La consommation ne fait pas la richesse de demain

day 210 credits Alexander Stramma via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0)

À l’heure où de nombreux économistes affirment leur « préférence pour la consommation », les analyses du XIXème siècle se révèlent étonnantes de clairvoyance.

Par Gilles Agricole.

day 210 credits Alexander Stramma via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0)
day 210 credits Alexander Stramma via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0)

 

Il fait chaud ! Très chaud ; les deux seaux d’eau que porte Madame Michu lui semblent peser une tonne ! Elle a les mains rougies, à chacun de ses pas les cailloux brûlants lui écorchent les pieds, elle a du mal à avancer ; l’air chaud et sec lui enflamme les poumons ; pourtant, elle a le sourire aux lèvres !

Le ciel est bleu, les arbres brillent autour d’elle, elle ne sent pas la douleur, elle sait que grâce à ces seaux, achetés avec ses économies, sa famille aura de quoi boire pour toute une journée ! Alors elle sourit, elle avance. Elle pense à la satisfaction qu’elle apportera à ses proches, et se prend même à rêver. Qui sait ? Une canalisation reliera peut-être un jour directement son foyer à la source. Ce serait la fin des pénibles trajets. Cette perspective la ravit et lui donne du courage, plus que quelques pas et elle sera à la maison !

Madame Michu ne le sait pas, mais elle fait de l’économie. Son histoire illustre les idées d’un auteur, Böhm Bawerk. Selon lui :

  • L’épargne permet l’investissement. Seule l’épargne de Mme Michu lui permettra, grâce à l’achat d’un seau, de ne plus aller à la source plusieurs fois par jour !
  •  L’investissement permet d’obtenir des moyens de productions plus efficaces. De la même façon, la construction de la canalisation permettra à Mme Michu d’avoir de l’eau à volonté sans se déplacer.
    Autrement dit, l’investissement dans les biens de production permet d’accroître la quantité de biens de consommation. L’investissement dans des biens plus productifs (la canalisation à la place du seau) permet d’accroître la satisfaction globale.
  • Le taux d’intérêt influence les décisions ! Selon Böhm Bawerk il faut inciter les acteurs économiques à épargner car les individus ont une préférence pour la satisfaction immédiate, une « préférence pour le présent ». C’est-à-dire pour la consommation.

Finalement pour cet auteur de l’école autrichienne d’économie, l’épargne est source de croissance car elle permet d’investir dans des moyens de production plus productifs ; il faut donc inciter les consommateurs à épargner.

À l’heure où les banques centrales pratiquent des taux d’intérêt nuls, à l’heure où de nombreux économistes affirment leur « préférence pour la consommation », ces analyses du XIXème siècle se révèlent étonnantes de clairvoyance.

Le taux d’intérêt joue un rôle capital dans la décision d’épargner et dans la décision d’investir. Or aujourd’hui, il n’est plus le fruit de la rencontre entre l’offre et la demande de fonds prêtables ; il n’est plus fixé par le marché ; il est fixé par les banques centrales !

« Ces manipulations sont inutiles et dangereuses »  pour Jens Weidmann, président de la banque centrale allemande.

Elles sont inutiles d’abord, car en dépit des taux d’intérêt nuls ou quasi nuls que nous connaissons, il n’y a pas de croissance. En France par exemple la richesse par habitant a reculé depuis la crise de 2008. Elles sont inutiles ensuite car les entreprises qui en ont le plus besoin, les PME et ETI, n’en profitent pas.

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Mais pire, ces baisses de taux sont dangereuses. En effet, avec elles, les Banques centrales envoient aux entrepreneurs de « faux signaux » et nous préparent une nouvelle crise. Pour s’en convaincre peut-être faut-il se rappeler comment a débuté la crise du crédit subprime :

Dans les années 2000, suite à l’éclatement de la « bulle internet » la Fed a abaissé ses taux directeurs afin de relancer l’économie des États-Unis. Il en a résulté une nouvelle bulle, immobilière cette fois, puis la crise. En effet, en envoyant de « faux signaux » au marché, en perturbant la perception du risque, la Fed a encouragé les banquiers à largement accorder des crédits immobiliers, y compris aux clients subprimes, les clients logiquement à risque, qui n’y accèdent normalement pas.

Et pour cause, ces banques ne prenaient quasiment aucun risque car soit le client remboursait et ils encaissaient leurs intérêts, soit le client ne remboursait pas et ils réalisaient une plus-value en vendant la maison, bulle immobilière oblige. Tout allait bien dans le meilleur des mondes, jusqu’à ce que la Fed finisse par relever ses taux, et là, le conte de fée se transforma en cauchemar.

Le coût du crédit des clients subprimes, endettés à taux variable explosa… et la suite on la connait : faillite et crise !

À la source de la crise mondiale, il y a donc bien eu les manipulations de taux de la Fed. Or depuis 6 ans les taux de la Fed sont maintenus à zéro afin de relancer l’économie, comme en 2000. Que se passera-t-il donc lorsque la Fed les relèvera cette fois ?


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