Cameron : « le courage de réformer »

David Cameron (Crédits : UK Home Office, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Il ne faudrait pas négliger la dimension européenne de la victoire du britannique David Cameron.

Par Jacques Garello.

David Cameron (Crédits : UK Home Office, licence Creative Commons)
David Cameron (Crédits : UK Home Office, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Ce n’est pas moi qui l’ai dit, mais Bruno Le Roux, président du groupe parlementaire PS à l’Assemblée Nationale : « Cameron a gagné par courage de réformer ». J’approuve complètement cette analyse, même si elle procède de l’habileté électorale.

J’approuve cette analyse et je trouve que les commentaires ont été un peu courts en se focalisant sur la promesse de référendum sur l’Union Européenne. Certes, David Cameron et la plupart des citoyens du Royaume Uni, Écossais compris, n’aiment pas l’orientation actuelle de l’Union Européenne. Ayant lutté contre l’État-Providence à Londres, Cameron n’aime pas le voir reconstruire à Bruxelles. Il n’est d’ailleurs pas le seul en Europe : Polonais, Baltes, Scandinaves et Allemands de la CDU n’approuvent guère le plan Juncker, la gestion de l’euro, l’avalanche de textes et de normes issus d’une bureaucratie dirigiste et la démagogie coûteuse d’un Parlement irresponsable. Il serait donc tout à fait irréaliste de négliger la dimension européenne du succès électoral de David Cameron.

Mais il est tout aussi irréaliste de masquer la satisfaction des électeurs britanniques pour les réformes réalisées par le gouvernement conservateur depuis 2011. Dans une conférence (organisée par l’IREF) à l’Université de Rennes en décembre 2011, je mentionnais l’étude réalisée par l’économiste Alberto Alesina et son équipe de Harvard : sur près de 200 consultations électorales rapportées, les « réformateurs » ont été réélus dans 83 % des cas. Est-il nécessaire de préciser qu’il s’agit toujours de réformes dans le sens d’une rupture avec l’État-Providence, et non de la révolution tranquille de 1981 en France ?

C’est ce qui s’est passé entre autres avec Margaret Thatcher (réélue quatre fois), Ronald Reagan, et au Canada, en Australie, en Nouvelle Zélande, en Suède, en Pologne, etc..

Faut-il s’en étonner ?

En réformant, les gouvernants s’attirent le respect des citoyens. Il faut en effet du courage pour changer quelque chose en profondeur quand règne la « tyrannie du statu quo » (Friedman). Si la situation d’un pays est en si mauvais état, c’est qu’elle fait l’affaire d’un certain nombre de personnes et de corporations, qui ont su au fil des ans se voir reconnaître un grand nombre de privilèges et passe-droits. Tout changement significatif est un risque pour elles et elles font pression sur le pouvoir politique et manifestent à titre préventif. En France, 57 % du PIB en dépenses publiques signifie que la moitié des gens est suspendue aux basques de l’État. C’est ce que La Boétie appelait « la servitude consentie » : tous dans la main du pouvoir, tous derrière le grand frère.

Une autre raison du succès électoral des réformes est que les gouvernants obtiennent la confiance des gens qui les avaient précédemment élus. Quand les promesses électorales ne sont pas tenues, les déceptions et les votes protestataires se multiplient au fil des mois. Nicolas Sarkozy et ses ministres ont déçu, François Hollande déçoit. Finalement, chacun attend les erreurs de l’autre pour se placer pour les prochaines échéances. Cela ne constitue pas un programme électoral, et encore moins un projet de réforme.
C’est tout cela que David Cameron et son parti ont refusé de faire. Ils avaient un programme de gouvernement (Big Society) et ils s’y sont tenus : diminution des dépenses publiques, donc du nombre de fonctionnaires (450.000), par transfert massif des services publics vers des opérateurs privés. Ce programme est détaillé dans les colonnes de cette Lettre.

Évidemment, les réformes Cameron sont inspirées par un « ultralibéralisme » de bon aloi. Bruno Leroux serait-il un Tony Blair à la française ? Je crois plutôt qu’il a entendu « vendre » la loi Macron et toutes les mesurettes plus ou moins heureuses par lesquelles les socialistes s’efforcent maintenant d’attirer le chaland. À les entendre, ils auraient eu en trois ans le mérite d’éponger l’héritage de la droite (« ce n’était pas facile », dit François Hollande). Aujourd’hui, Manuel Valls engagerait le pays dans une voie nouvelle, celle de la « sociale-démocratie »ou du « socialisme libéral ». D’ici 2017, et juste à temps pour les présidentielles, c’est le sceau de la réforme qu’imprimera l’Élysée. Pour autant, on ne va pas renoncer à donner quelques gages à la gauche, notamment en poursuivant l’œuvre destructrice de la société française dans les écoles, dans les familles, ni à battre l’estrade sur l’environnement avec le sommet de Paris, ou sur les droits de l’homme. Donc, qu’on se rassure : on va réformer « à la française », sans aller aussi loin que le souhaiteraient les libéraux extrêmes comme le précise Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement : « du côté des libéraux, banquiers, financiers, cela ne va jamais assez loin ».

En conclusion, je ne crois pas que Valls soit Cameron, ni que les socialistes soient devenus les conservateurs. Je peux me tromper et en être heureux : après tout des réformes libérales ont été amorcées ou réalisées par des gouvernements de gauche (Canada, Australie, Suède). En revanche, je ne crois pas me tromper en pressant à nouveau l’opposition de se donner un programme de réforme sincère et cohérent, et à s’engager à faire ce qu’elle n’a jamais voulu ou réussi à faire depuis soixante-dix ans, par manque de courage, voire manque de lucidité…électorale.

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