Attentat en Tunisie : les terrorismes en short et en costume

Seifeddine Rezgui, le terroriste de Sousse, avait l’air d’un simple estivant, cheveux mi-longs, short bermuda et tee-shirt noirs.

Par Farhat Othman, depuis la Tunisie

Seifeddine Rezgui - Capture-decran-Sky News - 28.06.2015 à 16h
Seifeddine Rezgui – Capture d’écran Sky News – 28.06.2015 à 16h

 

Seifeddine Rezgui, le terroriste de Sousse, avait l’air d’un simple estivant, cheveux mi-longs, short bermuda et tee-shirt noirs, quand il est allé en service apparemment commandé tuer les « hérétiques ».

Il portait un parasol sous le bras qui lui a permis de cacher l’arme d’assaut de l’irréparable. Sa besogne, il l’a faite comme un enfant qu’il était, presque immature, d’une innocence coupable : le sourire aux lèvres, la conscience tranquille. Car il avait la certitude de servir sa foi foulée aux pieds par ces estivants étrangers venant porter atteinte à la sacralité de ramadan par leur nudité et leurs moeurs.

C’est ce qu’il a dit sur sa page Facebook, revendiquant d’avance son statut de combattant de la foi quitte à être qualifié de terroriste.

Un pantin occultement articulé

Ce jeune homme agissant en inconscient, avec sang froid extrême et amusement, et en prime un certain sourire aux lèvres, se payant le luxe d’épargner ses compatriotes, et d’attendre la mort sans la fuir, était-il le vrai coupable ?

Il n’était qu’un pantin désarticulé par un lavage de cerveau méthodique, en ayant fait un enfant jouant sa vie à la molette musulmane, nouvelle roulette russe où le chargeur n’est vidé que d’une seule balle.

Dans un hôtel étrangement déserté des forces de sécurité comme si elles étaient complices, alors qu’une alerte avait été donnée la veille, le terroriste en short a eu tout loisir de tirer sur les malheureux touristes se prélassant sut la plage avant de poursuive ceux qui s’enfuyaient vers la réception, ne ciblant que les étrangers, criant à ses compatriotes de s’écarter. Le carnage dura plus d’une demi-heure sans que la sécurité ne vienne l’interrompre, la scène macabre continuant autour de la piscine intérieure et à la réception.

C’est au bout de sa partie de plaisir que les premiers éléments de la garde nationale sont apparus, allant à la rencontre d’un enfant qui a fini de jouer, le prenant dans une fusillade nourrie alors qu’il déambulait nonchalamment dans la rue comme s’il acceptait de mourir, ne pas avoir à parler, impliquer éventuellement des donneurs d’ordre, dévoiler des complicités.

Les terroristes en costume

En Tunisie, outre les bandes armées des montagnes, on a de plus en plus de loups solitaires, des jeunes désespérés, occultement manipulés du fait des privations multiples du droit de vivre créant en eux une faim d’absolu, celle de s’offrir à une cause qu’on leur magnifie, faire ce don de soi redonnant sens à leur vie.

Quand bien même ils sont responsables de leurs méfaits atroces, ils n’en sont pas totalement coupables, étant également leurs victimes, quoique consentantes en apparence. Peut-on, en effet, être consentant quand on est soumis à la terrible violence de ne disposer d’aucun droit à vivre normalement, aimer et circuler librement ?

C’est ce qu’aurait voulu et continué de faire Rezgui s’il avait eu le droit à une vie normale de jeune. Des vidéos l’ont montré danser et s’amuser avant que l’hydre terroriste ne l’attrape dans ses filets. N’ayant pu continuer à le faire dans un environnement de contraintes excessives, il s’est résolu à s’amuser autrement, avec la vie des gens !

Or, des jeunes comme lui sont légion, constituant un vivier où recrutent à loisir les professionnels de l’abomination qui cultivent le terrorisme mental.

Si le porte-parole du ministère de l’Intérieur dit que l’opération terroriste a été menée par un seul homme, elle suppose de nombreux complices, actifs sinon objectifs. Et nombre d’entre eux se retrouvent même dans les rangs de nos élites et même une partie de la classe politique proche du pouvoir, sinon au pouvoir.

Cibler d’abord le terrorisme mental  

Seifeddine Rezgui n’était que la nouvelle victime de ces terroristes en costume dont le mental est bel et bien meurtrier. Certes, le terroriste en short était connu pour ses idées devenues extrémistes, mais il avait un dossier judiciaire vierge et n’a basculé dans l’horreur que sous la pression exercée sur lui par des doctrinaires religieux, haineux et criminels, mais en col blanc, sous-traitant leur sale besogne.

Pour être contré efficacement, le terrorisme sanglant impose désormais un activisme, quasiment extrémiste, mais en termes de droits, de lois et de liberté, seule une parade juridique radicale en ce sens peut avoir de vrais résultats. Tout le reste ne sera que cautère sur jambe de bois.

Pour lutter contre un terrorisme qui est d’abord dans les têtes, on ne doit pas hésiter un instant à bousculer les mentalités rétrogrades en s’assurant l’adhésion des plus larges masses du peuple, surtout sa jeunesse, leur reconnaissant leurs droits à vivre librement, en renforçant leurs libertés.

Or, que voit-on ? La première mesure concrète de nos autorités, incapables de réagir promptement à l’attaque terroriste, a été d’empêcher les Tunisiens jeunes de quitter le territoire. Comme si les terroristes étaient parmi eux ? Cela n’a fait que stigmatiser encore une fois une jeunesse dont juste une minorité est instrumentalisée par des adultes au mental criminel qui continuent d’agir librement sur le plan politique et dans la société.

On le voit avec les responsables de partis qui ne reconnaissent pas la norme supérieure du pays qu’est la constitution ! On le vérifie avec l’action des responsables sécuritaires préférant traquer les non-jeûneurs que les terroristes et chercher noise aux porteurs de shorts courts au lieu de lutter contre les idées de haine et les slogans xénophobes !

Et on l’expérimente avec un Occident, autiste à la misère du monde, l’Europe à sa tête, qui en fermant ses frontières aide à la bascule dans l’horreur des jeunes privés de la moindre lueur d’espoir pour vivre. Aussi préfèrent-ils mourir et faire mourir !

Déclarer seul licite le jihad maximal

Comment s’étonner alors qu’un jeune de 23 ans, bachelier et licencié pourtant, inscrit même en un master, s’offre à ce qu’on lui présente comme un martyr pour honorer une foi déshonorée ? Des jeunes moins cultivés que lui, mais tout autant motivés par le désir de mourir faute d’avoir eu le droit de vivre sont légion, capables à tout instant de verser dans l’horreur. Peut-on mettre un agent de sécurité derrière chacun d’entre eux ?

Le terrorisme physique aura encore de beaux jours devant lui dans le monde tant que les autorités ne se seront pas attaquées au terrorisme mental alimenté par des lois scélérates.

En Tunisie, il s’agit d’un arsenal juridique hérité de la dictature, toujours en vigueur, autorisant et justifiant une lecture dévergondée et belliciste de l’islam. Or, il est temps de l’abolir en étape indispensable devant ouvrir la voie à la réforme de l’islam qui est appelé à commencer en déclarant solennellement clos la lutte armée, ce jihad mineur qui est terminé depuis la fin de l’hégire, le seul jihad licite en islam étant désormais l’effort maximal ou jihad akbar.

Voilà la première action de lutte antiterroriste à faire en Tunisie !