Comment éviter d’autres tragédies grecques ?

Manifestation à Madrid pour le non au référendum grec (Crédits : Adolfo Lujan, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Les pays endettés vont-ils tirer les leçons de la crise grecque ?

Par Richard Rahn, depuis les États-Unis [*]

Manifestation à Madrid pour le non au référendum grec (Crédits : Adolfo Lujan, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.
Manifestation à Madrid pour le non au référendum grec (Crédits : Adolfo Lujan, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

 

La Grèce et de nombreux autres pays ont essayé de défier la gravité en menant la belle vie avec de l’argent emprunté. En 2001, les Grecs sont entrés dans la zone euro, ce qui leur a donné accès à des prêts à faible taux, au prétexte que leur pays était plus riche qu’il ne semblait. Les graines de la destruction qui ont abouti à la fermeture des banques la semaine dernière ont été plantées le jour les Grecs ont adopté l’euro. Rien de tout cela n’aurait être une surprise pour personne. La seule certitude est que les Grecs vont maintenant subir une autre baisse importante de leurs revenus réels.

La question aujourd’hui est de savoir si les Européens, les Américains, les Japonais et les autres pays qui ont également vécu sur des prêts, à un rythme insoutenable, tireront les leçons de la dernière tragédie grecque, ou continueront à foncer droit dans le mur ? Les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni, la France, l’Espagne, l’Italie, la Russie, le Brésil et la majorité des petits pays auront à nouveau cette année des taux de croissance économique plus faibles que l’importance de leurs déficits courants en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), provoquant ainsi une croissance continue de la charge de la dette réelle.

Ces pays n’auront pas d’autre choix que réduire leurs dépenses ou augmenter leurs taux réels de croissance économique pour éviter de devenir la future Grèce. Il est triste et frappant de constater combien peu de pays, y compris les États-Unis et la plupart des pays européens, ont de vrais plans pour relancer la croissance. Le Japon est dans sa troisième décennie de faible croissance. L’Europe a stagné pendant près d’une décennie, et les États-Unis font à peine mieux.

Plusieurs économistes du soi-disant « establishment de gauche », y compris ceux qui travaillent pour le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale et l’Organisation de Coopération et de développement Économique, et les politiciens (et, bien sûr, les médias), font valoir que la façon d’éviter la crise de la dette grecque serait d’augmenter les taux d’imposition, tout en ignorant le fait fondamental que la plupart des taux d’imposition sur le travail et le capital dans les principaux pays sont bien au-dessus du taux maximisant la croissance économique. Ils font valoir, qu’en raison de la démographie et de la politique, il est impossible de réduire les dépenses de l’État, bien qu’elles soient également au-dessus du niveau maximisant la croissance économique, dans la plupart des pays. Ou encore dans le langage de la National Public Radio, les dépenses ne peuvent pas être diminuées parce qu’il y a « trop de besoins non satisfaits » qui, par définition, sont infinis. La Suisse, Hong Kong, Singapour et d’autres pays montrent à quel point est fallacieux l’argument soutenant la nécessaire augmentation des dépenses de l’État. Ils ont en effet prouvé qu’il est possible d’avoir un revenu par habitant plus élevé qu’aux États-Unis tout en ayant moins d’impôts et un État plus restreint. Et ils réussissent à accomplir cela sans pétrole et sans autres ressources naturelles qui abondent aux États-Unis.

Il est largement et correctement reconnu que la prolifération des réglementations, notamment financières et environnementales, est un obstacle majeur à la croissance économique. Pourtant, l’administration Obama continue à multiplier les réglementations coûteuses à un taux record, sans prendre la peine dans la plupart des cas d’analyser le rapport coûts-bénéfices. Les Républicains ont tendance à décrier le nombre et le coût de leurs flux, tout en faisant peu pour les freiner. Notez que ce sont des fonctionnaires salariés qui font appliquer toutes ces réglementations. Si les Républicains, qui contrôlent maintenant le Congrès, avaient éliminé la plupart des organes en charge de celles-ci au sein de l’État, ils auraient pu ralentir l’inflation de ces mesures destructrices significativement, ou même y mettre un terme.

Régulation réglementation (Crédits Vicki & Chuck Rogers, licence Creative Commons)
Régulation réglementation (Crédits Vicki & Chuck Rogers, licence Creative Commons)

La question est de savoir de combien de nouvelles réglementations avons-nous besoin ? Presque toutes imposent un coût aux individus, l’économie et la liberté individuelle. Les Grecs et leurs concitoyens européens n’en manquent pas. Sinon pourquoi les citoyens de Hong Kong vivent-ils tellement mieux, avec un fort indice de liberté économique ?

Il existe dans le monde beaucoup d’exemples de pays qui ont adopté des politiques favorisant la croissance et les opportunités économiques. Malheureusement, l’ignorance des électeurs de la plupart des grandes démocraties les rend trop réceptifs aux promesses de politiciens leur garantissant un « repas gratuit » ; plus d’avantages payés par les autres. Comme l’a dit Margaret Thatcher, « le problème avec le socialisme est qu’au final il vous manquera l’argent des autres à dépenser ». Elle aurait pu substituer l’« État providence » au mot « socialisme » pour mieux décrire la Grèce d’aujourd’hui, l’Europe et les États-Unis. Les dépenses totales de l’État en pourcentage du PIB représentent 52% en Grèce, 35% aux États-Unis, 33% en Suisse, et seulement 18% à Hong Kong.

La seule façon de prévenir une future tragédie grecque est d’élire des politiciens qui offrent, et pas seulement promettent, moins d’État mais un meilleur État, des taux d’imposition moins élevés sur le travail et le capital, moins de réglementations aux avantages nettement supérieurs que leurs coûts, une libéralisation du commerce assortie d’une forte adhésion à l’État de droit et une protection de la propriété privée.


Article initialement publié en anglais par le Cato IntituteTraduction réalisée par Libre Afrique.

[*] Richard Rahn est président de l’Institute for Global Economic Growth et chercheur Senior au Cato Institute.