La France est-elle « too big to fail » ?

Certains estiment que ce qui arrive à la Grèce ne peut arriver à la France. La France est too big to fail, et ses créanciers ne pourraient se permettre qu’elle fasse défaut.

« Si vous devez 10 000 euros à quelqu’un, vous avez un problème. Si vous lui devez 10 000 000 euros, c’est lui qui a un problème. »

C’est le même raisonnement qui a justifié les sauvetages d’entreprises (notamment de banques) lors de l’éclatement de la crise des subprimes : certaines institutions sont trop importantes pour disparaître. Si une banque qui détient le patrimoine de beaucoup de citoyens fait faillite, ils seront nombreux à en payer les conséquences. Pas seulement les ménages ainsi appauvris, mais aussi tous ceux que cet argent permettait de financer. Pour une économie, c’est difficile à encaisser.

Mais la question que l’on est en droit de se poser, c’est si les laisser survivre est vraiment une bonne option. Il est intolérable que des millions de ménages soient lésés. Mais il est plus intolérable encore que cette situation puisse se produire. Qu’une banque consente des prêts risqués avec l’argent de petits épargnants qui lui confient leurs économies et leurs bas-de-laine ? De telles pratiques doivent cesser, et il n’y a pas d’autre moyen de les faire cesser que de montrer aux actionnaires de telles institutions que ces comportements sont sanctionnés par une faillite qui détruit la valeur de leur investissement et réduit celles de ceux qui leur ont fait confiance.

Too big to fail, c’est ce qui a été dit des banques ; ce qui a été dit en réalité, c’est qu’elles sont too big to fail, qu’elles ont pris des risques inconsidérés avec l’argent de leurs clients, mais aussi que sans intervention, elles auraient sans doute fait faillite. Et finalement, en faisant cela, en sauvant les banques, on maintient cette situation.

La crise des subprimes ne se serait pas limitée aux banques. Elle aurait aussi coupé pour un temps les robinets du financement, posé problème à la trésorerie de nombreuses entreprises et aux fins de mois de nombreux ménages. Ce n’est pas désirable, mais ça l’est plus que ce qui nous attend. En sauvant les banques, en injectant dans l’économie des montants délirants, en préservant les marchés financiers, on a alimenté une bulle. Cette bulle colossale ne pourra pas grossir indéfiniment, et son éclatement n’en sera que plus violent : les too big to fail seront even bigger et cette fois, la crise sera inévitable. Mais le sauvetage a quand même eu lieu. Parce qu’en réalité, le problème ne vient pas que des banques.

Certains États aussi sont too big to fail. Ils ont un poids trop important dans l’économie, et ils se sont trop endettés. Ils ont eux aussi pris un risque inconsidéré : celui de s’endetter sans compter, en s’en remettant aux citoyens pour rembourser un jour ou l’autre. Le collatéral de la dette des États, c’est la prospérité future des contribuables : au lieu d’en bénéficier, ils rembourseront les dépenses passées. Qui décide de sauver les banques ? L’État. Qui décide d’endetter l’État ? L’État. Qui prétend nous sauver ? L’État.

Inspiré par h16La France sera peut-être jugée too big to fail. Ses créanciers continueront peut-être de l’alimenter de peur qu’elle ne s’effondre. D’autres se joindront peut-être à eux pour la sauver. Mais ce n’est pas la solution. Si on se demande si notre dette est trop élevée, c’est qu’elle l’est. On ne peut pas compter sur la crédulité des créanciers et la générosité du monde pour construire nos budgets ; il faut réformer la France. En commençant par le plus urgent : réduire la dépense publique, et alléger la règlementation. D’abord, il faut stopper l’hémorragie, mais ce n’est rien à côté de ce qu’il faut faire ensuite : réduire le tout, continuer de le réduire jusqu’à ce qu’il redevienne supportable et compatible avec la croissance et la prospérité. Jusqu’à ce que nous soyons assuré que notre développement est durable, que notre croissance est soutenable, que nous sommes structurellement équilibrés.

L’alternative à un atterrissage forcé est simple : le crash. Si vous étiez le pilote, que feriez-vous ? Vous n’êtes peut-être pas le pilote, mais vous êtes à bord.