Mais au fait, libéral, tu votes pour qui ?

Little Red Riding Hood & The Wolf, credits Helena perez garcia via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0))

« Mais finalement, à force de critiquer la gauche et la droite, tu votes pour qui ? »

Par le Parisien libéral.

vote politique élections (credits helena perez garcia) licence creative commons
vote politique élections (credits helena perez garcia) licence creative commons

 

Une question récurrente qui revient, quand on interroge un libéral, c’est « mais finalement, à force de critiquer la gauche (Parti Socialiste) et la droite (Les Républicains), tu votes pour qui ? »

Bonne question ! À commencer par le cas de l’élection reine en France, la présidentielle. Et attention à la réponse ! Si tu as le malheur de répondre « ni le PS, ni les Républicains » (ce que, dans ton esprit, veut dire ni pour les sociaux-démocrates de gauche, ni pour les sociaux-démocrates de droite), gare aux réactions qui sont invariablement du type : « mais tu es Front National ! »

Répondre à la question « tu votes pour qui ? » c’est se poser la question de l’existence de politiciens, dans le paysage politique français, pour qui la politique, c’est, par exemple, de « permettre à des couples gays de pouvoir défendre les plans de marijuana qu’ils cultiveraient sur leur propriété, avec leurs propres armes à feu », ou, autrement dit, défendre toutes les libertés qui ne nuisent pas à autrui. Évidemment, depuis que Madelin a quitté la politique, ils se font rares, même si le Parti Libéral Démocrate a pris le relais.

Les libéraux français qui, dans l’absolu, ne veulent pas prendre le pouvoir mais le rendre (comme le rappellent les libertariens), sont pour la majorité d’accord avec le constat de Ghislaine Ottenheimer qui note que notre pays souffre spécifiquement d’un problème : le fonctionnement de nos institutions et le fait qu’un seul homme, le président de la République, monarque républicain, décide de tout sans pourtant parvenir à mener à bien les réformes nécessaires – et ce quels que soient sa couleur politique, son profil ou sa volonté.

Ensuite, les libéraux français regrettent également cette stupide et artificielle bipolarisation de la vie publique, conséquence directe de ce focus sur la présidentielle. Cette bipolarisation entraîne un certain nombre d’incongruités, telles que le regroupement à gauche comme à droite de personnalités pourtant absolument incompatibles entre elles, idéologiquement parlant. En effet, quel lien y a-t-il entre Guaino et Raffarin, Peltier et Le Maire, Morano et La Raudière, Emmanuelli et Macron, Lienemann et Blisko ou Jego et Bourlanges ? Les partis politiques ne brillent pas par leur cohérence !

Comment faire de la politique tout en se situant dans le champ post-politique et avec la petite dose d’idéalisme que suppose le rejet de l’artificielle bipolarisation de la vie politique ? Voilà le paradoxe du vote libéral : identifier les politiciens qui accepteront qu’il y ait aussi peu d’État que possible, et autant que nécessaire. Étant donné la propension des hommes (et femmes) politiques à s’accaparer toujours plus de pouvoir, pas facile d’avoir confiance !

Si déjà les partis politiques, PS et Républicains, parlaient de responsabilité, la leur et celles de leurs membres qui, globalement, ont tous cogéré la France depuis les années 80, sans oublier la responsabilité des Français qui n’hésitent pas à valider les politiques catastrophiques que les politiciens mènent, peut-être que cela irait mieux. Car, oui, tout n’est pas entièrement de la faute des élus. Malgré tous les défauts de notre pays, nous sommes en démocratie, et le choix des élus est libre, même s’il est contraint par les règles de la vie politique.

Comment est-il possible que les Français votent pour des repris de justice, des pourris, des incompétents, mais aussi pour des gens qui, par leurs actions, mettent sciemment le pays et ses finances publiques en danger ? Que les sociaux-démocrates de gauche ou de droite votent, année après année, des budgets en déficit (et donc une dette en hausse), soit, mais comment se fait-il qu’ils soient reconduits ?

Est-ce une déviance du suffrage universel, qui fait que les bénéficiaires des politiques publiques ne sont pas les payeurs, ou une illustration du court-termisme de la politique dans son ensemble ?

Par défaut, un libéral sera donc amené à voter blanc, surtout à un deuxième tour de présidentielle qui oppose un social-démocrate de gauche à un social-démocrate de droite – Hollande/Sarkozy. Il n’y a aucune différence de fond entre les deux hommes, qui se veulent providentiels, ni avant l’élection, ni après. Sarkozy avait gommé ses mesures intéressantes avant 2012, telles que la loi TEPA, quand il ne renie pas ses quelques mesures libérales (l’auto-entrepreneur), inspiré qu’il est, hier comme aujourd’hui, par l’idée que décidément, c’est à l’État de s’occuper de tout. Hollande, n’en parlons pas. Lui au moins assume son dirigisme. Et les deux hommes ont les mêmes déficits, la même liberté prise avec les règles européennes (qu’ils ont pourtant tous les deux voté), etc.

Plus intéressantes, peut-être, sont les élections locales et européennes. Au niveau local, que ce soit la ville ou la région, d’une part, la proportionnelle est de mise, et, d’autre part, la démocratie locale et directe peut parfois jouer après l’élection. Quant au niveau européen, non seulement c’est le seul pertinent, mais il permet de retrouver une meilleure représentativité de tout le spectre des idées politiques, de l’extrême-gauche antilibérale à l’extrême-droite antilibérale, en passant par les sociaux-démocrates, les écologistes, les libéraux et les conservateurs.

Pour les prochaines élections, les régionales, les choses sont simples : le Parti Libéral Démocrate présente des listes. Si on pense que l’arrêt de la hausse de la fiscalité, l’amélioration de la qualité de service des RER, l’autonomie des établissements scolaires sont des priorités, c’est clairement pour Aurélien Véron qu’il faudra voter en décembre prochain.

Mais au-delà, en ce qui concerne les élections qui intéressent les sondages ? Dans un système comme le nôtre où les politiciens sont en même temps des hauts fonctionnaires la plupart du temps, jamais le reflux de l’État ne se fera, ni même une vraie fédéralisation européenne de la vie politique française. Tant que Bercy (la fine fleur des énarques) aura la capacité de taxer le contribuable, nous continuerons à subir ce cadre jacobin : les hauts fonctionnaires ne vont pas d’eux-mêmes scier la branche sur laquelle ils sont assis !

C’est pourquoi, plutôt que de s’abstenir, le jeu démocratique implique de tenter de constituer des majorités de bon sens, projet par projet (un peu ce que propose Jean-Christophe Fromantin, le député maire de Neuilly) et de permettre l’émergence d’une jeune classe politique, déterminée car indépendante. Ça prendra du temps ! Mais après tout, il a aussi fallu du temps pour que Margaret Thatcher arrive au pouvoir, que le Parti Conservateur devienne libéral et surtout que les britanniques acceptent et soutiennent des réformes !


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