Taux immobiliers : la remontée est-elle déjà là ?

Façades d'immeubles à Paris - Luc Legay - cc by sa 2.0

Les taux des emprunts d’Etat sont remontés vivement ces dernières semaines. Un prélude à une remontée des taux des crédits immobiliers ? Faut-il signer au plus vite votre emprunt ? Nous avons demandé leur avis à trois experts.

Par Alexis Vintray.

Taux des obligations d'Etat allemandes à 10 ans (Crédits Marketwatch, tous droits réservés)
Taux des obligations d’Etat allemandes à 10 ans (Crédits Marketwatch, tous droits réservés)

Les taux des emprunts d’État ont connu depuis la fin mai un accès de nervosité qui n’avait plus été vue depuis les débuts du Quantitative Easing de la Banque Centrale Européenne. Les taux allemands, qui avaient chuté sous les 0,1% à 10 ans, sont remontés en quelques jours à 8 fois cela, à 0,8% (cf. graphique ci-dessus). La France empruntait elle à 10 ans à 0,83 % le 7 mai, contre  0,26% le 20 avril 2015. Une remontée rapide, si rapide que certains en parlent de « krach obligataire ». Or, les taux des emprunts immobiliers suivent de près les taux des emprunts d’État. Alors faut-il craindre une remontée rapide des taux de crédit immobilier, qui battaient jusqu’à présent tous les records à la baisse ? Faut-il vous dépêcher de signer votre emprunt avant que les taux remontent ? Nous avons recueilli les avis de trois experts.

Quelle remontée des taux ?

Pour Maël Bernier, ‎directrice de la communication et porte-parole du courtier MeilleurTaux, il faut déjà relativiser la hausse des taux des emprunts d’État, très modérée et qui se stabilise : « Après un coup de chaud, auquel l’incertitude sur les élections anglaises n’était pas étrangère, les taux sont légèrement retombés et les OAT français restent à des taux très très bas même aujourd’hui. Ce n’est qu’un retour aux niveaux de décembre. Pas de panique ».

Mais, si la remontée est loin d’être forte, pour Cécile Roquelaure du courtier Empruntis, une remontée des taux est tout de même probable : « les taux ont atteint aujourd’hui un niveau extrêmement bas et [avec les] premiers éléments d’une reprise économique, des banques globalement en avance sur leurs objectifs et un coût de l’argent qui augmente, la pratique de taux bas touche certainement à sa fin ». De même, Ulrich Maurel du courtier Immoprêt considère que « les taux d’intérêts devraient remonter, pas immédiatement, de façon quasi certaine. Le conditionnel reste toutefois de rigueur, Mario Draghi avec le Quantitative Easing ayant fait perdre tous ses repères au marché ». À l’inverse, pour Maël Bernier, la remontée est moins certaine et il faut plutôt attendre une stabilisation des taux, en particulier en raison de considérations commerciales des banques : « aucune banque n’osera être la première, les crédits immobiliers restant le meilleur outil d’acquisition de nouveaux clients. En mai-juin les taux devraient rester stables avec jusqu’à 2,3% sur 20 ans et même moins pour les très bons dossiers ». Toutefois, la remontée récente des taux « signe la fin probable du mouvement baissier ». « Pour qu’il y ait hausse, il faudrait que l’OAT remonte à 1,15-1,20%. On en est pas encore là ».

Une remontée graduelle et lente ?

Dans tous les cas, aucun des acteurs ne s’attend aujourd’hui à une remontée franche et ou rapide dans l’immédiat : ainsi, Cécile Roquelaure (Empruntis) estime qu' »il ne faut pas s’attendre à une remontée brusque des taux mais il est certain que nous ne verrons plus de nouvelles baisses, sauf marginalement sur des établissements mal positionnés ». Pour Ulrich Maurel, « si remontée il y a, ce sera au deuxième semestre, avec remontée au maximum de 0,3%, qui mettrait aussi 2016 sur une tendance de remontée probable ».

Les premiers changements de grilles des banques auprès des courtiers restent en tout cas insuffisants pour conclure à ce stade : chez MeilleurTaux ou Immoprêt, pas de changements, tandis que chez Empruntis, la tendance à la remontée est légèrement plus prononcée : « un établissement a remonté ses taux de l’ordre de 0,2% et nous sentons beaucoup d’interrogations de nos partenaires sur la direction à prendre. » Des changements minimes, qui confortent la thèse d’un changement très graduel des taux.

Le moment idéal pour acheter ?

Est-ce à dire alors qu’il vaut mieux boucler vos transactions immobilières en cours pour bénéficier des taux bas actuels ? C’est toujours la meilleure période pour acheter selon les agents immobiliers diront les sceptiques, mais des facteurs objectifs jouent quand même en ce sens début 2015. Les taux du crédit ne sont pas le seul facteur à prendre en compte : pour Ulrich Maurel (Immoprêt), c’est aussi la baisse des prix qui met les acheteurs dans une situation parfaite : « nous sommes dans une période assez idéale, qui constitue une très belle fenêtre de tir : les vendeurs acceptent de revoir leurs prix à la baisse tandis que les conditions d’emprunt sont encore extrêmement bonnes, même si on est sûrement arrivés à la fin de la baisse des taux ». Et d’ajouter : « face aux risques sur les taux, si je dois renégocier mon prêt, j’y vais tout de suite ». Cela s’observe d’ailleurs sur le marché selon lui : « les primo accédants sont en train de revenir depuis 4-5 mois et le mois d’avril a été extraordinaire selon les autres professionnels de l’immobilier ».

Une situation qui pourrait persister si la demande continue à rester trop forte par rapport à une offre bridée par la réglementation en particulier : « il faudrait une politique du logement qui facilite l’achat, avec une libération du foncier et une baisse des prix, et qui arrête de mettre en opposition locataires et propriétaires » ajoute ainsi Ulrich Maurel. On en est malheureusement encore loin…

À lire également :