Niveau du français au bac : les illusions perdues

Perles du bac : splendeurs et misères des copies de français

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Niveau du français au bac : les illusions perdues

Publié le 13 juillet 2015
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Par Gauvin Buriss
Un article de Liberté scolaire

pleurs aramisse Friedhof Meidling, Wien(CC BY-ND 2.0)
pleurs-aramisse-Friedhof-Meidling-WienCC-BY-ND-2.0-.jpg » alt= »pleurs aramisse Friedhof Meidling, Wien(CC BY-ND 2.0)

Beaucoup se sont émus de la réforme du collège. On en aurait presque oublié que cette réforme était accompagnée d’une réforme tout aussi importante du primaire, et qu’elle ne faisait que s’inscrire dans une longue suite, presque une tradition, de réformes qui ont déjà modifié en profondeur la jeune génération, de 3 à 40 ans, génération dont font partie tant les parents des élèves majoritairement concernés par les réformes, qu’une partie de leurs professeurs.

Les parents que l’avenir semble inquiéter devraient en réalité lire de temps en temps les copies de leurs enfants. Car quoi qu’on en dise, la plupart des gens accordent une sorte de reliquat de confiance à l’institution et se fient aux notes. On a beau claironner que « le niveau baisse », tant que Loulou et Lola ont de bonnes notes, leur niveau, à eux, se maintient certainement.

Le problème de l’école n’est pas pour demain ; il est vieux de plus de 40 ans, et toute une génération de semi-illettrés arrive depuis quelques années déjà sur le marché du travail, ce qui entraîne des problèmes manifestes .

Le terme semi-illettrés semblera un peu fort à d’aucuns qui diront que j’exagère, en parlant ainsi d’élèves qui ont obtenu leur baccalauréat brillamment, souvent avec mention.

J’ouvre une parenthèse. Une question posée au Sénat en 2007 soulevait déjà ce problème des mentions, dont la progression exponentielle aurait pu laisser craindre une « dévalorisation du diplôme ». Les chiffres sont les suivants, en % :

1967 mention TB 0,3% mention B 4,4%
1974 mention TB 0,6% mention B 4,6%
1989 mention TB 0,8% mention B 5,1%
1990 mention TB 0,8% mention B 5%
1997 mention TB 1,4% mention B 7,2%
2004 mention TB 3,3% mention B 10,8%
2006 mention TB 4,9% mention B 13,6%

Au sénateur inquiet qui avait posé la question, le Ministère avait répondu que cette « spectaculaire progression traduit une élévation du niveau de formation dans un contexte où le baccalauréat n’est plus conçu comme un diplôme réservé à une élite scolaire mais favorisant l’acquisition par une majorité d’élèves scolarisés d’une culture indispensable à la compréhension du monde moderne et de ses enjeux ». Outre que la syntaxe de la réponse peut laisser perplexe, on ne peut que rester dubitatif devant cette réponse. Si le niveau de formation des jeunes avait déjà tant augmenté en 2006, que dire aujourd’hui où près de 15% des bacheliers de S décrochent une mention Très Bien (promotion 2014) ? Pourra-t-on encore communiquer avec des jeunes qui sont si supérieurs intellectuellement à leurs aînés et qui jouissent de telles capacités de « compréhension du monde et de ses enjeux » ?

Fermons la parenthèse et jugeons sur pièces.

J’enseigne le français en première S. J’ai donc l’immense privilège de lire chaque année des centaines de pages écrites par ces jeunes qui sont l’avenir radieux et enthousiasmant de notre patrie moribonde. Deux classes de 1èreS, à 38 élèves par classe. 10 notes au trimestre pour chaque classe, soit plus de 1000 copies corrigées par an. Et 66 copies de baccalauréat à corriger cette semaine, toutes de la série S, l’élite de notre pays.

Voici quelques extraits représentatifs, certifiés conformes :

Copie 1 : « Le corpus étudier regroupe trois textes, décrivant une scène de mort. Celle d’Hippolyte içut de la pièce Phèdre de Eugène Ionesco et Racine, celle du roi du Roi se meurt d’Eugène Ionesco et celle d’Alexandre le Grand dans le Tigre bleu de l’Euphrate de Laurent Gaudé. »

Copie 2 : « Dans l’extrait qui est celui de Racine, dattant du XVIIème siècle, l’âge d’or du théâtre, celui ou le théâtre doit obéir à des règles, comme celle de bienséance.
(…) Comparé aux autres oeuvres, Phèdre, la mort n’a pas lieu sur scène. Elle est racconté par Théramène. Racine à choisit d’évoqué cette mort par le récit pour pouvoir rester dans les règles du théâtre aux XVII ème siècle, la mort d’Hippolyte n’en reste pas moins sanglante et héroïque. Puis vient après quelque siècle de nouveau genre théâtraux avec des representations de la mort sur scène différentes.
(…) Mais il abandonne sa quête pour que ses soldats cèssent de se battrent. Ce dénoument se compose tout d’abord d’une prise de pitier ».

Copie 3 : « Depuis le XVIIème s le theatre donne une scene de mort glorieuse comme Racine avec Phèdre jouée en 1677 racontent la mort héroisme de Hippolyte mais petit à petit ils vont se lasser de toujours faire des scène de mort glorieuses comme Eugène Ionesco avec le Roi se Meurt en 1962 et Laurent Gaudé Le Tigre bleu de l’Euphrate en 2002 tout deux vont donner une mort tragique aux personnages principaux. »

Copie 4 : « Ici il le dit lui même que c’est un lâche (L.11) qui a echoué dans ça quête (L.12) ici c’est une degradation descendante il va se culpabiliser pour se donner raison de mourir. On aurait dit un enfant comme il le montre L.21 il se represente comme un bébé ici il y a une signification de pureté. l’auteur veux faire passer Alexandre le grand comme un martire qui souffre beaucoup qui ne pense que à mourir mais au fond de lui c’est un monstre qui ne rever de gloire et de ne pas mourir mais que la mort gueter. »

Copie 5 : « Dans le théatre, la mise en scène joue un rôle médians dans la pièce, car le spectateur va chercher à ressentir des émotions et pourquoi se mettre dans la peau du personnage et à le faire frissoner. C’est pourquoi on va se demander pourquoi une pièce doit-elle être bien jouée pour faire ressortir l’émotion qui se trouve dans le texte théâtral ? »

Cet élève courageux a donc choisi le sujet de dissertation. Il poursuit ainsi :

« N’oublions pas la musique et les bruits sonores de fond, c’est pour mon avis sans doute le rôle le plus important pour ressentir de fortes émotions dans une scène. Une musique sur le ton mineur suivit de violon ammène un ton très grave à la scène voire émouvoir de la tristesse ou encore de la pitié. Si l’on entend des tambours, cela peut révéler une révélation ».

J’aime bien ce passage ; je le trouve presque poétique.

Après cette envolée musicale et un peu décalée, il retombe, malheureusement :

« Les costumes sont peut-être moins importants mais tout de même il ne faut pas les négliger, cela dépandra de sa qualité, si c’est un costume acheté en grande surface, les finitions seront négligées et ne va donc pas nous plonger complètement dans le dénouement car les costumes vont gêner. »

rené le honzec bac niveauLe corrigé national nous invite à relever dans le texte « le topos de la belle mort, digne des illustres stoïciens de l’Antiquité », les « anaphores nombreuses » et la « musicalité et la poéticité du monologue », et on nous proposait pour la dissertation (portant sur l’émotion créée ou renforcée par la représentation théâtrale) de penser à Renée dans La curée de Zola qui est troublée par le spectacle de Phèdre et aux émotions du jeune héros de Proust lorsqu’il entend la Berma… Donc il aurait fallu que les élèves pensent non seulement à des mises en scène de théâtre mais encore à des romans évoquant une expérience théâtrale vécue par l’un de ses personnages…

Dans le corrigé, on cite Anne Ubersfeld, Maurice Blanchot, Bertold Brecht, Olivier Py et Patrick Chéreau, mais le célèbre vers de Racine y devient « c’est Vénus toute entière à sa proie attachée »…

Ionesco comme vous ne l’avez jamais imaginé !

En écriture d’invention, on demande aux élèves de se glisser dans la peau d’Eugène Ionesco, excusez du peu, et d’écrire à un metteur en scène pour le conseiller et réfléchir avec lui aux enjeux de la représentation théâtrale. Nous devons évaluer la capacité d’analyse de ces jeunes futurs citoyens, leur capacité à construire une pensée et à argumenter, ainsi que leur culture. Nous évaluons encore l’élégance de leur expression, leur faculté à se couler dans la peau d’un grand auteur pour redonner vie à sa pensée, et la pertinence de leurs choix. Cela donne ça :

« Mon très cher ami et metteur en scène Laurent,
je ne te demanderais pas comment tu vas car je connais déjà ta réponse. Je t’écris car, dans ma dernière lettre, j’ai oublié de te donner mes instructions sur les éléments de mise en scène qui accompagnent la mort du roi, et aussi de t’expliquer comment ton actrice doit jouer le rôle de Marguerite. Mais je vais immédiatement corriger cette erreur.
(…)
Désormais tu sais ce qu’il te reste à faire mais méfie-toi, il ne faut pas en faire trop, c’est comme avec l’alcool : avec modération !
Cordialement, Eugène Ionesco.

PS : le roi doit avoir une démarche mécanique et désarticulée et la reine devrait avoir un éventail ça n’a aucun rapport mais je trouve ça assez élégant. »

Mais on a aussi ça :

« Monsieur, je vous écris cette lettre, d’une pour vous remercier de m’avoir convié au répétitions de ma pièces et également pour y ajouter mon grain de sel. J’ai été agréablement surpris de voir que votre vision de la mise en scène soit autant proche de l’idée que je m’en faisait. »

Ou ça :

« Marguerite doit lui dire ce qu’il doit faire. Le roi ne dira pas un mot et écouter Marguerite c’est pour cela qu’elle doit impérativement être persuasive pour pas que le spectateur s’ennui, il faut qu’ils y croient, il ne faut pas qu’elle soit timide et qu’elle est peur de parler fort voire de crier. Cette femme doit avoir de la poigne et se faire respecter. Elle doit apparaître comme une personne manipulatrice. Elle doit accompagner le roi jusqu’au trône pour qu’il meur dignement comme un Roi, il devra avancer doucement sur le tapis rouge pour aller s’assoir sur son trône et s’endormir pour toujours. Le roi n’adressera pas un mort a Marguerite mais doit avoir des expression sur son visage comme verser une larme juste avant de mourir. Je pense que cette mise en scène est très bien pour votre pièce à vous de la mettre en oeuvre je crois en vous. Veuillez agréer à cette lettre et me communiquez vos eventuelles critiques pour que je puisse me corriger et être meilleur; merci de votre compréhension, et je suis en attente de voir votre travail, merci.
Ionesco. »

Alors que l’un des candidats, ému, déplorait qu’Alexandre le Grand, dans le texte de Laurent Gaudé donné à commenter, soit « mort de faim et de soif » sans que personne ne pense à le secourir et qu’aucun médecin n’aide Bérenger Ier quand celui-ci « meurt d’un arrêt cardiaque » dans la pièce de Ionesco, on se demande pourquoi il n’y a plus de vocation enseignante parmi les jeunes générations, et pourquoi 30% des postes offerts au CAPES, en ces temps de chômage et de crise, restent non pourvus. Mais c’est certainement parce que les jeunes manquent d’humour ! Car il n’y a guère de métier plus divertissant… pour peu que l’on aime l’humour noir.

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  • J’imagine votre difficulté à retranscrire avec exactitude les textes de ces brillants élèves…

  • 1. Les perles d’écolier sont aussi vieilles que l’EN. Relire Jean-Charles.
    2. j’ai bien aimé une lettre de Proust à 12 ans pleine de fautes que ne renieraient pas les élèves d’aujourd’hui.
    3. J’ai souvenir de copies perso totalement déconnectées, absurdes, etc, un vrai condensé. Après quelques décennies, je suis nettement plus clair, même si parfois je dis n’importe quoi.
    Ce que vous dites concerne-t-il tous vos élèves ou trouvez-vous parfois des copies raisonnées et raisonnables ?
    Les élèves de maintenant ne sont pas moins bons qu’avant mais je trouve les méthodes d’enseignement passablement étranges.

    • Si, les élèves sont moins bons, en ce sens qu’une proportion importante d’entre eux est incapable de construire une pensée cohérente, un discours logique, bref de se faire comprendre.
      Cela n’est pas nouveau en effet, mais les générations qui suivent celle des actuels quarantenaires sont largement concernées, comme l’indique cet article.

      • Absolument. Et c’est bien le plus inquiétant, notamment concernant des « scientifiques ». Cela dit, les rédacteurs du corrigé fument probablement la moquette parce que sinon, on manque d’explications rationnelles.

    • les élèves ne sont pas moins bons mais pour la même qualité (… !) ils ont des notes bien meilleures.
      Aujourd’hui on peut avoir un doctorat en géographie et situer le japon dans l’hémisphère sud, et être premier ministre et croire la Réunion dans le pacifique

  • Demandez a un élève d’il y a 25 ans de parler anglais…
    Demandez a un élève d’il y a 25 ans de se servir d’un PC… n’aurait on pas demandé aux élèves d’aujourd’hui d’apprendre autre chose que des analyses de Balzac, tout simplement?

    Il y a quand meme quelque chose a propos du francais tel qu’il est enseigné au lycée: C’est de la branlette. Ahhh les listes de figures de style (Je suis tellement heureux d’avoir appris ce qu’est une synecdoque ca m’est tellement utile pour mon épanouissement personnel et ma vie professionnelle)! Ah les axes de lecture tous plus inintéressants les uns que les autres et les interprétations capilotractées de textes intéressants mais rendus lourds et indigestes par les « analyses » qu’on nous demandait d’en faire. Je me tapais des caisses en francais en première et des 18 en philo l’année suivante. Pourquoi? Parce que le raisonnement est une compétence qui présente un intérêt alors qu’à contrario la branlette intellectuelle pour cultureux qui se la raconte sur du Rousseau, c’est chiant à mourir. Lisez le Neveu de Rameau, et vous passerez un bon moment. Bossez ce bouquin en cours de francais et vous vomirez ce livre. Faites une critique objective de Rousseau, et on vous dira que vous êtes un prétentieux et que vous êtes passé à coté de l’oeuvre…

    Le Francais au lycée est du bachotage pur et simple pour l’oral. Apprenez votre explication de texte par cœur, vous aurez 17.

    Le francais à l’écrit c’est une logique d’examen. Comprenez quel genre de bullshit les profs veulent entendre et c’est le 15 assuré.

    Alors ok, vous nous citez des analphabètes dans votre article. La question qu’on peut se demander aussi c’est la raison pour laquelle les profs se rendent complices de l’acceptation de cette déchéance? Où sont les profs qui refusent de surnoter les élèves? Où sont les mouvements sociaux quand il s’agit de défendre la qualité de l’éducation et la véracité des notes? On voit toujours les profs faire des billets d’humeur comme le votre quand il s’agit de la qualité de l’enseignement et se mettre en grève quand il s’agit des avantages acquis du monopole de l’éducation etc…

    Alors peut être ne suis-je pas objectif. Peut être ne suis-je pas non plus équitable avec les profs. Mais je me suis coltiné pendant 25 foutues années de votre suffisance et je vous le dit franchement, j’en ai fait une overdose de votre corporation de petits barons qui flatulent plus haut que leur orrifice anal. Les profs qui ont toujours l’impression d’avoir des propos inoubliables et regardent le monde de haut en permanence parce que eux ils savent ce qui est bon pour autrui, ca me fatigue et m’écœure profondément.

    • réflexion de matheux 🙂

      • @P: Si seulement… J’ai fait ES, prépa HEC, puis une sup de co: Je me suis tapé de l’endoctrinement étatisto socialiste pendant des années… J’aurai du faire S et pas me la couler douce. La bio et la physique ont moins d’agenda politique.

    • Je dois vous féliciter pour le courage de critiquer cette corporation et d’une manière qui contient plus de qualité et de précision que le « texte » d’origine. En effet .. pour faire bref (je n’ai pas votre aisance dans l’écriture) un peu moins de grèves et un peu plus d’humilité seraient les bienvenues !!

    • J’ai l’impression qu’il y a une légère incompréhension sur l’article. L’auteur ne parle des figures de styles ou autre mais d’un sujet tout autre :
      – le niveau de français (grammaire, conjugaison, orthographe, syntaxe, etc…)
      – la logique inexistante dans les textes produits par les élèves

      L’auteur le précise avec l’écriture d’invention dont l’objectif est « d’évaluer la capacité d’analyse de ces jeunes futurs citoyens, leur capacité à construire une pensée et à argumenter, ainsi que leur culture. » Et non une quelconque utilisation des figures de style 

      Après je vous rejoins sur le fait que certains professeurs passent leur temps à se plaindre des élèves sans remettre en cause leurs méthodes d’apprentissage ou leurs façons de travailler.

      • @Eric:
        Certes mais si on constate un problème sur le niveau en analyse et sur l’aisance grammaticale, alors peut est il temps de faire l’impasse sur la branlette intellectuelle et de se concentrer sur ce qui ne vas pas. Or je peux vous certifier que la branlette des cultureux tient toujours le haut du pavé au bac de francais (Désole, pas cédille sur mon clavier allemand).

        Néanmoins vous avez raison sur un point: Mon post est plus une digression qu’un contre argument. A vrai dire je n’ai rien à reprocher à l’auteur en particulier. Il montre ce à quoi il est confronté. On ne peut pas dire que j’ai grand chose contre sa position intellectuelle: Il n’en fait pas Etat… Et je lui balance à la figure mes réflexions sur une corporation dont il fait partie peut être mais dont il n’a jamais à ma connaissance, énoncé d’approbation non plus.

        Mon post est une digression. Rien de plus. Je voulais effectivement faire remarquer que les profs se plaignent au bac de rencontrer les fruit du travail d’une institution dont ils font partie intégrante et qu’on ne les voit pas trop bouger changer ce qui ne va pas alors qu’ils bougent quand il s’agit de leurs privilèges.

        • Tout à fait d’accord avec la branlette intellectuelle, même si l’analyse de texte est intéressante en soi, je n’arrive pas à en voir l’intérêt au sein certaines filières ou alors il faudrait pratiquer le cours de français différemment (voir le mélanger avec la philosophie et accentuer sur la capacité à raisonner et avoir un discours cohérent).

      • C’est parce que l’auteur prend des textes de S. Or le français pour les S ce n’est pas l’essentiel. Heureusement. Par contre les L, c’est l’essentiel et faut croire que c’est pas si facile vu le taux de mention plus bas que les deux autres bacs généraux.

    • J’ai passé mon bac il y a un poil moins de 25 ans…
      Je parles anglais. Plutôt très bien. On me prend d’ailleurs souvent pour un britannique sans arriver vraiment à me « localiser » (sinon « plutôt du nord »). Je le parlais déjà pas trop mal au moment de mon bac.
      Je sais me servir d’un PC (nettement mieux que la génération actuelle), mais aussi en construire et programmer ce qu’il faut pour qu’il fasse ce qu’il me faut. D’ailleurs, de Linus Torvalds à Sergey Brin ou Larry Page, les grands de l’informatique sont plutôt des étudiants d’il y a 25 ans que d’il y a 5 ou 10 ans (ceux là font plutôt dans le « business model »). Certes au bac je n’étais pas encore très orienté info, mais je maîtrisait déjà pas trop mal la logique, l’algèbre et l’analyse, bien plus utiles pour l’informatique que de savoir utiliser facebook, et j’avais des bases de basic et de turbo-pascal.

      Non, les étudiants d’aujourd’hui n’ont rien de plus… et beaucoup de moins.

      Bien sûr que le crime vient en bonne partie des profs, malgré leur bonne volonté (parfois). Un réflexe politiquement correct est de dire que « l’affaute ait des pollyticiens ceulement »… Mais ce n’est pas vrai, du tout. Cela l’a été au début, dans les années 70 mais à cette époque la grande majorité des profs ont choisi la complicité. C’est hélas devenu depuis un phénomène exponentiel auto-entretenu, ce délabrement du niveau de compétences et de connaissances. Quand bien même ils le voudraient, la plupart des enseignants sévissant aujourd’hui dans les lycées ne pourraient pas aller à contre courant.

      Ce n’est pas une question de courage, de volonté, mais bien de niveau. Pour construire seul un cours tenant la route et ne suivant pas le chemin tout tracé par le programme et les manuels il faut à la fois du temps (qu’ils n’ont pas vraiment, habitués qu’ils sont à la paresse et à perdre heures après heures à des tâches inutiles) et une maîtrise de la matière qui n’est pas vraiment requise au niveau auquel ils sont recrutés. Ce qui explique d’ailleurs que l’effondrement soit bien moins sensible à la fac, les profs ont généralement une maitrise de leur matière telle qu’ils peuvent (et le plus souvent le font) construire leur cours d’eux même, indépendamment des oukases ministériels. Après, ils sont hélas bien souvent au moins aussi gauchistes, liberticides et politiquement aveugles que les politiciens…

      • Je complète : quand un des énergumènes gouvernementaux propose de mettre au programme de français et de philo, à la place des classiques connus, des textes de Jamel Debouze, je me dis qu’il y a péril. Ou que nous ne parlons plus du BAC mais d’un diplôme de culture de bistrot. Je préfère quant à moi que mes petits-enfants étudient les classiques, même si c’est décalé par rapport à aujourd’hui, notamment parce que ça permet aussi de mettre d’autres mœurs relatives à d’autres temps et que ça concourt à la compréhension de la vie du pays au cours du temps. Tandis que plancher sur Debouze, vraiment, là, on aurait atteint le fond dans une société officiellement décérébrée où les diplômes seraient jetés avec allégresse mais en vrac, comme les serpentins au jour de l’an. On pourrait les balayer le lendemain, comme il se doit, car ça ne vaudrait pas plus.
        Ne pas oublier qu’ensuite, ces jeunes gens abordent le monde du travail et que leurs manques qui s’expriment lors du bac de philo ressurgira dans le cadre du travail. Or, il semble que nous ayons une économie faiblarde qui a besoin de tout sauf de poids morts.
        Et il n’est pas souhaitable non plus, du point de vue humain, de fabriquer ainsi des personnes pleines de manques, en les mettant dans les conditions d’être dépressives rapidement, en échec permanent et sans goût pour le monde du travail où ils ne peuvent qu’être médiocres au mieux, comme au BAC.

        • je ris à relire : c’est plein de trous (mettre … en perspective les mœurs…). les manques qui ressurgiront dans le cadre du travail, etc… mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa

    • Eh bien moi (bac E 89, deja un sujet de math un peu « bachot » pour l’époque) je suis allé me taper hier un sujet de math terminale scientifique..

      désolé, mais le niveau des exercices est très médiocre :
      – il s’agit de vérifier qu’on sait bien afficher une fonction sur une calculette
      – application numérique de formules

      …. et franchement ce n’est pas allé plus loin que ça!!!!

      a des années lumières des sujets de DM qu’on se tapait a l’époque.

    • Les littéraires d’aujourd’hui savent se servir d’un PC, parlent anglais et d’autres langues. Et écrivent normalement les langues qu’ils utilisent, en particulier la leur : le français. Mauvaise défense, votre honneur.

  • j’adore la « poéticité » dans le corrigé.
    Par contre je n’ai pas compris le problème avec « c’est Vénus toute entière à sa proie attachée »

    • Il me semble que l’auteur de l’article ne semble pas savoir que Racine avait écrit « toute » au lieu de « tout » puiqu’au 17ème on faisait l’accord. Tout est maintenant vu comme un adverbe et donc invariable.

      Si la raison n’est pas celle-là alors comme dit Mitch c’est de la branlette intellectuelle entre initiés.

    • Il paraît qu’à l’époque, en effet, on marquait l’accord qui serait aujourd’hui jugé fautif.

  • Ce sont des S donc des scientifiques. Et nombreux sont les S ayant obtenu une note très médiocre en français et réussissant leur bac avec mention Bien ou Très bien. C’est normal : les gros coefficients ne sont pas dans les matières littéraires.
    Plus problématique est me semble-t-il le faible niveau en français des L (officiellement littéraires).
    Ceci dit, ce qui est frappant c’est le français est de plus en plus une « langue étrangère » pour les élèves.
    Sinon, le niveau baisse depuis la nuit des temps, au moins depuis l’invention de l’école (Sumer, etc.)

    • Ben oui, le niveau en langue baisse depuis Sumer : la preuve, qui parle encore le sumérien ?
      Et le français suivra le même chemin, sur lequel le latin est bien avancé.
      sic transit.

    • Il faudrait différencier le français au sens de la syntaxe et de la compréhension d’un texte et le français en tant que discipline d’étude de certains auteurs. Pour moi, issu d’une filière scientifique, la 2ème option a été une plaie… Tout au plus cela peut faire l’objet d’un investissement personnel pour ceux que ça intéresse mais dans ma vie de tous les jours ce n’est d’aucune utilité… donc du temps perdu.

    • Les scientifiques devraient montrer un minimum de logique et de clarté dans le raisonnement. Ils devraient aussi soigner l’expression, parce que ça n’est pas en sciences le fil de l’intrigue qui va encourager leur lecteur à poursuivre dans le chaos orthographique et grammatical…

    • LE vrai problème est qu’ils sont incapables d’écrire correctement le français (et les langues étrangères) ont bien du mal à le lire, mais surtout ont un niveau en maths et en sciences tout aussi calamiteux.

      Feu mon arrière grand-père, diplômé de l’Ecole Polytechnique et matheux grand feu, s’exprimait en un français exquis, lisait avec délectation des textes grecs et latins (en V.O. dirait-on aujourd’hui). ET comprenait la nature profonde des théorèmes qu’il utilisait.

      L’argument ‘c’est des scientifiques, alors ça ne compte pas’ est assez fallacieux, à mon sens.

  • Ce ne sont pas les élèves qu’il faut blâmer, mais l’EN, les parents et les nombreux professeurs qui ont entrepris la casse de ces nouvelles générations.
    Les parents d’abord, qui soutenus par le ministère, veulent coûte que coûte que l’enseignant note avec indulgence leurs enfants. La raison invoquée et que de mauvaises notes mettraient en péril leur avenir. La pression de l’administration (pour ne pas irriter les parents) est énorme pour faire plier les enseignants.
    Les enseignants ensuite, qui soit par idéologie soutiennent l’égalitarisme prôné par le ministère ( et ils sont nombreux), soit aussi par peur des parents, car un professeur qui note largement les élèves est à l’abri de leur courroux. Et il faut ajouter la lassitude qui fait que certains se résignent à surnoter les élèves. De toute façon les barèmes de notation au bac sont tels, qu’il est impossible même pour les plus faibles de ne pas l’obtenir. Les professeurs savent qu’ils vont être déjugés par les notes aberrantes qu’obtiennent des élèves illettrés au bac S. On peut désormais avoir toute l’année des moyennes déplorables dans les matières scientifiques( 4 en math , 6 en physique, par ex) et obtenir un bac S. Un niveau de langue correct n’est même pas requis. Des élèves ne maîtrisant pas ou peu la langue française obtiennent ce bac qui est totalement démonétisé.
    Ce système est néanmoins à bout de souffle et le privé a de beaux jours devant lui et c’est tant mieux.

    • n’idéalisez pas le privé. outre qu’il a les même programmes, et des enseignants de la même (dé) formation que le public, il n’est pas moins soumis à la pression des parents pour mettre des bonnes notes.

      L’éducation est le seul domaine que je connaisse où l’évaluation est faite par celui qui fait le travail. Et il n’a même pas de reality check. Avec ce système, tout se passe forcément bien … forcément …

    • Mais comme leur nom l’indique, les bacs généraux servent à commencer une spécialisation tout en gardant un minimum des autres bacs (et il n’y a pas de bac élite, mais de bac considéré comme élite, avant c’était la L maintenant la S) : S = spécialisé et centré sur les sciences « traditionnelles », considéré comme le bac élite/voie royale à tort, et où malheureusement on a pris l’habitude de remplir de bons élèves ; ES = spécialisé sciences humaines et où les profs conseillent souvent à tort de prendre éco pour les métiers dans la finance ou l’éco alors qu’il faut prendre math et où on aime envoyer des élèves moyens qui baissent le niveau de la série, L = littéraire, très spécialisée culture générale, parfait pour faire avocat (option droit), et où en première il faut choisir entre « option » (obligatoire) math, lv3 et arts (?) et où on laisse passer des élèves moyens pour remplir les classes.
      Il faut arrêter de dire que l’égalitarisme prôné est un problème, c’est faux, il y a chez les jeunes 45% de diplômés. On aura beau dire que le bac est donné, seul 75% de la nouvelle génération l’a, sachant que l’augmentation tient beaucoup de la création du bac pro et de bacs techno. Il faut aller à l’essentiel (un noyau de matière spécifiques au bac choisi et au moins 2 autres (et 3-4 au max) matières choisies par l’élève) . Il faut arrêter la dispersion des matières (jusqu’à 9 en ES et 8 en L !) et prôner une sorte de contrôle continue avec des épreuves communes à toute la France à la fin de chaque trimestre. Il faut limiter les heures de cours (jusqu’à 15H maxi) et mettre en place 1à2H d’aide aux devoirs obligatoires par jour. Le vrai problème de notre éducation vient des devoirs : tous les enfants n’ont pas le cadre nécessaire à leur apprentissage et aux devoirs à la maison. On doit donc « scolariser les devoirs ».

  • L’éducasion nasional sait géniale.
    Avan j’auré pas pu avoir mon bac passque sétait que les bourgeois.

    L’administration n’a-t-elle pas pour fonction de séparer le pouvoir de l’information ?
    Ce qui permet de persévérer dans l’erreur la plus stupide, tout en dilapidant des montagnes de ressources épargnées avec peine par le bétail humain…

  • Autant je souscris autant je m’interroge sur la pertinence des statistiques …1967 et 2006? Effectifs présentés au bac…comparables?

  • On voit arriver des postulants au travail qui savent utiliser le sabir en vigueur sur les mobiles mais sont incapables de rédiger sans fautes et en bonne logique un courrier d’une petite page qui montre qu’ils ont compris le sujet, le recadrent dans son contexte, éventuellement le redéfinissent (difficulté accrue) et y répondent intelligemment et intelligiblement.
    C’est navrant et ce n’est pas belkacem qui va améliorer le score.
    Cela dit, l’article est savoureux et les commentaires aussi.

  • Le bac S représente l’élite ? Vous en êtes sûr ? C’est complètement faux. Je peux vous dire qu’avec trois coeff qui compte plus que les autres l’élite est très loin. Non mais parce qu’en ES et en L tous les coefficient comptent. Mais bon les profs côté orientation c’est pas le top de la connaissance.

  • Les commentaires sont fermés.

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On remarquera que le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, dans ce bref entretien, où il n’est question que d’ajouter 1 h 30 d’enseignement scientifique aux élèves dont ce n’est pas un «  enseignement de spécialité », doit à la fois se référer aux paroles du président de la République et au Conseil supérieur des programmes qui a élaboré un « projet pour un nouveau programme de mathématiques » à la rentrée 2022 :

🎙️ @jmblanquer : "Nous allons mettre plus de mathématiques dans le tronc commun. 3h30... Poursuivre la lecture

La question de l’enseignement des mathématiques fait un retour préoccupant dans le débat public français. D’après les sociétés savantes et les enseignants de la discipline, seuls 59 % des élèves de terminale générale suivent actuellement un enseignement de maths contre 90 % avant la réforme du lycée mise en œuvre à la rentrée 2019.

Pas exactement l’orientation à laquelle on s’attendait de la part d’un ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, qui a beaucoup communiqué en début de quinquennat sur la nécessité de renforcer... Poursuivre la lecture

niveau médecins
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Ah, mes études médicales… Elles sont loin derrière, les années 1980, l’autre siècle !

Elles offraient alors un certain prestige. Quand j’entrais timidement dans les salons bourgeois, tortillant les nougats, moi gamin de basse extraction, les parents des potes prenaient soudain un air respectueux quand je lançais être étudiant en médecine.

J’existais, d’un coup. Ah, le statut social… Gare tout de même : le médecin doit disposer d’un supplément d’âme pour supporter la tâche et se montrer empathique. Il est rugueux, l’exercice et, ... Poursuivre la lecture

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