Fin du jacobinisme : une affirmation prématurée ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Guillotine credits the tedster via Flickr ((CC BY-NC 2.0)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Fin du jacobinisme : une affirmation prématurée ?

Publié le 16 juin 2015
- A +

Par François de Laboulaye.

Guillotine credits the tedster via Flickr ((CC BY-NC 2.0)
Guillotine credits the tedster via Flickr ((CC BY-NC 2.0)

Le jacobinisme politique de 1792 à 1794 est la matière première de l’étude de Maxime Renard L’héritage du jacobinisme. De cette courte période, l’auteur tente de tirer les traits généraux de l’expérience jacobine avant d’analyser son héritage jusqu’à nos jours. Arrivés au pouvoir, les membres de « la Société des amis de la Constitution » devenue, par la suite, « la Société des amis de la liberté et de l’égalité » vont connaître une dérive de leurs principes due à une pratique du pouvoir idéologique, morale, libérale, égalitaire, majoritaire et complotiste dont la violence intrinsèque entraînera la chute.

Un idéal politique fondé sur la Vertu

Loin du cynisme politique dont ils seront parfois accusés, les Jacobins se perçoivent d’abord comme le parti de la Vertu contre celui de la corruption. De fait, cette étude a le mérite de rappeler l’existence de cette école de pensée positive pour qui la vertu et la politique sont synonymes. L’idéal social jacobin est en effet de conduire l’homme vers la lumière de la raison par le moyen de la Vertu et des lois.

Dans cette entreprise de salut terrestre, la Vertu collective forcément plus morale et plus juste l’emporte sur la Vertu individuelle comme la Loi s’impose à tous même à ceux qui s’y sont opposés. En effet, en bons rousseauistes, les Jacobins considèrent la loi comme naturellement bonne car elle est l’expression de la majorité des citoyens et donc de la volonté générale qui ne peut se tromper.

La méfiance envers les minorités

Les minorités sont d’ailleurs des ennemis.  La noblesse, le clergé, les riches, les étrangers et les corps intermédiaires en font partie. Les magistrats suspects de poursuivre leurs intérêts de classe doivent être surveillés. Ainsi le gouvernement ou « conseil exécutif » est soumis à la vigilance d’une Convention pléthorique selon la Constitution de 1793 jamais appliquée. Les sections locales du parti jacobin et les comités assurent la surveillance des supposés représentants du peuple. En effet, le jacobinisme est profondément anti-parlementaire.

Pourtant, les Jacobins sont libéraux lorsqu’il s’agit de dissoudre les corporations, égalitaires lorsqu’il convient de règlementer les prix ou de plafonner les richesses (Saint Just). Ils acceptent la liberté de conscience et de religion et s’ils prônent une forme de déisme, Robespierre fustige les « athéistes » qui voudraient imposer leurs vues.

Une définition trop étroite du peuple

Mais l’échec du Jacobinisme historique semble venir, selon l’auteur, des circonstances de sa venue au pouvoir, marquées par la guerre, et celles de son maintien, au prix d’une chasse au bouc-émissaire au nom de la pureté d’un peuple défini de façon trop étroite à savoir « pauvre et laborieux ». Rattrapé par sa propre violence, le parti Jacobin se défait des Feuillants, des Girondins, des Hébertistes et des Indulgents avant que Robespierre et ses proches soient appréhendés et que ce dernier confesse au pied de l’échafaud qu’il n’y avait pas un seul peuple mais bien deux, irréconciliables, celui de la Vertu et celui de la corruption. Son idéal politique ne pouvant dès lors s’incarner, le jeune avocat devait saluer la mort selon ses propres termes « comme une délivrance ».

Le Jacobinisme : une valeur refuge en période de crise

La seconde partie de l’ouvrage qui étudie cet héritage du jacobinisme met en opposition, de façon peut-être un peu simpliste, cette France jacobine, révolutionnaire, idéaliste, unitive et souverainiste et cette France « girondine », libérale, constitutionnaliste, européenne et traditionnelle. Issu de cette dernière école de pensée, Alexis de Tocqueville affirme la continuité de la France de l’ancien régime et de la Révolution. Au lendemain de la seconde guerre mondiale cette tendance libérale prospère avec l’émergence de l’État de droit.

Cependant, en période de crise, le jacobinisme sert de valeur politique refuge permettant de pointer l’ennemi : l’occupant et Vichy pour le Conseil National de la Résistance, les partis pour de Gaulle, justifiant ainsi l’élection au suffrage universel direct du Président de la République en 1962.

À regret, Maxime Renard pense que la conception libérale et constitutionnaliste qu’il réduit à son origine « anglo-saxonne », l’emporte définitivement sur l’esprit jacobin des institutions. Il cite, entre autre, l’élargissement des cas de saisine du Conseil Constitutionnel sous Valéry Giscard d’Estaing, l’intégration européenne, et pire, l’affirmation solennelle de la fin de la Révolution lors de la commémoration de son bicentenaire. En effet, la condamnation sévère de l’épisode de 1793 contrastait avec l’apologie de la « Glorieuse Révolution » de 1789.

Parler d’héritage du jacobinisme : une affirmation prématurée ?

Malgré une conclusion qui semble laisser un espoir, l’auteur ne croit pas que le jacobinisme a de l’avenir. Outre le fait que cette expérience politique éphémère ait profondément influencé la Constitution marxiste russe de 1917 aujourd’hui abolie, il convient de reconnaître avec lui que l’idéalisme atemporel de cette doctrine admet difficilement l’existence d’héritiers.

Pourtant, en cette période de crise identitaire, de débat, notamment sur le droit au blasphème, de remise en cause du libéralisme, de montée du chômage, creusant les inégalités économiques et sociales, il n’est pas absurde de s’interroger sur le risque d’un retour à un jacobinisme sans compromis, dirigé contre des minorités qui restent à définir. Ayant des partisans à droite comme à gauche, aux extrêmes comme au centre, le jacobinisme pourrait renaître de ses cendres.


Sur le web

Voir le commentaire (1)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (1)
  • Les Jacobins et la lutte contre la corruption… un non sens historique, les conventionnels étaient aussi corrompus que les fermiers généraux. D’autre part liberté et égalité sont contradictoires… Voir à ce sujet le propos d’Alexandre Soljenitsyne, le samedi 25 septembre 1993, aux Lucs-sur-Boulogne, pour l’inaugration du Mémorial de Vendée :  »
    La Révolution française s’est déroulée au nom d’un slogan intrinsèquement contradictoire et irréalisable : liberté, égalité, fraternité. Mais dans la vie sociale, liberté et égalité tendent à s’exclure mutuellement, sont antagoniques l’une de l’autre! La liberté détruit l’égalité sociale – c’est même là un des rôles de la liberté -, tandis que l’égalité restreint la liberté, car, autrement, on ne saurait y atteindre. Quant à la fraternité, elle n’est pas de leur famille. Ce n’est qu’un aventureux ajout au slogan et ce ne sont pas des dispositions sociales qui peuvent faire la véritable fraternité. Elle est d’ordre spirituel. »

    Pour rappel : la République Française n’a toujours pas reconnu le génocide vendéen… un modèle de terreur exporté dans le monde entier et la contrepartie de la déclaration universelle des Droits de l’Homme.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
1
Sauvegarder cet article

Méfions-nous des révolutionnaires. Et de tous ceux qui entendent proclamer « la Liberté » - et non pas « les libertés » - en lui prêtant une vision qui leur est propre et est faite bien souvent de profonde intolérance, s’assimilant plutôt à des formes de totalitarisme qui cachent leur nom.

Ces révolutionnaires proclamés sont la plupart du temps des nostalgiques de la Révolution française, qui constitue leur point de référence, ainsi que pour ceux qui ont pu mener des révolutions par la suite, à l’instar de ce qui s’est produit en Russi... Poursuivre la lecture

Par Alain Laurent.

De toute part on nous le ressasse continuellement : combien grande est notre chance de vivre dans un État de droit. Encore faudrait-il savoir ce que ce terme recouvre précisément et être assurés que la protection des droits et libertés qu'il est censé protéger est bien effective.

Cette question se pose ces temps-ci avec d'autant plus d'acuité que la sécurisation de ces droits et libertés dans la vie courante est de plus en plus problématique, et qu'on peut se demander si les « états généraux de la justice » o... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article

Par Jacques Garello.

Aujourd’hui tout est devenu citoyen : entreprise citoyenne, école citoyenne, police citoyenne, banque citoyenne, bref on attend de tous un comportement citoyen.

Cela fleure bon 1789 et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Et dans le jargon politique, il n’y a guère que les valeurs républicaines qui puissent disputer au terme citoyen ce succès de mode. Mais des puristes ont fait remarquer que dans la langue française le mot citoyen est un substantif, utilisé maintenant comme un adjectif, au lie... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles