La santé est-elle mise en danger par la média-médecine ?

Chirurgie salle d'opérations (Crédits : CG94 photos, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

La robotique ou la télé-chirurgie ne pourront jamais remplacer l’expérience d’un praticien bien formé.

Par Bernard Kron.

Chirurgie salle d'opérations 5 (Crédits CG94 photos, licence Creative Commons)
Chirurgie salle d’opérations (Crédits : CG94 photos, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

 

« On ne s’éloigne jamais si loin du but que lorsque l’on croit connaître le chemin.» – Confucius.

La robotique, l’e-médecine et la télé-chirurgie sont en pleine explosion. Il faut se rendre à l’évidence : cette média-médecine ne pourra jamais remplacer l’expérience d’un praticien bien formé. De plus, les malades auront toujours besoin d’être en contact avec « leur médecin » et de pouvoir le joindre, ce qu’aucun robot ne pourrait faire.

Dans mon essai Chirurgie, chronique d’une mort programmée, publié par les éditions L’Harmattan, je développe ma vision de la chirurgie de demain. Elle devra rester polyvalente tout en étant hyper spécialisée.

Avec l’idéologie du principe de précaution aucun chercheur français ne serait allé au bout de ses rêves. Ni les greffes d’organes, ni la cœlio-chirurgie n’auraient vu le jour. Il faut bien essayer une première fois, ce que les comités d’éthique peuvent interdire. Dans ma jeunesse je n’aurais pas pu inventer les prothèses biliaires, car il n’y avait aucune certitude que les résultats soient un succès.

« Bonne administration, mauvaise médecine ! »

Le principe de précaution comme la média médecine aggraveront le phénomène de surconsommation des examens médicaux. Ils déresponsabilisent nombre de médecins amenés à se surprotéger par des procédures de sécurité, parfois au détriment du diagnostic et de la qualité des soins.

En oncologie, des réunions de concertation pluridisciplinaires, dites de consensus, sont imposées pour la prise de décision. D’une évaluation des bonnes pratiques, ce dispositif est devenu une chambre d’enregistrement, facteur d’éloignement entre le médecin et le patient, donc d’une entrave aux soins.

Les idées des Think tanks sont « politiquement correctes » : ils incitent à développer les logiciels et l’e-médecine, mais les « machines » ne pourront pas remplacer le chirurgien.

Les normes, l’accueil des handicapés et les réseaux informatiques ont un coût non négligeable qui pèse sur les petits cabinets médicaux : ceux-ci sont incapables de financer les adaptations exigées par ces nouvelles lois. Le coût estimé peut dépasser 50.000 euros pour chacun. La conséquence perverse en sera la disparition de nombreux cabinets médicaux de ville, en particulier à Paris qui devient un désert.

La Loi Santé

Avec le tiers-payant généralisé au prétexte fallacieux de faciliter l’accès aux soins, elle va aboutir à l’effet opposé, les listes d’attente et l’accroissement des déserts médicaux.

Ne pas confondre modernité et but à atteindre

L’affirmation à l’emporte-pièce du Pr Vallancien sur la mort annoncée de la séméiologie et donc de l’examen clinique est à mon sens une provocation. Elle n’étonne pas de la part d’un chirurgien accro de la robotique. Il a eu à prendre en charge des patients en bout de la chaîne de soins alors qu’il était depuis longtemps éloigné de la consultation.

La panoplie des nouveaux moyens d’investigation et thérapeutiques bouleverseront de plus en plus la démarche médicale. Mais c’est tous les jours, en consultation ou au lit des patients – du cas anodin au plus sérieux – que l’option finale de la décision doit se prendre, ce qu’aucun logiciel ne peut faire. Le robot ne remplacera jamais la synthèse entre le fait pathologique, l’état des connaissances et l’expérience du médecin qui sont la Doxa.

Je partage ainsi l’opinion de mon ami le Professeur De La Caffinière sur « la place décisive de l’examen clinique conjugué aux examens complémentaires et  in fine à l’évaluation du besoin réel du patient . C’est ainsi que se posent un diagnostic et des indications thérapeutiques.»

Le mirage d’une médecine « instrumentée » est une chimère dangereuse

« C’est ouvrir grande la porte à une cohorte de techniciens de la médecine, dont on peut imaginer les dégâts qu’ils vont commettre si on les laisse faire. »

Le médecin (ou le chirurgien) du « troisième type » devra justement être formé à consulter ou utiliser la machine avec discernement. Les actes chirurgicaux robotisés ne peuvent être utilisés que pour des cas standardisés et sûrement pas pour des situations complexes qui nécessitent un « vrai » chirurgien capable de flexibilité au cours d’une opération, souvent pleine de surprises.

En élaborant la loi Santé, les conseillers santé sous l’égide de Brigitte Dormont, n’ont rien compris à cette médecine d’aujourd’hui et de demain.

Nous allons au devant de catastrophes.