Alerte au champignon tueur d’insectes !

Un chercheur américain aurait découvert un moyen de remplacer les pesticides agricoles par des champignons naturels.

Par Anton Suwalki

Paul Stamets - Telluride Mushroom Festival 2010 - Tony Box (CC BY-NC-ND 2.0)
Paul Stamets – Telluride Mushroom Festival 2010 – Crédits : Tony Box via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0).

 

Ma dernière alerte Google pointait vers Le Figaro. Si je n’avais pas vu tout de suite le bandeau du journal, j’aurais facilement pu prendre cela pour un article émanant de la sphère écolo ou alter-mondialiste.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser à la lecture du titre – « le brevet qui dérange Monsanto » -, il n’y est pas question d’OGM. Avouons qu’une petite poussée d’anti-monsantisme dans ce genre de journal a quelque chose d’inattendu. La suite est franchement comique.

« Un chercheur américain a découvert un moyen de remplacer les pesticides agricoles par des champignons naturels. Il ambitionne de révolutionner le secteur. » Il s’agit de Paul Stamets, très actif en matière de communication. De nombreuses vidéos de ses conférences circulent depuis plusieurs années. Pour une raison qui nous échappe, le buzz est remonté soudainement sur la toile francophone, sans qu’il y ait de faits nouveaux. Et Antoine Sillières, le journaliste du Figaro, s’est pris les pieds dans la toile, comme l’internaute Lambda. Il cite d’ailleurs ses sources : « les médias collaboratifs ou contestataires ». Selon certains de ces médias, P. Stamets serait carrément le plus grand mycologue du monde. Pour nous, quelqu’un qui prétend « sauver la terre » est toujours un peu suspect.

Le brevet qu’il a déposé à ce sujet en 2006 est passé relativement inaperçu. Inaperçu d’Antoine Sillières, en tout cas. D’ailleurs le brevet concernant des champignons entomopathogènes semble dater de 2001, et non pas de 2006 comme l’affirme Le Figaro. Pourquoi aurait-il fallu attendre 14 ans pour s’apercevoir du caractère révolutionnaire de sa découverte ?

Il n’est en tout cas jamais trop tard pour en faire un argument anti-Monsanto, en utilisant une rhétorique bien connue : « Mais tout le monde ne l’entend pas de cette oreille. Le chercheur évoque, du propre aveu des cadres du secteur, «la technologie la plus dérangeante […] jamais rencontré». Dérangeante, cette révolution écologique le serait surtout financièrement, remettant en cause de juteux bénéfices. » Bien sûr, si les affaires de Stamets ne marchent pas mieux que ça, c’est sans doute que Monsanto lui a mis des bâtons dans les roues…

Soulignons que l’existence d’un brevet ne constitue pas la preuve que ça marche. Des tas de brevets complètement fumeux existent. « Ces champignons, par une opération biologique complexe, le chercheur en fait de redoutables tueurs d’insectes. Un test sur les fourmis lui a permis de constater l’efficacité de ce bio-pesticide, les cobayes se trouvant «momifiés» par le champignon. Le brevet qu’a déposé Stamets en 2006 couvre plus de 200.000 espèces et permettrait donc de lutter naturellement contre les parasites agricoles », écrit Le Figaro. Les mêmes qui ont peur de la transgénèse sont donc capables de saluer « une opération biologique complexe ». Et les mêmes qui manifestaient leur inquiétude pour le papillon monarque, censé être mis en danger par la culture de plantes Bt applaudissent un champignon biocide qui serait capable de tuer plus de 200.000 espèces d’insectes, selon les allégations de Stamets ! Oui, mais le tueur en série est « naturel ». Insoutenable inconséquence !

Laissons le mot de la fin à Antoine Sillières, qui maîtrise pleinement son sujet : « «Cela pourrait réorganiser totalement l’industrie des pesticides dans le monde», s’exclame le Docteur en science du très sérieux National college of natural medicine de Portland. Soucieux de la santé des sols, il se réjouit de cette possibilité de décontamination des milieux pollués par les pesticides traditionnels, tel le célèbre Roundup de Monsanto. » Quelques lecteurs lui remontent les bretelles, et lui font remarquer à juste titre que le Roundup est un herbicide : Antoine Sillières est donc complètement à côté de la plaque. Sauf si Le Figaro lorgne sur le lectorat de Politis…


Sur le web.