Peur exponentielle du jour : la biodiversité

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Peur exponentielle du jour : la biodiversité

Publié le 9 juin 2015
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Par Benoît Rittaud.

Peur Angoisse - Franck What have you done - Simon (CC BY-NC-ND 2.0)
Peur Angoisse – Franck What have you done – Simon (CC BY-NC-ND 2.0)

Ça, si c’est pas une bonne vieille peur exponentielle, je mange ma calculette. L’info, publiée dans les irremplaçables pages “Planète” du Monde, date d’il y a un mois, et a connu une brève résurrection sur la page internet principale du Journalderéférence qui m’a permis de la débusquer. Vous êtes prêts à avoir très très peur ? Alors cliquez, si vous l’osez…

L’article, publié le 3 mai, s’intitule ”Biodiversité : une espèce sur six menacée d’extinction par les changements climatiques“. On notera le ton toujours aussi nuancé de nos médias institutionnels pour signaler une énième étude sur le climat-qui-fait-peur. Le Monde ne nous donne pas les détails de cette étude, et c’est fort dommage : le lecteur aurait pu y apprendre qu’il ne s’agit de rien de plus qu’une synthèse d’études antérieures (on passera ici sur les éléments observationnels réels dont ces études disposent pour valider leurs modèles…). Le passage intéressant de l’article est celui-ci :

« Le plus surprenant est-il que le risque d’extinction ne fait pas que s’accroître avec la hausse des températures, il s’accélère », analyse un des auteurs de l’étude, Mark Urban. Selon l’hypothèse d’une augmentation de seulement 2°C des températures mondiales d’ici la fin du siècle par rapport à l’ère pré-industrielle, l’étude a calculé que 5,2 % des espèces seraient menacées d’extinction. Avec une hausse de 3°C sur la même période, ce pourcentage passerait à 8,5 % des espèces. La hausse des températures de 0,9° C enregistrée jusqu’à présent a exposé 2,8 % des espèces à un risque d’extinction, relève cette étude.

Quelque chose d’inquiétant qui “accélère”… typique d’une peur exponentielle.

Sur le site de Science référencé par Le Monde, nous avons l’explication du titre : une espèce sur six disparaîtra(it) avec +4,3°. Voici donc notre jeu de données :

+0,9°C => 2,8% d’extinction.

+2°C => 5,2% d’extinction.

+3°C => 8,5% d’extinction.

+4,3° => 16,7% d’extinction.

On n’est pas bien loin, avec ces données, d’une vraie fonction exponentielle : en gros, le pourcentage d’extinction double à chaque ajout d’un degré. (Un calcul de coin de table montre que la fonction 2exp(t/2) ne colle pas trop mal avec ces données, où t est l’augmentation de température.)

Si avec tout ça vous n’êtes pas effrayés, voici l’exercice final : à partir de quelle hausse des températures le nombre d’espèces menacées dépassera-t-il les 100% ?

Sur le web

Lire aussi : « Les climato-sceptiques ne sont pas les bienvenus sur Radio France »

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  • Le plus inquiétant reste le nombre de gens qui gobent ce genre d’information…

    • Il y a un biotope spécifique autour des journaux, des gens qui sont capables de lire l’Immonde sans avoir envie de vomir, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

      Il y a coévolution du journal et du lectorat.

      Le lectorat de l’Immonde accepte parfaitement qu’une semaine après avoir raconté comme un arbitre a mis à l’écart les deux autres pour qu’ils n’empêchent pas le complot visant à favoriser Tapie, c’est un des « mis à l’écart » qui a écrit la partie la plus controversée de la sentence.

  • Toutes les espèces s’éteindront un jour ou l’autre quel que soit l’évolution (ou l’absence d’évolution) de n’importe quel paramètre, y compris la température.

    • bonjour P, n’ayez pas d’inquiétude ! Mon petit-fils ingénieur au CNRS ,m’assure que notre disparition globale n’interviendra que dans 2 ou 3 milliards d’années . Je penses moi que d’ici là un crétin appuiera sur le bon bouton et que 5 à 6 milliards d’autres crétins (dont votre serviteur ) débarrasseront la planète de leur funeste présence . Les médias en seront pour leur frais = il ne restera personne pour commenter le coup !

  • avec une hausse de 7.8°c 100% des espèces disparaissent.

    Enfin, 100% des espèces existant aujourd’hui, ou même plus possiblement présentes sur un catalogue datant de la fin du XXe.

    Le truc que ces marchands de peur omettent de dire c’est que 1°) il n’y a pratiquement pas de vraies disparitions d’espèces ces derniers siècles (juste des sous sous genres, type le puma des Appalaches à disparu… mais celui des rocheuses va très bien merci) et qu’il y a plus de découvertes de nouvelles espèces (si on utilise la même quantification que pour les disparitions).

    Bref, si les températures montent 100% des espèces auront été remplacées par des variantes d’elles même plus adaptées. Mais là déjà on tremble beaucoup moins, malgré l’usage d’une exponentielle.

    D’ailleurs c’est vraiment des petits joueurs, utiliser des exponentielles… la hiérarchie des fonctions de croissance rapide pourrait faire beaucoup plus mal… ou pire encore les fonctions TREE(n) de Harvey Friedman… Sauf qu’en fait il faut faire très peur mais reporter les catastrophes suffisamment dans l’avenir pour qu’on ne se rappelle plus trop des prophéties ratées (j’ai souvenir d’un « science et vie » de la fin des années 80, début des années 90 annonçant dans le même numéro que Londres et Paris seraient sous l’eau vers 2010 si on ne réduisait pas les émissions de gaz à effet de serre… Et que les pluies acides auraient tué toutes les forêts en Europe avant l’arrivé dée du XXIe siècle.

    • « que Londres et Paris seraient sous l’eau vers 2010 », voilà qui me rappelle les « vlaamse fjorden (les fjords flamands) » en page-titre de l’hebdomadaire « Humo », à peu près vers la même époque: la moitié des terres flamandes — grosso modo tout ce qui se situe à un niveau inférieur d’environ 20 m au-dessus du niveau de la mer (gemiddelde-Oostende-waterstand) — aura fait glouglou vers 2010; cartes à l’appui, ce qui donnait effectivement de très jolis fjords. Jeune marié à l’époque, il me fallut même rassurer mon épouse: « tes parents auront peut-être les pieds dans l’eau, mais nous, à 72 métres d’altitude, nous sommes hors de portée »

      Avantage: cette ânerie ayant été pondue ‘in illo tempore’ où l’internet inexistant ne pouvait (fâcheusement) en garder trace, le site de ce magazine comme d’ailleurs le reste de l’internet reste d’une bienfaisant silence au sujet de ces « vlaamse fjorden » (essayez toujours, vous verrez)

    • Après estimation « précise » (j’ai quand même dégainé matlab pour ça :mrgreen: mais vu l’échantillon…) d’un modèle exponentiel sur les données communiquées, le « bon modèle » serait
      0.018139 * exp (0.51625 * t)
      Et donc l’extinction totale sera quand les températures auront augementé de 7.767° !!

      • si je comprends bien l’agonie a déjà commencé, au mois d’aout c’est la fin du monde 😉

      • le hic, c’est que la vie a non seulement survécu à des événements autrement plus saccageurs qu’une augmentation — ou diminution — quelconque, mais qu’elle en est sortie renforcée

        ne pas oublier que nous devons notre existence, nous autres humains, à l’extinction massive de la plupart des espèces parmi lesquels les dinosaures, il y a de cela environ 65 millions d’années

        serait-il tout à fait aberrant de spéculer qu’une prochaine extinction massive [pas besoin de l’homme pour cela, suffit de penser aux comètes ou aux super-volcans comme ce Tambora qui, il y a 200 ans, a occasionné l' »année sans été » de 1816; autre candidat: la Yellowstone caldera], serait-il aberrant, donc, de penser que des cendres puisse naître, après 60 ou 70 millions d’années, une nouvelle espèce pensante qui ENFIN serait pacifique?

        …il est peut-être permis d’ encore rêver

      • Vous savez très bien que votre conjecture ne peut s’appliquer au delà de ce qui est proposé.

      • Les lapins anglais sont passés de l’herbe grasse et du climat océanique au désert australien en quelques mois. J’ai un doute pour vos 7°…

        • J’ai l’impression d’être mal compris… j’ai juste répondu à la question finale de Benoît. Et pour être « plus mieux » au lieu de son estimation « coin de table » du modèle sous-jacent (et forcément faux) de nos prophètes de peur, j’ai procédé à une estimation plus précise (ce qui ne veut rien dire, vue la taille de l’échantillon) avec MatLab et un algorithme de Levenberg-Marquardt. Mais, je ne crois pas une seconde aux peurs technophobes et anti-capitalistes primaires de nos « biodiversifieurs ».

          Sinon, la température augmenterait de 50° qu’il y aurait encore beaucoup de formes de vie. Peut-être un goulot d’étranglement prendrait place juste après cette hausse, si elle est très rapide, mais qu’importe.
          La vie est présente sur les dorsales océaniques, près de sources chaudes soufrées… Donc avec une pression de quelques centaines d’atmosphères, des températures de plus de 100°c, pratiquement aucune lumière et de l’eau à forte teneur en soufre… la vie existe.

          L’homme survivrait aussi. Avec la technologie d’abord et s’adapterait ensuite assez vite.

        • Par ailleurs si je devais mettre un billet sur les températures dans 100 ans, vues les séries disponibles, (brutes parfois, retraitées à la hache le plus souvent) je mettrais un billet sur des valeurs inférieures de 1 à 2°c à ce qu’on a aujourd’hui. Et sur une biodiversité en légère baisse du fait de ce refroidissement.

          Historiquement (enfin, en l’occurrence ce serait plutôt paléontologiquement parlant) la vie (végétale et animale) a toujours été plus dense et plus active dans les périodes chaudes. Qui ont par ailleurs été bien plus chaudes qu’aujourd’hui. Avec des taux de CO2 dans l’atmosphère bien plus élevés aussi (on a de la marge… beaucoup de marge).

    • Science et vie… quelle rigolade! J’ai definitivement arrete de lire ce magazine le jour ou ils ont sorti un article sur la cryptographie a cle publique. Ils disaient qu’il fallait publier sa cle publique (ok jusque la) et envoyer sa cle privee de maniere discrete a son correspondant pour qu’il dechiffre les messages… bref, si c’etait vrai, ca retirerait tout interet pour cette methode.

    • @Frantz : Il y a mieux que les exponentielles : ce sont les « seuils », des sortes de portes de l’enfer qui passés dévoilent un monde d’apocalypse. Le meilleur exemple est le pic oil. Au-delà du pic, on tombe….

      • Ils font la même sur le réchauffement : « si on augmente encore de x°, alors ça sera irrécupérable et on n’y pourra plus rien… « . « Il est peut-être déjà trop tard ». « Repentez vous, payez, et peut-être, peut-être, si Gaïa est de bonne humeur, alors vous pourrez survivre… pas trop longtemps, quand même ».

  • A partir de quelle hausse de température les écologistes commenceront à disparaitre ?

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