La SNCF à la remorque des Japonais

sncf (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Peut-on réformer les chemins de fer ? Si on en croit les Européens, non. Seulement, les Japonais l’ont fait, et avec un succès à ce jour inégalé !

Par Jean-Baptiste Léon.

sncf (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)« Il y a deux sortes de fous : ceux qui se prennent pour Napoléon et ceux qui croient pouvoir réformer les chemins de fer » avait coutume de dire Giulio Andreotti, l’homme politique italien, sept fois président du Conseil.

Les Japonais ont fait mentir l’adage en 1987. Avant cette date, la compagnie nationale des chemins de fer japonais, la JNR, était la sœur siamoise de la SNCF : retards chroniques, syndicats hostiles à toute réforme et fomenteurs de grèves à répétition, effectifs pléthoriques, avantages sociaux exorbitants… le tout financé à perte par des subventions publiques et une dette carabinée. En avril 1987, la compagnie nationale est divisée en six compagnies de voyageurs et une de fret, qui seront progressivement privatisées. L’initiateur de la réforme, le Premier ministre de l’époque, Yasuhiro Nakasone, dut faire face à de considérables résistances : des grèves violentes furent déclenchées, des gares incendiées, des câbles de signalisation coupés. Mais fort du soutien de l’opinion publique, l’exécutif sut tenir bon.

Près de 30 ans plus tard, le résultat est sans appel : le réseau ferroviaire japonais est devenu le plus performant du monde. Le Shinkansen, le TGV nippon qui circule sur des lignes dédiées, se signale par une ponctualité quasi infaillible dans une contrée qui essuie pourtant des typhons chaque été et où la terre tremble toutes les semaines. Son personnel est serviable, la propreté de ses rames est irréprochable, même au plus fort des pics d’affluence. Heureux clients des trains du pays du Soleil-Levant qui arrivent au bureau à l’heure et qui n’ont pas vu un piquet de grève depuis des décennies…

Succès au quotidien pour le rail japonais mais aussi victoire de prestige : le 21 avril dernier, à Yamanashi, près du mont Fuji, le SCMaglev, un prototype « à sustentation électromagnétique » (le train lévite à quelques centimètres au-dessus du rail grâce à des électro-aimants) a battu le record de vitesse ferroviaire en atteignant 603 km/h. La compagnie Central JR construit actuellement une nouvelle ligne dédiée à ce nouveau Shinkansen qui doit entrer en exploitation en 2027 entre Tokyo et Nagoya.

Et en France, me direz-vous ? Eh bien, la SNCF a lancé en 2013 son projet d’entreprise « Excellence 2020 », qui entend faire de la compagnie française « la référence mondiale du transport durable » par « l’excellence du service rendu » d’ici cinq ans. Afin de nourrir leur réflexion, d’éminents représentants de la SNCF et du gestionnaire d’infrastructure Réseau Ferré de France (RFF, aujourd’hui SNCF Réseau) se sont rendus l’année dernière au Japon pour « chercher des idées ». En espérant qu’ils les trouvent… car à en juger par la qualité du modèle japonais, il reste en France un long chemin à parcourir…

  • «SNCF, ça déraille !», Les Enquêtes du contribuable de juin/juillet 2015– 5,50€. En kiosque le lundi 1er juin. Vous pouvez commander en ligne ce numéro. Également sur abonnement.


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