Cameron : « le courage de réformer »

Il ne faudrait pas négliger la dimension européenne de la victoire du britannique David Cameron.

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David Cameron (Crédits : UK Home Office, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

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Cameron : « le courage de réformer »

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 4 juin 2015
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Par Jacques Garello.

David Cameron (Crédits : UK Home Office, licence Creative Commons)
David Cameron (Crédits : UK Home Office, licence CC-BY 2.0), via Flickr.

Ce n’est pas moi qui l’ai dit, mais Bruno Le Roux, président du groupe parlementaire PS à l’Assemblée Nationale : « Cameron a gagné par courage de réformer ». J’approuve complètement cette analyse, même si elle procède de l’habileté électorale.

J’approuve cette analyse et je trouve que les commentaires ont été un peu courts en se focalisant sur la promesse de référendum sur l’Union Européenne. Certes, David Cameron et la plupart des citoyens du Royaume Uni, Écossais compris, n’aiment pas l’orientation actuelle de l’Union Européenne. Ayant lutté contre l’État-Providence à Londres, Cameron n’aime pas le voir reconstruire à Bruxelles. Il n’est d’ailleurs pas le seul en Europe : Polonais, Baltes, Scandinaves et Allemands de la CDU n’approuvent guère le plan Juncker, la gestion de l’euro, l’avalanche de textes et de normes issus d’une bureaucratie dirigiste et la démagogie coûteuse d’un Parlement irresponsable. Il serait donc tout à fait irréaliste de négliger la dimension européenne du succès électoral de David Cameron.

Mais il est tout aussi irréaliste de masquer la satisfaction des électeurs britanniques pour les réformes réalisées par le gouvernement conservateur depuis 2011. Dans une conférence (organisée par l’IREF) à l’Université de Rennes en décembre 2011, je mentionnais l’étude réalisée par l’économiste Alberto Alesina et son équipe de Harvard : sur près de 200 consultations électorales rapportées, les « réformateurs » ont été réélus dans 83 % des cas. Est-il nécessaire de préciser qu’il s’agit toujours de réformes dans le sens d’une rupture avec l’État-Providence, et non de la révolution tranquille de 1981 en France ?

C’est ce qui s’est passé entre autres avec Margaret Thatcher (réélue quatre fois), Ronald Reagan, et au Canada, en Australie, en Nouvelle Zélande, en Suède, en Pologne, etc..

Faut-il s’en étonner ?

En réformant, les gouvernants s’attirent le respect des citoyens. Il faut en effet du courage pour changer quelque chose en profondeur quand règne la « tyrannie du statu quo » (Friedman). Si la situation d’un pays est en si mauvais état, c’est qu’elle fait l’affaire d’un certain nombre de personnes et de corporations, qui ont su au fil des ans se voir reconnaître un grand nombre de privilèges et passe-droits. Tout changement significatif est un risque pour elles et elles font pression sur le pouvoir politique et manifestent à titre préventif. En France, 57 % du PIB en dépenses publiques signifie que la moitié des gens est suspendue aux basques de l’État. C’est ce que La Boétie appelait « la servitude consentie » : tous dans la main du pouvoir, tous derrière le grand frère.

Une autre raison du succès électoral des réformes est que les gouvernants obtiennent la confiance des gens qui les avaient précédemment élus. Quand les promesses électorales ne sont pas tenues, les déceptions et les votes protestataires se multiplient au fil des mois. Nicolas Sarkozy et ses ministres ont déçu, François Hollande déçoit. Finalement, chacun attend les erreurs de l’autre pour se placer pour les prochaines échéances. Cela ne constitue pas un programme électoral, et encore moins un projet de réforme.
C’est tout cela que David Cameron et son parti ont refusé de faire. Ils avaient un programme de gouvernement (Big Society) et ils s’y sont tenus : diminution des dépenses publiques, donc du nombre de fonctionnaires (450.000), par transfert massif des services publics vers des opérateurs privés. Ce programme est détaillé dans les colonnes de cette Lettre.

Évidemment, les réformes Cameron sont inspirées par un « ultralibéralisme » de bon aloi. Bruno Leroux serait-il un Tony Blair à la française ? Je crois plutôt qu’il a entendu « vendre » la loi Macron et toutes les mesurettes plus ou moins heureuses par lesquelles les socialistes s’efforcent maintenant d’attirer le chaland. À les entendre, ils auraient eu en trois ans le mérite d’éponger l’héritage de la droite (« ce n’était pas facile », dit François Hollande). Aujourd’hui, Manuel Valls engagerait le pays dans une voie nouvelle, celle de la « sociale-démocratie »ou du « socialisme libéral ». D’ici 2017, et juste à temps pour les présidentielles, c’est le sceau de la réforme qu’imprimera l’Élysée. Pour autant, on ne va pas renoncer à donner quelques gages à la gauche, notamment en poursuivant l’œuvre destructrice de la société française dans les écoles, dans les familles, ni à battre l’estrade sur l’environnement avec le sommet de Paris, ou sur les droits de l’homme. Donc, qu’on se rassure : on va réformer « à la française », sans aller aussi loin que le souhaiteraient les libéraux extrêmes comme le précise Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement : « du côté des libéraux, banquiers, financiers, cela ne va jamais assez loin ».

En conclusion, je ne crois pas que Valls soit Cameron, ni que les socialistes soient devenus les conservateurs. Je peux me tromper et en être heureux : après tout des réformes libérales ont été amorcées ou réalisées par des gouvernements de gauche (Canada, Australie, Suède). En revanche, je ne crois pas me tromper en pressant à nouveau l’opposition de se donner un programme de réforme sincère et cohérent, et à s’engager à faire ce qu’elle n’a jamais voulu ou réussi à faire depuis soixante-dix ans, par manque de courage, voire manque de lucidité…électorale.

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  • « Je peux me tromper et en être heureux » Les faits montrent que vous avez raison. Le soi disant changement du gouvernement n’est que de la pur cosmétique. Il y a des paroles mais aucun acte. Aucun réforme sérieuse a été entrepris en France, il n’y a que quelques réformettes. Bcp de politiciens (y compris de gauche) ont parfaitement compris la situation, ils savent que la France va dans le mur (ils ne le diront jamais en public mais en privé, ils n’hésitent pas à le dire). Pourtant, ils ne font rien et ce pour des raisons purement électorales. Ils ont trop peur de perdre leurs places. Ils préfèrent sacrifier la France plutôt que risquer leurs places.
    Aujourd’hui, il n’a pas de baisses de dépenses publiques mais de baisse de la croissance des dépenses publiques. La seule austérité qui existe en France c’est la hausse des impôts et des taxes.

  • en France on parle toujours de réformes mais sans en faire vraiment: c’est de la cosmétologie.
    Les crèmes empilées les unes sur les autres n’arrivent plus à masquer les rides et en plus ça poisse !…

  • A peine les chiffres catastrophiques du chômage annoncés (et ils sont faux, doivent être multiplié par 6),
    une stat?.INSEE sort (comme chaque mois) que le mois prochain c’est sûr c’est l’inversion de chômage ; sûr avec les 5 000 licenciements de AREVA en France et toutes les autres entreprises qui ferment…. 5 000Emplois perdus à AREVA ce sont 20 000 emplois induits qui disparaissent.
    Mais à l’INSEE on a des ordres et on LISSE les chiffres.
    Sortir de l’Europe, (nos medias : il ne pourra le faire car les Ecossais sont Pro-européens..) Malchance, ils sont avec Cameron pour le referendum et sortir de l’Europe)

  • « diminution des dépenses publiques, donc du nombre de fonctionnaires (450.000), par transfert massif des services publics vers des opérateurs privés. »
    Vous pensez vraiment que c’est une solution ?
    Les opérateurs privés, quand ils ont un marché font tout pour le faire continuer aussi longtemps que possible, pour gagner le plus possible.
    A mon avis, il vaut mieux rendre plus performant le public, en l’informatisant entre autre, en faisant appel ponctuellement au privé pour le faire, par exemple.

    • « Les opérateurs privés, quand ils ont un marché font tout pour le faire continuer aussi longtemps que possible, pour gagner le plus possible. »
      Parce que vous croyez que le « public » marche différemment ? vous connaissez des administrations qui se félicite de disparaitre parce qu’elles ont atteint leurs objectif et que donc leur raison d’être à disparu ? vous avez déjà entendu des ministres réclamer des budgets en baisse, vu que les problèmes qui justifient ces budgets sont en voie de solution (grâce à eux…) ? des fonctionnaires qui reconnaissent que d’autres opérateurs (même publics !) fonctionnent mieux, et qui en conséquence préconise le transfert de leur mission et de leur moyens vers ces autres opérateurs, et demandent leur mutations vers d’autres services où ils seront plus utiles ? des écoles publics qui décident de fermer parce que décidément elles n’y arrivent pas ? Des trésoreries qui se compare à leur voisine et cherchent à être plus performantes ?
      Grand naïf.
      Le mot « public » est un mensonge. C’est le domaine le plus privé qui soit, protégé par l’interdiction de toute concurrence. le « public » conchie la performance, la méprise, la punit, même. Par exemple, si une école fait réussir ses élèves à peu de frais, et une autre a des difficultés tout en coutant cher, va-t-il développer la première (au risque de faire disparaitre la seconde, ce qui serait un bien) ? non, il va interdire à la première de se développer pour protéger la seconde, à laquelle il va offrir encore plus de moyens dans l’espoir que ça résolve les problèmes. Dans le public, on écoute les gueulards et on fait la carpette devant le ministre et ses desiderata électoralistes.
      Dans le public, il y a les choses pénibles qu’il faut faire parce que c’est obligatoire (et qui justifient les moyens alloués), et les choses rigolotes qu’on fait parce que c’est fun (et qui ne justifie pas le moindre budget). Dans le public, on fait tout de suite le rigolo, et quand il n’y plus de sous on pleure parce que le necessaire n’est pas fait. Dans le public, on fait « tourner les camions » pour cramer le carburant, sans quoi on en aura moins l’année prochaine, parce que les budget sont ainsi fait sur la base de la consommation de l’année précédente. Donc plus vous gaspillez, plus vous pourrez demander.

      Et on fait comme ça parce qu’il n’y a pas de ligne « valeur ajoutée » ni « bénéfice ».
      Même quand il pourrait y en avoir une, on la fait disparaitre. Faire des appel d’offres ? quelle horreur, on ne pourrait plus choisir d’aider les copains ni en attendre un retour d’ascenseur… Et on risquerait de mécontenter le fonctionnaire-électeur.

      • « Dans le public, on fait tout de suite le rigolo, et quand il n’y plus de sous on pleure parce que le necessaire n’est pas fait. »

        Oui, c’est pareil dans la banque. On fait tourner en neige les produits dérivés, et après la crise, on se plaint que l’économie n’est pas financée.

  • Les commentaires sont fermés.

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