Grèce : l’accord mensonger

Pinocchio credits Luigi Orru (licence creative commons)

François Hollande défend l’enfumage comme méthode politique.

Par Serge Federbusch.

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Pinocchio credits Luigi Orru (licence creative commons)

 

Quel magnifique accord que voilà ! En résumé, les Grecs font semblant d’engager des réformes, l’Europe fait semblant d’y croire et l’Allemagne fait semblant de payer. L’usage de termes contradictoires et d’adjectifs aussi imprécis que grandiloquents rythme l’accord conclu au sein de l’Eurogroupe. Des « mesures directes pour améliorer la viabilité à long terme du système des retraites (seront prises) dans le cadre d’un programme global de réforme des retraites ». On appréciera la conjonction du direct, du long terme et du global sans autre forme de précision. Une « rationalisation » du régime de TVA sera « engagée » pour « un élargissement de l’assiette fiscale afin d’accroître les recettes ». Bienheureux celui qui traduira cet engagement en termes précis tout comme celui qui définira la savoureuse « pleine mise en œuvre des dispositions pertinentes du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire, notamment en rendant opérationnel le conseil budgétaire avant la finalisation du protocole d’accord et en introduisant des réductions quasi automatiques des dépenses en cas de dérapages par rapport à des objectifs ambitieux d’excédents primaires ». Ouf ! L’important étant bien sûr le mot « quasi ». S’agissant des retraites, les Grecs avancent du bout des lèvres que l’âge de départ sera repoussé à 67 ans… ou à 40 ans de cotisations, ce qui est loin du compte pour la deuxième branche de l’alternative et très éloigné de ce qui se fait ailleurs en Europe et même en France.

Partout dans l’accord, la Grèce est censée « mettre en œuvre », « engager », des termes qui en réalité peuvent aboutir à une inaction totale dès lors qu’ils seront interprétés par Alexis Tsipras, maître ès manœuvres retorses. Ainsi, sur le verrouillage syndical de l’économie, la Grèce devra : « en ce qui concerne le marché du travail, entreprendre un réexamen rigoureux et une modernisation des négociations collectives et de l’action syndicale… ». Le fameux fonds de privatisation lui-même ne fait que reprendre un objectif de 50 milliards de recettes défini dès février 2011 et dont moins du dixième a été effectivement encaissé à ce jour. Bref, l’accord européen fait penser à une vulgaire loi Macron : des grandes tirades qui se traduisent surtout par l’ouverture de quelques magasins le dimanche.

Contrepoints669 - Grèce mensonge - René Le HonzecCe que voulait le Premier ministre grec, c’était avant tout la quinzaine de milliards d’euros qui lui permettront de tenir quelques semaines et faire face aux échéances de remboursement qui l’attendent jusqu’à l’automne. Par un tour de passe-passe et le truchement du Mécanisme européen de solidarité, la BCE se remboursera elle-même en rachetant des obligations émises par les créanciers de la Grèce. Pour prix de tous ces bras de fer et de son référendum, Tsipras obtiendra peut-être dix milliards supplémentaires « ségrégués » (sic) au MSE pour recapitaliser des banques exsangues. Mais la seule fuite des capitaux observée ces dix derniers jours est largement supérieure à ce montant. Le problème grec s’est singulièrement aggravé durant les dernières négociations.

Au-delà de cette brève échéance, quid ? Rien, si ce n’est des formules creuses. « L’Eurogroupe est prêt à envisager, si nécessaire, d’éventuelles mesures supplémentaires » (un allongement éventuel des périodes de grâce et des délais de remboursement) afin de faire en sorte que les besoins bruts de financement demeurent à un niveau soutenable. Ces mesures seront subordonnées à la mise en œuvre intégrale des mesures à convenir dans le cadre d’un nouveau programme  éventuel et seront envisagées après le premier réexamen qui aura abouti à un résultat concluant ». Plus éventuel tu meurs ! À malin, malin et demi.

Ce qu’il faut malheureusement conclure de toutes ces palinodies est que la Grèce, plombée par un taux de change de l’euro qui ne correspond en rien à ses capacités économiques, ne fera que s’enfoncer dans la déshérence. Le seul homme qui a manifesté un tant soit peu de goût pour la cohérence et la vérité fut Varoufakis, ministre des Finances démissionnaire, qui a avoué quelle était son alternative : émettre des quasi-euros en reprenant le plein contrôle de la Banque de Grèce. Il est probable que cette solution jusqu’au-boutiste réapparaisse rapidement. Elle seule agit comme un épouvantail sur l’oligarchie financière européenne et l’a contrainte au compromis en trompe l’œil de ces derniers jours.

L’enfumage, que François Hollande a élevé au rang de méthode de gouvernement, gagne l’Europe entière. Pas étonnant qu’il s’en gargarise dans son entretien du 14 juillet ! L’audace dont il se vante sans sourire consiste à répandre ce nuage jusqu’en Grèce.

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