Valls à Berlin : very bad trip !

Quel merveilleux exercice de justification de l’injustifiable par le pouvoir et ses relais !

Par Serge Federbusch.

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Résumons-nous. L’usage privé d’un moyen de transport officiel assimilable à un abus de confiance ou de bien social s’il s’agissait d’une entreprise du secteur concurrentiel ; un mensonge éhonté sur l’objectif diplomatique de cette virée ; une allégeance footballistique à un club étranger, véritable crime de lèse maillot tricolore ; un Président qui bafouille les mêmes prétextes pour tenter de rattraper son Premier ministre par le maillot alors qu’il glisse.

Puis une justification hilarante pour expliquer que la progéniture était du voyage : cela ne coûtait pas plus cher puisqu’il restait des places dans l’avion ! À ce compte là, tous les passagers des trains, bateaux et avions de France et de Navarre qui prennent un billet au dernier moment devraient pouvoir voyager gratuitement eux aussi… Pour faire bonne mesure, une provocation de Sapin : ce voyage est profitable à l’emploi en France. Près de six millions de compatriotes et assimilés attendront désormais avec anxiété les résultats de première division. On pourra enfin fusionner les bistrots et les agences de Pôle Emploi.

Enfin, l’apothéose, Bartolone, qui a un sens aigu de la famille et l’a prouvé en embauchant son épouse, Véronique, à l’Assemblée nationale, a trouvé l’explication et les circonstances atténuantes : « Moi, je veux les Jeux olympiques à Paris et dans la région Île-de-France… sur ces grands événements, il y a toujours un membre du CIO qui traîne, et plus on démontrera l’appétence des Français, l’envie d’accueillir les Jeux olympiques, mieux ce sera. Manuel Valls devait y aller, c’était son devoir. Il a deux places libres dans son avion, j’imagine qu’il ne doit pas voir ses enfants tous les jours. Qu’il ait eu cette tentation, franchement… je comprends parfaitement que dans une période de crise on en parle beaucoup, mais je comprends aussi ce qu’a pu être l’attitude d’un père Premier ministre. »

Comme disait la chanson : « Ce sont des affaires de famille, ça regarde pas le populo. » La gauche cynique n’en finit plus de donner sans honte des leçons aux sans-dents et aux chômeurs.

Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères de Fillon, avait dû démissionner parce qu’elle avait voyagé sur un avion prêté par un homme d’affaires tunisien au moment de la révolution de janvier 2011 ; Valls, lui, nous explique qu’il doit s’intéresser au sport business européen de près, qu’il a besoin de se distraire et qu’il lui faut pour cela un Falcon 2000 de l’État. Dans le premier cas pourtant, il ne s’agissait pas de deniers publics gaspillés.

Au même moment, et c’est au fond beaucoup plus grave, Valls autorise la mutilation des serres d’Auteuil pour complaire à la Fédération française de tennis qui préfère garder intact son magot plutôt que de couvrir un morceau d’autoroute pour étendre ses stades. Cette complaisance quand on se pavane à Roland-Garros flirte avec le conflit d’intérêts.

Le même Premier ministre multiplie les allers-retours entre les gradins et le congrès socialiste, préférant les tribunes tennistiques aux tribunes politiques. Hidalgo, maire de Paris, après avoir détruit à grands frais le magnifique stade Art Déco de Jean Bouin, signe les permis scélérats d’Auteuil. Tout ce petit monde fricote avec les Qataris au Parc des Princes où il rencontre les leaders de la « droite ». Ce n’est même plus l’État spectacle, c’est l’État supporteur.

Dans un pays véritablement démocratique, cela fait beau temps que Valls aurait dû présenter sa démission, pour son comportement et ses grotesques mensonges. Mais Hollande le soutiendra car il ne peut plus se permettre de l’exfiltrer : le mal le contaminerait vite. Après Cahuzac et Thévenoud, la « République exemplaire » devient un sujet de chansonnier.

Et, pendant ce temps, que fait la droite ? Mis à part un ou deux tweets et un vague projet de question au Parlement c’est le silence radio. Elle aime trop le sport sans doute ? Dans le vide et l’impuissance qui caractérisent désormais l’action publique, la com’, les matchs et les tribunes deviennent les apanages essentiels du personnel politique.


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