemand des Finances parlent ouvertement de leurs grands desseins pour la zone euro – juste une semaine après que la monnaie unique ait vécu son test le plus décisif – est effectivement un événement important. Encore plus si l’on compare leurs déclarations avec les propositions largement décevantes énoncées dans le Rapport des cinq Présidents sur l’avenir de l’intégration de la zone euro publié à la fin du mois dernier.

Quid des membres de l’UE en dehors de la zone euro ?

De toute évidence, les changements évoqués par Hollande et Schäuble pourraient avoir des conséquences profondes sur l’ensemble de l’Union européenne.

Fait intéressant, dans une tribune récente pour Dagens Nyheter intitulée « La Suède ne doit pas devenir un membre de seconde classe de l’Union européenne », la ministre suédoise des Finances Magdalena Andersson prévient :

« Pour les pays en dehors de l’euro, il y a un risque que [l’intégration renforcée de la zone euro] conduise à un affaiblissement de leur position dans l’UE et réduise leur influence sur la formulation des politiques. En fin de compte, cela peut aussi affecter la conception du marché unique de l’UE, qui est si importante pour la Suède. »

Cela résume l’un des défis majeurs que doit relever l’Union européenne : comment concilier une union économique et politique recentrée sur la zone euro avec une plus large adhésion au marché unique.

Il s’agit d’une question qui a souvent été considérée comme hypothétique. Cependant, nous pourrions bientôt entrer dans une période dans laquelle cette question nécessiterait d’être résolue. Le récent différend sur l’utilisation du fonds de sauvetage FESF – soutenu par les 28 États-membres de l’UE – en vue de fournir un plan d’aides à la Grèce est une parfaite illustration de ce qui peut arriver.


Sur le web. Traduction : Contrepoints.