Faut-il s’attendre à une sortie du Royaume-Uni de l’Europe ?

David Cameron - Credits : Number 10 via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Avec la victoire de David Cameron, le référendum sur l’Europe aura lieu au Royaume-Uni. Qu’en penser ? La députée européenne Sylvie Goulard livre son analyse.

Par Sylvie Goulard.

Un article de Trop Libre.

David Cameron - Credits : Number 10 via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)
David Cameron – Credits : Number 10 via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Au Royaume-Uni, les élections du 7 mai ont donné la majorité absolue aux conservateurs. Au vu des sondages qui prédisaient un pays ingouvernable, c’est une surprise. L’hypothèse d’un referendum sur la participation du pays à l’Union européenne devient une quasi certitude. Il n’y a pas de raison de s’affoler, ni de crier « bon débarras ». Cette discussion nous offre au contraire une chance de sortir l’UE de l’ornière où des années de crise violente, d’hésitations et de bricolages intergouvernementaux l’ont plongée.

La crainte des mois précédents était de voir le UKIP, favorable à une sortie du Royaume-Uni de l’UE, rafler un grand nombre de sièges. Il n’a finalement gagné qu’un siège, même s’il progresse largement en voix. En janvier 2013, le Premier ministre David Cameron a proposé de renégocier les modalités de la participation du Royaume-Uni à l’UE, pas de la quitter. Il est vrai que nombre de conservateurs sont plus radicaux que le Premier ministre ou le ministre des finances Osborne qui aura la charge des négociations. Ils veulent purement et simplement quitter « l’Europe », mêlant leur vindicte anti-Bruxelles à un rejet du Conseil de l’Europe, jadis porté par… Churchill. Avec une majorité si courte, David Cameron n’aura pas forcément les mains libres pour mener les négociations avec ses partenaires européens. Le danger de surenchère des extrêmes n’est pas négligeable.

Malgré ces risques, nous devrions cesser d’être sur la défensive.

Le Royaume-Uni est lié à l’UE par des traités. Une négociation va s’engager. Nous ne sommes pas à la merci d’une décision unilatérale des Britanniques même si le risque de «chantage à la sortie » existe assurément. En définitive, c’est l’unité des autres membres de l’UE, et notamment des pays de la zone euro, c’est la fermeté de leur engagement européen qui feront la différence. Depuis 2005, la question européenne a été mise « au frigo » par les partis français. Il va falloir qu’ils sortent de leur déni.

Les pro Européens pourront trouver au Royaume-Uni des relais et des soutiens : les milieux économiques et financiers britanniques (CBI, City.) sont très majoritairement favorables au maintien du Royaume dans l’Union. Ce pays a longtemps été le fer de lance du marché intérieur et d’un commerce international ouvert. Son maintien dans l’UE est dans l’intérêt des Britanniques comme il est dans notre intérêt. Les Allemands sont particulièrement actifs sur ce front.

À la fois pour des raisons économiques, particulièrement importantes aux yeux des autorités allemandes, mais aussi pour des raisons géopolitiques et diplomatiques, nous devrions prendre clairement position en faveur du maintien du Royaume-Uni dans l’UE. Dans bien des pays du monde, l’UE amputée du Royaume-Uni n’aurait pas le même poids. Ceux qui se réjouissent un peu vite de se « débarrasser des Anglais », devraient voir plus loin. L’échec de la construction européenne serait, dans le monde entier, notre échec. Français et Allemands s’en sont trop souvent proclamés les moteurs pour minimiser leur responsabilité.

Des partenaires importants des Britanniques, notamment les États-Unis, plaideront dans le même sens. L’intérêt géostratégique du Royaume-Uni n’est pas de s’isoler ; quand, dans son discours du 23 janvier 2013, David Cameron souligne que les modèles norvégien et suisse, assez prisés dans son pays, ne permettent aucune participation aux négociations tout en obligeant à respecter le droit européen, il a raison. Ce repli ne cadre d’ailleurs pas avec la grande tradition historique et les intérêts de l’ancien Empire de la Reine Victoria.

Enfin, certains reproches envers l’UE formulés par David Cameron sont fondés : l’UE manque de compétitivité, la croissance est atone. Elle est en train de se faire distancer par d’autres parties du monde plus dynamiques, à commencer par l’Asie et les États-Unis. Sans approuver toutes les politiques macro-économiques anglaises (notamment des abus manifestes comme le « zero hour contract »), certaines de leurs réalisations sont dignes d’intérêt. Pour des Français désireux de voir la France se débarrasser des obstacles qui entravent l’initiative économique et brident la croissance, le débat qui va commencer n’est pas mal venu. Il va obliger tous les Européens, Britanniques et Français compris, à sortir du dénigrement gratuit pour mesurer ce que l’UE leur apporte. Nous pourrions ainsi enfin passer d’une critique bougonne à une analyse plus fine des maux européens, et à des propositions plus constructives.

La solution résidera sans doute dans la consolidation de la zone euro, sur un mode fédéral à définir, à l’intérieur d’une Union (à 28 voire plus) aux compétences allégées, englobant le Royaume-Uni. Ce n’est pas simple dans la mesure où l’existence d’une zone euro intégrant 19 membres et ayant vocation à rassembler quasiment tous les pays de l’UE, rejette ceux qui ont fait le choix de ne pas en être en permanente minorité. La meilleure réflexion sur une avant-garde franco-allemande reste le papier de Wolfgang Schäuble et Karl Lamers de septembre 19941.

Le marché intérieur étant régi par le vote majoritaire, une partie du malaise britannique vient de là : après avoir fait le choix souverain de ne pas participer à la monnaie unique, les Anglais ont du mal à ne pas être dans le premier cercle.

Ceux qui se réjouissent un peu vite d’un départ des Britanniques auraient tort de pavoiser. Les autres n’ont pas raison de s’alarmer à l’excès. La force de l’euro va plus loin que nous ne pensons. Elle a déjà redistribué les cartes, comme le prouve le débat britannique. Reste aux pays de la zone euro à s’en rendre compte et à parachever leur œuvre.

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