Suisse : l’écologie punitive

L’Office Fédéral de l’Environnement prévoit d’amender les auteurs d’infractions à son règlement à hauteur de vingt mille francs suisses. Et ce n’est pas une blague.

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Suisse : l’écologie punitive

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 19 juin 2015
- A +

Par Stéphane Montabert.

Putto spanking credits M Rafik (CC BY-NC-SA 2.0)

L’onde de choc a été si forte outre-Sarine que l’information livrée dans les colonnes de la NZZ am Sonntag a fait écho jusque dans celles du Matin : l’Office Fédéral de l’Environnement prévoit d’amender les auteurs d’infractions à son règlement à hauteur de vingt mille francs. « Ce n’est pas une blague », précise le quotidien quant au projet de loi :

« Un sac à ordures déposé sur la chaussée deux jours avant le jour de ramassage de la voirie pourrait coûter 20’000 francs au contrevenant (…) [La] nouvelle loi concoctée par l’Office fédéral de l’environnement prévoit des amendes plus que salées pour tous ceux qui ne feraient pas preuve de civisme : les bouteilles jetées le dimanche dans un container, même adéquat, en font partie, au même titre que le sac à ordures jeté dans le container réservé aux cartons et aux papiers. »
Le littering, l’abandon sauvage de déchets sur la chaussée, ne serait puni « que » d’une modeste amende de 300 francs. La porte-parole de l’Office se contente de préciser quant à elle que « c’est aux cantons que revient l’application des peines. » Sachant qu’ils encaisseront également le montant des amendes le cas échéant, nous voilà pleinement rassurés…

On ne plaisante pas avec le civisme ! 20 000 francs représentent un maximum, c’est un fait, mais la somme est aussi un montant inédit pour un particulier dans le système pénal helvétique. Cela équivaut au prix d’une voiture neuve, à plus de trois mois de salaire médian suisse, ou au PIB annuel moyen produit par un habitant du Portugal. C’est aussi le double du montant maximum actuellement défini par le législateur pour les amendes !

Interrogés par des journalistes, les politiciens romands se distinguent par la modération de leurs réponses face au projet : pour un conseiller socialiste, « des normes pénales sévères sont malheureusement un mal nécessaire » ; pour un autre affilié au PLR, « la nouvelle loi ne doit pas être jetée aux orties »… Bref, n’espérons pas trop compter sur ces gens-là, et il faudra peut-être encore lancer un référendum – un de plus ! – pour arrêter le train fou avant qu’il n’arrive en gare.

La société de demain

rené le honzec écologie punitiveSeriez-vous capable de payer une amende de 20 000 francs ? Peut-être, en sollicitant des proches, en imposant à votre famille une croix sur ses vacances plusieurs années durant et en gardant votre voiture d’occasion jusqu’à ce qu’elle rende l’âme… Mais que se passerait-il alors si ensuite un de vos adolescents, sans penser à mal, jetait le dimanche matin une bouteille dans un container de récupération de verre sans repérer l’agent de sécurité à proximité ? Rebelote !

Les amendes ont ceci de merveilleux pour les autorités qu’il n’y a pas à se poser de questions ; pas besoin de passer devant un juge, et s’il prend à la victime l’idée de se défendre, il faudra qu’elle assume les frais de justice une fois (très probablement) déboutée. De l’autre côté, les peines pécuniaires peuvent ruiner une famille et la jeter dans la précarité, mais bon, on ne parvient pas à de louables objectifs écologiques sans casser quelques œufs.

Il y a un évident parallèle entre le projet de l’Office Fédéral de l’Environnement et la tristement célèbre Via Sicura : une sévérité proprement incroyable pour des crimes purement potentiels et l’utilisation quasiment illimitée du matraquage financier. Tous les écologistes vous le diront : la prévention gentille, ça va un moment. Après, un bon coup de massue sur la nuque (métaphoriquement parlant bien entendu) ne les dérange pas tellement. Peu d’entre eux seront réellement gênés qu’un homicide par négligence soit moins puni qu’un sac poubelle déposé au mauvais moment.

Si l’honnête (et maladroit) père de famille se retrouve écrasé par des amendes délirantes, pensez-vous qu’une vedette du show-biz sera inquiétée ? Un politicien de premier plan ? Un diplomate ? Un riche touriste ? Probablement pas – pas qu’ils soient au-dessus des lois au sens strict, mais il n’y aura probablement jamais de policier assez intègre pour oser les verbaliser, l’infraction eut-elle lieu devant ses yeux.

À l’autre extrémité du spectre social il en sera de même pour la caste des intouchables, requérants d’asile ou individus dépendants de l’aide sociale ; ceux-là étant imperméables à toute punition fiduciaire, on donnera des instructions pour qu’ils continuent à passer entre les mailles du filet comme ils le font déjà aujourd’hui. Poursuivre en justice une personne insolvable ne présente aucun intérêt.

L’Office Fédéral de l’Environnement a au moins le mérite de jouer franc-jeu : le matraquage de la classe moyenne est clairement annoncé. Les gens normaux auront intérêt à filer droit pour ne pas rejoindre les rangs des victimes brisées par le système. Pas sûr que la Suisse en ressorte beaucoup plus propre mais peu importe, c’est une question de principe. L’écologie triomphera, à coups de botte.

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  • c’est rassurant de voir qu’il n’y a pas qu’en France qu’il y a des fous !!
    juste une question : quel est le problème posé par une bouteille jetée dans le bon container ? ça dérange les voisins ?

  • M. Montabert, vous faites du mauvais esprit, la Suisse est un paradis libéral.

    • Dans les années 80, certainement.

      Dans les années 90, suite à la crise immobilière, le virage étatique fut colossal. Il y eut aussi après 1992 la volonté par les élites de nier/amoindrir la démocratie directe, obstacle à l’adhésion à l’UE.

      Depuis les années 2000, nous assistons à un musellement du peuple par l’administration à travers des règlements et les taxes écolo-punitives, l’application de traités internationaux, et des « toilettages » de la Constitution en changeant complètement le sens et approuvées par un peuple naïf. Rajoutons à cela la trahison de la BNS pour faire du franc suisse une monnaie-papier comme les autres et la xénophilie pathologique du gouvernement (en particulier si les immigrés sont musulmans) et le tableau est complet.

      Je regrette de n’avoir pu mieux connaître la Suisse libérale du passé, mais elle est morte.

      • Certes…

        J’étais un peu caustique 🙂

        Et je regrette également les temps anciens où nous avions une réelle liberté, et pas uniquement la réputation de l’avoir…

      • Cependant, en tant que français récemment émigré en Suisse, c’est tout de même un sacré bol d’air !

    • paradis libéral? loin de là, les lobbys néobolchévistes et soviétiques font feu de tout bois pour que cela se transforme en kolkhoze

    • il n’existe aucun pays libéral, il n’y a pas de paradis libéral. Cependant, il faut reconnaitre que la suisse est le pays le plus libéral d’europe (l’un des rares pays que l’on peut considéré comme plutôt libéral)

  • Les chasses d’eau doivent bien fonctionner…

  • Bon là on est dans l’extrême, mais si à Paris, par exemple, on pouvait adopter ce type de fermeté: un papier jeté dans la rue : 800 € d’amence, un chewing gum/mégot: 1 000 €, ça ne pourrait pas faire de mal.

    • On sait la Suisse propre et très organisé: la différence avec d’autres pays, c’est souvent qu’on s’y donne les moyens de sa politique: en cela, c’est évidemment la différence avec des pays votant des textes à jet continu, de très bonne volonté, sans penser à la faisabilité financière de pouvoir espérer les concrétiser ou les faire respecter, vu que les problèmes budgétaires ne le permettront pas.

      Il ne suffit pas d’installer des « bulles » à papier ou à verre creux si on ne vient pas les chercher avant qu’elles débordent, idem pour les poubelles le long des routes.

      Cette mesure fera assez de bruit pour que « nul ne soit censé ignorer la loi »: n’est-ce pas efficace?

      De plus, que vaut le fait de ne pas retrouver au détour d’un chemin rural, du gros électro-ménager abandonné ou des bords de route « égaillés » de multiples cannettes vides et autres déchets? Et que coûte, en fin de saison, le travail des ramasseurs professionnels?

      Je pense que cette mesure sera autrement plus efficace qu’une campagne publicitaire « positive » pour convaincre même les « inciviques occasionnels » qui croient toujours pouvoir espérer le fameux: « c’est bon, pour cette fois! » pourtant vite oublié et cela, au bénéfice de tous. Pour ma part, je préfère une législation parcimonieuse dont les lois sont respectées suivant la formule: « tu as joué; tu as perdu! ».

  • Suisses : votre poubelle se remplit trop vite ?
    Si vous constatez la présence de corneilles, c’est gagné. Pour ceux en appartement disposant d’un balcon : vous posez les restes sur une jardinière pas trop bourrée par les fleurs, le soir. Tête de poisson, arrête principale du poisson, carcasse de coquelet, morceau de pain sec pas trop grand, tout cela va dégager vite fait au petit matin.
    L’inconvénient sera le bruit généré par ces volatils quand ils se battent. L’avantage est de se séparer écologiquement des restes qui deviennent vite puants.
    Pour ceux qui ont un jardin, c’est le renard qui passera…

    • Le 2eme inconvénient, c’est tout le caca que vont déposer les oiseaux sur le balcon 🙂

      Pour le jardin, ce sera le renard ou le rat 😀

      • Quel pessimisme …
        D’abord, les fientes c’est de l’engrais. Du guano urbain. Du bio quoi…
        Et je peux vous dire que ces animaux se délestent depuis l’endroit ou ils veillent… Ils observent, se posent, observent, se dirigent vers leur providentiel repas, observent et redécollent pour savourer (ils ont bien le droit eux aussi non ?) leur succulente tête de poisson. Surtout qu’ils ont de la mémoire, ils se souviendront que vous êtes souvent sur le balcon. Le risque pour votre balcon est très faible, il est plus grand pour les carrosseries des véhicules aux alentours… Et comme les écologistes n’aiment pas les véhicules privés, cela devrait les amuser… J’ai même vu un oiseau embarquer une coquille saint-jacques ❗ Bon, le piéton qui se prend cela sur la tête, c’est surpriiiiiiiiiiiiise, il pleut des coquillages… Cool ❗

        Quant au jardin, c’est plutôt le renard qui bouffe les rats, enfin surtout les mulots ou campagnols. Les rats ne quittent pas les égouts et souterrains pour des jardins ou ils seraient trop exposés.

  • Le cas de la Suisse montre que l’Etat minimal est impossible. Dès qu’une caste de politiciens s’est installée dans un pays, rien ne peut l’empêcher de tendre vers un Etat maximal. Sous les applaudissements de la majorité de la population qui y voit un progrès social !

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