Si femme rougeoie, femme en joie…

Les femmes aux joues rouges envoient-elles le message qu’elles sont sexuellement réceptrices ?

Par Jacques Henry

ovface - University of Cambridge (CC BY 4.0)
ovface – University of Cambridge (CC BY 4.0)

Chez les primates dont nous sommes de très proches cousins, les femelles envoient des messages visuels signalant qu’elles sont entrées dans leur période d’ovulation et qu’elles sont donc sexuellement réceptrices. Ce sont des changements de couleur et d’aspect de la sphère urogénitale qui a tendance à se colorer comme certaines parties de leur face. Ces changements parfaitement connus des scientifiques sont là pour attirer l’attention des mâles.

Chez la femme, dont le cycle menstruel est sensiblement identique à celui de la femelle bonobo pour ne prendre que cet exemple, exemple d’autant plus approprié que la femelle bonobo est sexuellement réceptrice durant tout son cycle menstruel comme la femme, il semblerait que l’évolution ait fait disparaître de tels changements. On sait cependant que près de l’ovulation les femmes sont plus attirées par les hommes, qu’elles ont tendance à flirter et à faire des efforts pour s’avantager sur le plan vestimentaire. De plus on sait également qu’une légère modification du ton de leur voix ou de l’odeur de leur peau apparaît lors de l’ovulation.

Cependant un changement de la couleur du visage n’a pas fait l’objet d’études détaillées, même si on savait par ailleurs que quand on montrait des photos en couleur de femmes inconnues à des hommes ceux-ci prêtaient une plus grande attention aux visages de femmes en cours d’ovulation. La seule explication qu’on puisse envisager dans ce dernier exemple serait une variation de la couleur de la peau sous l’influence du changement hormonal apparaissant lors de l’ovulation.

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Les changements physiologiques induits par la modification du statut hormonal de la femme lors de l’ovulation n’ont pas seulement pour but de la rendre plus attractive aux yeux des hommes susceptibles d’être des partenaires sexuels mais également de signaler que les conditions physiologiques requises pour un acte sexuel à but reproductif sont rassemblées.

Percevoir qu’une femme se trouve être sur le point d’avoir une ovulation rien qu’en observant son visage relève pourtant d’une grande acuité dans l’appréciation des couleurs de la peau, or l’homme a perdu cette faculté également avec l’évolution. Un appareil photo numérique peut pourtant parfaitement déceler les minuscules changements dans la couleur du visage qui ont pu être très précisément reliés à une variation du taux d’un œstrogène circulant dans le sang, l’oestrone-3-glucuronide, une forme conjuguée de l’œstrone. C’est le cas ici dans le cliché de la même femme en cours d’ovulation à gauche et en fin de cycle menstruel à droite. Cela dit, on peut argumenter sur le fait qu’en début de cycle la femme est légèrement anémiée en raison des règles mais selon une étude récemment parue dans le périodique PlosOne l’ovulation provoque non seulement un changement de couleur mais également une modification d’un paramètre appelé luminance. Ces changements sont parfaitement perçus par un bon appareil numérique mais les yeux de l’homme ont perdu la faculté de détecter ces différences d’une très faible amplitude.

En utilisant un logiciel permettant d’extraire le rouge, le vert et le bleu des pommettes, une analyse a été réalisée sur 22 femmes volontaires de 23 ans d’age moyen, après avoir exclu celles qui prenait une pilule anticonceptionnelle car il est démontré que dans ce cas l’attraction sexuelle ne varie pas au cours du cycle menstruel. Leur suivi hormonal fut obtenu par analyse de la salive et elles furent photographiées chaque jour durant les 28 jours suivant l’apparition des règles :

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Jusqu’au septième jour suivant l’apparition des règles, la couleur rouge diminue puis augmente à nouveau jusqu’à l’ovulation pour rester soutenue durant la phase lutéale non fertile du cycle. Pour la luminance, la situation est exactement inverse quoique peu significative. On pourrait interpréter ce résultat – infime mais détectable par l’analyse fine des clichés – par le fait que les règles constituent un facteur d’anémie. En réalité, il n’en est rien car la couleur rouge peut être corrélée à la température basale du corps qui est liée au statut hormonal et en particulier au taux d’estradiol circulant alors que la chute de production de progestérone peut être corrélée à la diminution de cette couleur rouge. Malheureusement l’œil humain est incapable de détecter ces changements discrets de couleur du visage même s’ils existent réellement.

Que déduire de ces travaux ? Pas grand chose ! Les progrès technologiques d’analyse d’images n’expliquent pas les raisons pour lesquelles l’attractivité de la femme en cours d’ovulation est plus élevée que durant le reste de son cycle menstruel. Il s’agit d’un ensemble d’autres facteurs, et si la couleur du visage peut être l’un de ces facteurs, alors les raisons en sont tout autres comme par exemple l’émotivité et bien d’autres comportements de la femme soumise à la vague élevée d’œstrogènes entre le septième et le quatorzième jour du cycle.

Sources : PlosOne et Cambridge University (illustration) :


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