Le Monde Diplomatique et le German Bashing

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Le Monde Diplomatique et le German Bashing

Publié le 2 juin 2015
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Par Emmanuel Bourgerie.

imgscan contrepoints 646 AllemagneLe Monde Diplomatique est une fois encore pris la main dans le pot de confiture de « German Bashing ». Je sais qu’il m’arrive parfois d’être partial, et de faire preuve de double standard quand il s’agit de traitement de données statistiques, mais j’ai au moins le mérite d’en avoir conscience et d’essayer de corriger ce (mauvais) trait de caractère. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la gauche française n’a pas vraiment ce scrupule, et vous taxera de French Bashing à chaque fois que vous pointerez du doigt un dysfonctionnement du système français. Par contre, vous pouvez être certain qu’ils ne laisseront jamais passer le moindre détail statistique concernant le Royaume-Uni ou l’Allemagne qu’ils ne pourraient exploiter pour montrer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes français.

Monde Diplo German BashingCette semaine, c’est pour ce fameux graphique que Le Monde Diplomatique mérite d’être épinglé :

Paul Krugman lui-même n’aurait pas pu faire mieux en termes de manipulation de chiffres. Si l’on inclut quelques années de plus dans le graphique, on se rend compte qu’il est bien difficile d’établir une quelconque corrélation. Il apparait évident que l’explosion de pauvreté de 2007 est à attribuer à la crise, plus qu’à la mise en place d’un fameux « modèle allemand ».

Modèle allemand qui, par ailleurs, n’a pas commencé en 2007, comme le laisse suggérer ce graphique, mais sous les années Schröder. Le taux de chômage était déjà en baisse constante depuis 2005.

Ensuite, le choix de l’indicateur est douteux. Le taux de pauvreté monétaire ne permet d’observer la pauvreté que par le petit trou de la lorgnette, et ne permet en aucun cas de dresser un portrait objectif de la situation. Sa définition est en effet biaisée dès le départ, considérant que la pauvreté se limite à gagner moins de 60% du salaire médian. Certes, c’est un bon indicateur des inégalités salariales, mais ne veut absolument rien dire quant aux conditions de vies réelles des personnes concernées.

Ce seuil de pauvreté est de 11 700€ par an en Allemagne, pour 12 600€ en France. Le « léger » détail qui n’est pas pris en compte ici, est qu’avec une telle somme un allemand peut vivre à Berlin, louer un appartement et se nourrir correctement. En revanche, difficile de faire de même à Paris, même avec pratiquement 1 000€ supplémentaires.

C’est pour cela qu’Eurostat fournit un indicateur plus fiable, le taux de personnes à risque de pauvreté et d’exclusion sociale, combinant notamment le taux de pauvreté précédemment mentionné, la privation matérielle, et l’exclusion du marché du travail. J’entends bien qu’il est impossible de fournir une mesure objective de la pauvreté, mais il me semble tout à fait raisonnable de penser que cet indicateur permet de mieux l’appréhender de façon statistique que la simple comparaison au salaire médian.

Et si l’on prend cette statistique, il n’y a pratiquement plus aucune corrélation à tracer. Le taux de risque de pauvreté et d’exclusion sociale est resté globalement identique depuis le début de la crise (idem pour la France, par ailleurs).

Monde Diplo corrigé

S’il y a une chose que Le Monde Diplomatique pourrait déduire de ce graphique, c’est par exemple la montée du travail à temps partiel (qui est, lui, objectivement plus élevé qu’en France) ou des fameux « mini-jobs », mais là encore nous retombons sur des poncifs très courants à gauche.

Fermer les yeux sur les conséquences sociales du chômage pour les foyers concernés est une grave erreur. Le chômage est largement corrélé à de nombreux indicateurs peu glorieux : plus forts taux de criminalité, déterminisme social (les enfants de chômeurs sont bien plus exposés au chômage eux-mêmes que leurs homologues), problèmes mentaux, etc.

Et c’est aussi partir d’un postulat faux. Certains s’imaginent peut-être qu’il y a des dizaines de milliers de CDI bien payés disponibles pour qui le veut, mais que ces imbéciles de travailleurs préfèrent leur temps partiel sous-payé. Dans ce cas, oui, il serait logique de vouloir contraindre le marché de l’emploi pour pousser les travailleurs vers ces CDI magiques. Mais, s’ils n’existent pas (ce serait surprenant, n’est-ce pas ?), ces contraintes ne feront que les pousser vers le chômage.

Et s’il y aura une chose que le « modèle allemand » n’imposera pas à sa jeune génération, c’est l’effet « cicatrice » qui guette la jeunesse française. Une insertion professionnelle difficile (comprendre : nécessiter plusieurs années pour trouver son premier emploi stable) est un énorme boulet au pied qui pèsera sur les évolutions de carrières et de salaires.

Au cas où le message ne serait pas encore passé, permettez-moi de répéter une fois de plus : un mauvais travail vaut mieux que pas de travail.

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  • L’Angleterre et l’Allemagne, c’est pourri, ils ont des travailleurs pauvres.
    La France, c’est top, on a des chômeurs pauvres.
    Entre les deux, le choix est vite fait.

  • Bel article merci !

  • Comparer le niveau de vie de Berlin et Paris est réducteur. Paris n’est pas la France, et l’immense majorité des français ne vivent pas à Paris, ni même en région parisienne. C’est un travers réducteur (ou égocentrique) que l’on retrouve, malheureusement dans de nombreux articles. Ce qui n’empêche pas que l’analyse est par ailleurs intéressante.

    • C’est vrai que Berlin, par contre, c’est l’Allemagne ….

    • Hé oui… vive le jacobinisme ultra-centralisé. L’Allemagne a travers son histoire s’est développée de façon moins concentrique.
      Cela dit, peu importe sa position idéologiques, certaines analyse du diplo sont efficaces. Mais j’admets volontier qu’il faut être armé d’un recul solide pour faire abstraction de leur politisation de gauche trop étriquée (cela dit, Contrepoints aussi se pare d’un certain prisme idéologique en fonction du sujet et du rédacteur ).

    • Heu, l’immense majorité c’est vite dit.
      10 milions d’habitants en ile de France, 55 en « province », ça fait une majorité, mais pas une immense majorité.

      Et le cout de la vie à Lyon ou Grenoble ou Rennes ou Lille sont de toutes façon eux aussi plus élevés. Pour une raison essentielle, on « protège » par la loi les locataires pauvres et on contrôle les loyers. Ce service « gratuit » étant déplacé sur le dos des propriétaires, ils tentent de compenser par des loyers à l’entrée plus hauts, des exigences plus importantes sur les salaires etc. Si on rajoute les limites à la construction « pour préserver le cadre de vie », on a une part des revenus consacrés à l’immobilier nettement plus élevé en France qu’en Allemagne. Même dans les villes de « province ».

    • Phil aus Berlin
      3 juin 2015 at 13 h 59 min

      C’est vrai que Münich, Stuttgart ou Düsseldorf sont infiniment plus riches que Berlin, moins sexy (et encore) mais beaucoup plus riches.

  • Le monde diplo est un torchon d’extrême gauche, antilibéral, antiaméricain et anti israélien. Je crois que je préère encore l’humanité au monde diplo. J’ai arrêté de lire le monde diplo le jour où j’ai lu un article regrettant le temps du communisme en Hongrie.

  • Résistant Valaisan
    2 juin 2015 at 10 h 18 min

    « un mauvais travail vaut mieux que pas de travail. »

    Un « mauvais » travail ???

    Il n’ y a pas de mauvais travail.

    Il y a le travail que quelqu’ un accepte, aux conditions de marché du moment. Si on n’ est pas content, on change de job. Ou alors on se forme.

    • « il n’y a pas de sots métiers, il n’y a que de sottes gens »

      les proverbes sont toujours issus du bon sens….

    • Je pense que ce qu’il a voulu dire est « un travail que l’on n’apprécie pas ».

      • Personne n’apprécie un travail « en vrai tout le temps ».
        Même dans les métiers « vocationnels » (chercheur, médecin, prêtre, pilote de course, footballeur… ) il y a l’amour de ce qu’on fait « en général » et le « j’préférerai rien faire ou faire ci ou ça… d’autre ». Si ces métiers étaient réellement des choses appréciées en elles mêmes, les salaires seraient proches de zero. OK, ceux des prêtres et des chercheurs sont pas terribles terribles… mais largement au dessus de ce niveau.

        C’est des mythes comme ça sur le travail qui boostent le chômage « préfère être au chômage -payé par les contributions des autres, ceux qui acceptent les désagrément d’un emploi- que d’avoir à me lever tôt le matin, obéir à un chef, me plier aux exigences des clients, sourire à cet idiot insupportable qui finira bien par signer, j’espère, un gros contrat… etc. ». Mais tout le monde doit en passer par là. Sinon on ne serait pas payés pour le faire.
        Ce qui est paradoxal c’est que dans le même temps, le même discours dominant pour qui le travail c’est l’oppression, le mal etc. sauf cas exceptionnels (qui en fait n’existent pas) raconte qu’il faut absolument que les femmes travaillent (et pas au foyer avec leurs enfants) pour leur « émancipation ». A se demander si les féministes ne cherche pas juste à faire morfler les (autres) femmes… par jalousie peut-être ?

  • L’immuable trajectoire du socialisme:

    1-imposer sa doctrine par tous les moyens possible – *fait*
    2-Mentir quand le situation tourne au vinaigre <- *vous êtes ici*
    3-Repression, fermeture.

  • Faute de s’améliorer, il faut bien critiquer les autres!

  • Il y a le chômage catallaxique et il y a les chômages « interventionnistes » (générés par l’intervention de l’État qui perturbe un ou des marchés).

    D’une façon générale le chômage catallaxique sera probablement plus élevé en France (peuple de glandeurs râleurs prompt à penser que « c’est la faute du patron ») qu’en Allemagne, mais ça ne doit pas être très important.

    Clairement l’un des premiers éléments du chômage interventionniste c’est le salaire minimum qui empêche une certaine quantité de travail d’être offert et surtout demandé et ne permet pas l’existence de contrats qui auraient lieu sinon. Comme en France on colle un bonne couche d’aides sociales là dessus, les gens qui auraient trouvé du travail peu rémunéré (relativement aux autre salaires versés dans l’économie… donc la pauvreté relative est pertinente) ne travaillent pas mais palpent des aides en quantité, financées par ceux qui travaillent. Cela baisse le revenu médian après transferts sociaux rendant la pauvreté relative légèrement moins rare et gonfle le taux de chômage.
    Au contraire, quand on laisse le marché s’équilibrer de lui même il ne reste (asymptotiquement) que du chômage catallaxique (volontaire) mais il se peut qu’un nombre certain de travailleurs peu productifs (au moins à l’instant t où l’on observe la situation) gagnent assez peu d’argent (mais par contre engrangent de l’expérience qui leur permettra probablement de gagner nettement plus dans le futur), alors que le chômage étant plus faible les prélèvements sociaux sur les salaires plus élevés deviennent plus faible : la pauvreté relative augmente (temporairement, au moins). Cela dit, dans le même temps la richesse générale augmente sensiblement (les barres bleues au fond du graphique) alors qu’elle stagne au mieux dans le cas Français

    Au final le graphique et interprétation qu’en donne le Monde Diplodocus est sans doute une illustration du biais court-termiste de la gauche française et de la préférence claire mais dissimulée que le système français a pour le chômage par rapport à l’inégalité. « Tous pauvres également » est une chose qui leur paraît préférable à tous « riches variablement ». Et c’est compréhensible : ils sont socialistes et pour eux peu importe l’individu, c’est au niveau social qu’ils jugent. Et la différence, la divergence, le risque, l’excellence ou autre offensent leur sens du « tous bien rangés dans les bonnes cases ».

  • contrexemple à l’affirmation « un mauvais travail vaut mieux que pas de travail » :
    Le diplodocus a fait un mauvais travail, si il n’avait pas du tout « travailler » ça aurait été bien mieux 🙂

  • S’il est si abominable d’être un travailleur pauvre en Allemagne, on se demande pourquoi des hordes de travailleurs pauvres ne déferlent pas sur le pays.

    Le truc qui me fait marrer, c’est de dire que les temps partiels sont imposés. Parce que les temps complets à 35 heures ne le sont pas ?

  • Du grand n’importe quoi cet article ! Que le choix du diplo de mettre en avant le taux de pauvreté soit discutable, c’est possible. Mais oser prétendre que la crise de 2007 est responsable de l’explosion du taux de pauvreté en Allemagne entre 2005 et 2007 c’est vraiment l’hôpital qui se fou de la charité… Les conséquences de la crise qui débute au US fin 2007 se ressentent sur l’économie européenne en 2008-2009 comme le montre le sursaut de chômage à ces dates. Une vraie analyse de guignol M. Bourgerie !

    • Pas du tout.
      J’y verrai une autre explication : plus le PIB augmente, plus le taux de pauvreté augmente.
      Serait-ce du à la progression de l’étatisme, certes moins qu’en France mais en augmentation ?

  • le « taux de pauvreté » est une des plus « belles » escroqueries intellectuelles de l’économie. Il est défini généralement (car ça change selon les pays!) comme étant égal à 50% du salaire médian. Et a donc tendance à mesurer les inégalités.
    Dans un pays composé de 80% de milliardaires en euros et de 20% de millionnaires en euros, le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté serait élevé! Ou encore: augmentez le revenu des plus pauvres de 10% et augmentez les revenus des plus riches de 20% et le nombre de gens vivant sous le seuil de pauvreté… augmente! Alors que le sort des plus pauvres s’est amélioré. les études sur la pauvreté, non pas en valeur relative telle que donnée par les stats officielles mais en valeur absolue, en terme de disponibilité de l’eau potable, de quantité de calories/jour, de micro-onde, télé, conso d’électricité (quand électricité il y en a), soins médicaux, scolarisation des enfants…sont beaucoup plus intéressantes. Comme on peut facilement s’y attendre, un « pauvre » américain est bien plus riche en valeur absolu qu’un riche du tiers-monde.

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