L’Europe pourrait sortir renforcée des négociations sur le Brexit

David Cameron (Crédits : UK Home Office, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Menées avec intelligence, les négociations entre David Cameron et ses partenaires pourraient bien déboucher sur une Union Européenne renforcée.

Par Vincent Delhomme.
Un article du site Trop Libre

David Cameron (Crédits : UK Home Office, licence Creative Commons)
David Cameron (Crédits : UK Home Office, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Après la nette victoire de David Cameron aux élections législatives britanniques, l’Europe s’apprête à vivre ses deux prochaines années au rythme du Brexit. La feuille de route du Premier Ministre est claire : rendre l’Union Européenne plus conforme aux intérêts britanniques, ou la quitter. Si les eurosceptiques se réjouissent de ces premiers coups portés à l’édifice européen, il est pourtant possible que l’UE sorte au contraire renforcée de ces négociations.

Tout d’abord, l’imminence d’un réel débat institutionnel, dix années après le traumatisme du non français et néerlandais à la Constitution européenne, est un premier motif de satisfaction. L’Europe a plus que jamais besoin de réformes pour fonctionner efficacement avec vingt-huit États membres aux intérêts divergents. Le statu quo est impensable.

La tenue d’un référendum, malgré toute l’incertitude et le risque qu’elle comporte, est également à saluer. L’Union Européenne, sans cesse accusée de ne pas être assez démocratique, a besoin de l’onction du vote populaire pour retrouver sa légitimité, a fortiori dans un des pays où son image est la plus écornée. Il faut se réjouir que la parole soit redonnée au peuple.

Ensuite, il est encore probable que le Royaume-Uni reste dans l’Union à l’issu de ce référendum. On peut parier que David Cameron ne fera pas campagne pour un Brexit aux conséquences pour le moins incertaines, surtout lorsque l’on connaît l’opposition des milieux d’affaires et de la City à cette solution. De plus, l’opinion publique britannique est toujours à une très large majorité en faveur du maintien dans l’Union. Pour parvenir à ce résultat, les partenaires de David Cameron doivent respecter ses demandes sans faire preuve d’une intransigeance qui pourrait se révéler contre-productive, le mandat démocratique octroyé par le peuple britannique ne souffrant à cet égard d’aucune contestation.

Toutes les revendications britanniques sont d’ailleurs loin d’être irrecevables, comme le souhait de diminuer la bureaucratie et l’inflation législative européenne, ou bien la volonté de renforcer le marché intérieur des services. L’Europe bénéficierait de telles réformes. Au contraire, certaines demandes comme celles visant à réduire l’immigration intra-européenne ou à priver les migrants de leurs droits aux prestations sociales ne sont pas acceptables. La liberté de circulation et la non-discrimination entre les citoyens européens ne sont pas des règles négociables. Transiger sur ces principes dans le but d’assurer l’adhésion britannique serait une erreur terrible, un précédent fort dommageable qui donnerait l’illusion de renforcer l’Union Européenne tout en en sapant les fondations.

Enfin, ces négociations peuvent déboucher sur une architecture européenne renouvelée, plus flexible et respectueuse des aspirations des peuples qui la composent. Il faut passer d’une Europe uniforme à une Europe des cercles. La zone euro devrait en être le cœur, avec une intégration économique et politique plus poussée qu’aujourd’hui, tandis que le reste des pays se concentrerait alors sur une zone de libre-échange et un marché unique renforcé. Si les britanniques et leurs alliés, le Danemark en tête, obtiennent gain de cause, il faut exiger qu’ils ne freinent pas les volontés des autres pays d’aller plus loin dans l’intégration.

Évidemment, tant l’issue des négociations que celle du référendum demeurent incertaines. Dans deux ans, l’Union européenne pourrait se retrouver paralysée par une sortie du Royaume-Uni. Mais les leaders européens disposent d’une véritable marge de manœuvre pour que ce scénario ne voie pas le jour, mais qu’au contraire l’Union Européenne émerge de ces discussions plus démocratique, plurielle et intégrée que jamais.

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