Pourquoi la Grèce doit quitter la zone euro

Grèce Credit RG1033 (Creative Commons)

N’est-ce pas la meilleure solution pour sauver la zone euro ?

Par Luc Watrin.

Grèce Credit RG1033 (Creative Commons)
Grèce Credit RG1033 (Creative Commons)

Ce pays très mal géré est entré par effraction dans la zone euro alors qu’il n’était pas prêt et bidouillait ses comptes avec l’aide de la banque d’affaires Goldman Sachs. Malgré 2 sauvetages en 2010 puis en 2012 avec un effacement massif de la dette de 107 milliards d’euros et une aide équivalente à 240 milliards, ce pays est de nouveau en faillite et est de nouveau totalement insolvable. Avec une dette représentant 180% du PIB et une gouvernance qui laisse à désirer (je pense notamment à la fraude fiscale et sociale endémique sans oublier la corruption généralisée), ce pays ne se relèvera jamais. Les chiffres parlent d’eux mêmes : le déficit public et celui de la balance des comptes courants tournent autour de 15% du PIB et il est manifeste que la Grèce présente la situation macroéconomique la plus déséquilibrée de la zone euro. Cela ne peut pas durer éternellement et il est donc normal que des mesures soient prises pour revenir progressivement à l’équilibre. Est-ce réellement de l’austérité que de demander à un pays dont les comptes dérapent dangereusement de prendre les mesures correctrices qui s’imposent pour retrouver une situation assainie ?

Les créanciers doivent accepter de restructurer à nouveau la dette publique grecque et prendre leur perte. Les Grecs ont élu en début d’année un gouvernement populiste et d’extrême gauche en imaginant que le père Noël reviendrait rapidement dans le pays malgré l’état absolument désastreux des finances publiques grecques. Ils doivent naturellement prendre leurs responsabilités et tirer les conséquences de leur vote.

Les créanciers doivent arrêter de jeter du bon argent dans le tonneau des Danaïdes et solder l’addition. Il faut savoir prendre des décisions courageuses pour sauvegarder l’essentiel et montrer aux cigales qui gèrent la collectivité en dépit du bon sens qu’il y a des conséquences en cas de mauvaise gouvernance. Limitons la casse plutôt que de se retrouver dans quelques années avec une addition de 450 milliards d’euros. Il est préférable de dire stop au lieu d’accorder un troisième plan d’aide d’au minimum 100 à 150 milliards que nous n’avons pas et qu’il faudra donc emprunter ce qui va fragiliser les finances publiques des 18 autres États de la zone euro et ce sans la moindre certitude d’être remboursé plus tard. Il est de toute façon absurde de vouloir guérir un alcoolique chronique en lui administrant une bouteille de Whisky même si on lui promet que ce sera la dernière. Sera-t-il guéri après ? Évidemment que non. On ne sèvre pas un alcoolique en lui procurant de l’alcool mais en l’encourageant à l’abstinence. Ce n’est pas avec davantage de dette que l’on guérit du surendettement. La zone euro aura également l’opportunité de devenir progressivement une zone monétaire optimale avec des pays membres qui respectent les règles.

Quelles seraient les conséquences d’un Grexit pour le reste de la zone euro ?

imgscan contrepoints 2024 Grèce - 2Si la Grèce fait défaut sur le remboursement du FMI ce 30 juin, les conséquences ne seront sans doute pas immédiates vu que selon les statuts du Fond Monétaire International, celui-ci dispose de 1 mois pour constater le défaut et doit porter plainte dans les 2 mois. Néanmoins, après avoir tenté de gagner du temps en regroupant les échéances en une seule, ce défaut au FMI serait sans précédent et aurait de très lourdes conséquences sur les indices boursiers qui pourraient dans la foulée rapidement décrocher de 20 à 25% avant de connaître un rebond dans un second temps. Étant donné que le programme d’aide se termine ce 30 juin sauf nouvelle prolongation, la BCE se trouverait dans l’obligation juridique de couper le programme ELA (Emergency Line Assistance) ce qui précipitera la faillite des banques grecques. La Grèce devra dans ce cas instaurer un contrôle des capitaux et on peut également attendre de voir les dépôts au-dessus de 100.000 euros taxés comme ce fut le cas à Chypre. Ceci dit, au vu des retraits massifs des comptes bancaires depuis le début de l’année, on peut se demander s’il sera possible de ponctionner quoi que ce soit. Il va de soi qu’un retour à la drachme entraînera une dévaluation entre 40 et 50% de cette nouvelle monnaie par rapport à l’euro, ce qui dans un premier temps créera une énorme inflation en Grèce sur les produits importés de l’étranger. Plutôt que de compter sur le chéquier de Madame Merkel et de Monsieur Hollande, les Grecs seront obligés de prendre leurs responsabilités et gérer correctement leurs affaires. Il conviendra également de suspendre temporairement la participation de la Grèce dans l’espace Schengen pour éviter que les mouvements terroristes ne profitent de l’aubaine d’un failed state pour entrer facilement et semer la terreur au sein de l’Union Européenne.

Dans le même temps, pour limiter au maximum l’effet domino qu’entraînerait la fin de l’irréversibilité de la zone euro sur les maillons faibles comme l’Italie, l’Espagne ou le Portugal, il est quasi certain que Mario Draghi devra planter sa tente dans la cave et imprimer beaucoup plus de billets car c’est avec l’OMT en parallèle du QE le seul moyen de tenir les marchés et de rassurer les investisseurs. En contrepartie, ces pays devront accélérer la mise en place des indispensables réformes structurelles afin d’augmenter le potentiel de croissance et réduire le chômage qui reste malheureusement à des niveaux trop élevés. Les outils aujourd’hui sont là pour gérer les conséquences du Grexit. C’est l’opportunité du siècle de corriger les fondations boiteuses de la zone euro et d’en faire progressivement une zone monétaire optimale avec un budget commun nécessitant de rapprocher les politiques économiques, sociales et budgétaires et des mécanismes de solidarité (comme par exemple les eurobonds) et des règles pour s’assurer de la responsabilité de chacun des États membres. À côté de cela, il faudra aussi renforcer considérablement l’union bancaire et oser s’attaquer à la montagne des produits dérivés qui menace la stabilité financière en cas de lourdes pertes. Pour prendre un exemple, alors que le PIB allemand est de 4000 milliards de dollars, l’exposition aux dérivés de la Deutsche Bank est de 55.000 milliards soit 13,75 fois le PIB de l’Allemagne, ce qui signifie que ces lourdes pertes ne pourraient jamais être supportées par qui que ce soit.

Last but not least, tous ces pas qui renforceront nettement à terme la zone euro et par-delà l’Union Européenne doivent aussi disposer d’une réelle légitimité démocratique. C’est pour cela qu’il est important de renforcer considérablement les pouvoirs du Parlement européen qui est élu au suffrage universel et qui doit pouvoir non seulement contrôler la Commission et le Conseil mais aussi disposer du pouvoir de proposer des textes à l’instar de n’importe quel Parlement digne de ce nom. À côté de cela, la collaboration avec les différents Parlements nationaux devra être intensifiée via par exemple l’instauration d’un Sénat dont seraient issus des parlementaires nationaux de chacun des États afin de faire également valoir les opinions que l’on retrouve dans les différents Parlements nationaux. Aujourd’hui près de 70% des lois proviennent de l’Union Européenne et il n’est pas anormal que la parole des parlementaires nationaux soit mieux entendue lors de la discussion des textes à l’échelon européen. C’est en renforçant démocratiquement les institutions et en respectant également le principe de subsidiarité que l’on pourra lutter contre les différents mouvements populistes qui considèrent à tort ou à raison que la voix du citoyen n’est pas suffisamment entendue et que l’Europe impose des diktats aux États, alors que les pouvoirs de la Commission proviennent des traités directement négociés et approuvés par les mêmes États.

Le Grexit est donc la meilleure opportunité qui existe pour renforcer les fondations boiteuses de la zone euro et éviter la désintégration de celle-ci qui serait la pire catastrophe financière, économique et sociale que le monde moderne aurait connue.