Naufrages en Méditerranée : des solutions inspirées par le marché

Face à l’horreur des naufrages de bateaux de migrants qui se noient dans la Méditerranée, ni la droite ni la gauche ne pensent à aborder ce problème sous un angle économique, et ils ont bien tort.

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Naufrages en Méditerranée : des solutions inspirées par le marché

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 1 mai 2015
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Par Erwan Le Noan.

Listening-to-the-experience-of-migrants-from-lybia-credits Department for International Development/Kate Joseph (CC BY 2.0)
Listening-to-the-experience-of-migrants-from-lybia-credits Department for International Development/Kate Joseph (CC BY 2.0)

Depuis le début de l’année, plus d’un millier de personnes sont mortes en Méditerranée en essayant de gagner l’Europe. Ces désespérés fuient des pays où ils n’ont plus d’avenir et se noient en essayant de gagner leur rêve de liberté et de prospérité. Depuis des semaines, la presse anglo-saxonne s’en faisait l’écho, dans le silence des journaux français : le Financial Times a dénoncé ainsi la honte de l’Europe face à ces nouveaux « boat people ».

Face à l’horreur de ces morts qui fait de « Mare Nostrum » la frontière la plus meurtrière au monde, les réactions sont d’abord celles de l’indignation, de l’émotion, et également de la posture.

Passé l’émoi obligatoire, les débats replongent dans l’indifférence ou retournent vers les comportements stéréotypés. À Gauche, ce sont les discours moraux qui l’emportent : la générosité avant tout. À Droite, les arguments sécuritaires reprennent le dessus : l’ordre, c’est l’ordre. Ni les uns, ni les autres, n’adoptent d’analyse un peu économique. Le marché peut, pourtant, apporter quelques solutions intéressantes.

La première piste inspirée de l’économie de marché, c’est la valorisation de la libre circulation des personnes. Au XXIème le monde est mobile et ouvert, l’Europe ne peut pas rester statique et fermée.

Les réfractaires répondront que tout cela est bien gentil, mais les migrants coûtent cher et ne trouvent pas d’emploi, brefs qu’ils sont un poids économique pour les pays développés déjà fragiles. D’une certaine façon, on peut les comprendre : puisque la France organise une solidarité par répartition, ceux qui paient sont légitimes à choisir ceux avec qui ils veulent partager (c’est pour cela que David Cameron a imposé un délai avant que les nouveaux immigrés ne puissent bénéficier pleinement des aides sociales). Les études sur le coût de l’immigration n’apportent pas de conclusions définitives en la matière : elles sont contradictoires (et contestées) et rappellent que les immigrés bénéficient de soutiens financiers divers, mais qu’ils paient également des impôts.

Les critiques se trompent toutefois de cibles : le nœud du problème ce n’est pas l’immigration, c’est l’inefficacité de l’État Providence dispendieux qui gaspille l’argent des citoyens. Le discours de gauche n’est pas cohérent quand il valorise l’immigration sans réclamer les réformes structurelles en France.

Une deuxième piste, c’est que cette circulation des personnes doit s’envisager sous l’angle de la libre circulation des travailleurs : les flux humains apportent du travail, facteur clé de la croissance.

Les migrants ne sont pas la cause du chômage, ils en sont les victimes. Ce qui explique le déficit en emploi en France ce n’est pas l’immigration, ce sont les dysfonctionnements du marché du travail, notre fiscalité confiscatoire, notre système éducatif déplorable, notre code du travail incompréhensible et indigeste…

Les immigrés constituent une force de travail : ce sont des travailleurs potentiels et des talents à utiliser. Quand on a dû payer des sommes énormes à des voyous pour risquer sa vie sur des embarcations fragiles, c’est qu’on a une certaine volonté de réussir ! L’Europe devrait apprendre à profiter de ces compétences pour faire croître son économie. Le discours de droite n’est pas cohérent quand il réclame de travailler plus mais refuse d’augmenter le nombre de travailleurs.

Une troisième piste que nous apporte le marché est que les solutions ne peuvent venir des États seuls.

Trop lents, préoccupés par d’autres problématiques toutes légitimes, ils ne s’investissent pas, ou trop tard. Même en matière d’immigration, des solutions privées existent, comme celle mise en œuvre par ce couple à Malte qui sauve des vies de sa propre initiative, loin du militantisme associatif traditionnel, révolté et compatissant.

Dernière piste inspirée du marché : le développement des pays d’origine, lorsqu’ils sont pacifiés. Celui-ci ne viendra pas des vieilles recettes usées néo-keynésiennes, mais de la valorisation du capitalisme. L’économiste péruvien Hernando de Soto l’a rappelé récemment dans Le Point : c’est en instituant des droits de propriété stables et protecteurs qu’on permettra le développement du Maghreb.

Personne n’entend remettre en cause le droit imprescriptible de l’Europe – et de la France – à contrôler ses frontières. Ni nier qu’il existe des difficultés d’intégration en France et des tensions autour des questions identitaires et culturelles. Mais la passion émotionnelle ne peut guider l’ensemble de nos réactions. En matière de politique migratoire également, le marché propose des solutions efficaces et bénéfiques pour tous !

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  • A lire l’article on pourrait croire quen europe c’est immigration zéro. Ce qui bien sûr est l’inverse:on arrive plutôt à saturation. Comme disait rocard, on ne peut accepter toute la misère du monde .

    Sinon, bien d’accord avec l’idée nécessaire que pour une libre circulation il faut modifier pleins de chose:code de nationalité (suppression du droit du sol), et arrêt de l’universalité des aides sociales, de l’enseignement, …seul le droit de travailler devrait être obtenu dès le premier pas en France.
    Mais à ce moment là, pas certain que notre pays reste autant attractif.

  • Je répète la question que j’ai déjà pose: les migrants arrivent sans argent

    Que vont’ils manger, ou vont’ils dormir, vont’ils voyager en payant ou en resquillant ?

    Comment sans argent ni feuille de paye, sans parler français vont’ils louer un appartement, trouver du travail ?

    • simple , ils se débrouillent comme ils peuvent ,squat ,vol..mais le plus souvent ,l’entraide de la famille au sens large déjà sur place …et en fin de compte ils trouvent toujours une âme charitable ..si ils n’arrivent pas en masse mais a un rythme raisonnable ….ce qui n’est pas le cas lorsqu’il s’agit de fuir un conflit : l’état est responsable a 100% des morts en méditerranée surtout qu’il a lui même provoqué ces conflits .

      • Merci, tous le monde le sait (sauf les bobo socialo et les libéraux bisounours) , mais j’attendais une réponse de l’auteur, faire un article théorique sans apporter de solutions immédiate (manger, se loger, travailler) ne sert a rien.

  • « Les migrants ne sont pas la cause du chômage, ils en sont les victimes »

    un migrant n’est pas un chômeur mais un demandeur d’emploi , il n’est donc pas victime du chômage.
    reste a savoir si Nos chômeurs sont menacés par l’immigration ….non.
    ….. l’immigration n’est qu’un problème inventé de toute pièce par les politiciens pour cacher LEUR incompétence

  • Sachant que tous les pays qui sont terre d’immigration ont un Etat providence même minimal. Article purement utopique à moins que l’auteur pensent que les populations des pays d’accueil seront d’accord de mettre fin à leur modèle social à fin de permettre une libre circulation et installation des personnes. « Une solution s’inspirant du marché » qui devra être prise contre l’avis des populations et donc politiquement impossible et on se rendra compte que des pays libéraux comme l’ Australie, la Suisse, l’Angleterre, etc ne sont pas plus libéraux que d’autres pays. L’intérêt national primera sur le marché comme il l’a toujour fait à l’échelle des Etats. Le monde n’est pas libertarien. Quand aux pays « pacifiés » dont parle l’auteur citez moi en dont sont issus les migrants venants de la Méditerranée?Le Perou est hors sujet en ce qui concerne l’artcicle. Les migrants sont pour la majorité issus de pays en conflits et les pays frontaliers on en général une politique d’immigration plus drastique qu’en Europe.

    • Grosse fatigue en effet.

      Ces articles écrits par des libéraux en chambre, qui s’enthousiasment pour l’immigration… finissent par donner la nausée.

      Le simple bon sens a déserté façon « Liliane fais les valises ».

      Ce fanatisme pro immigrationniste qui se présente en plus comme « libéral » (!), qui nous parle de « marché » face à des problèmes ontologiques… tout cela laisse pantois.

      L’Afrique comptera (d’après l’ONU) 2,4 milliards d’individus d’ici 2050.

      35 ans, ça passe vite.

      Même si 10 % émigrent… on les laissera venir ? On écrira des articles célébrant le « marché » sur Contrepoints ?

      240 millions d’africains sans emploi, sans qualification, ne parlant pas nos langues, dans un continent qui compte 500 millions de personnes et des millions de chômeurs, et qu’il faudra nourrir, soigner, héberger ?

      Est-ce que les « libéraux » ont oublié les cours d’arithmétique à l’école primaire ?

      J’ai personnellement l’impression de vive un cauchemar éveillé !

      Et j’insiste : je ne parle absolument d’immigration sous l’angle civilisationnel, culturel, religieux… Je parle simplement CHIFFRES.

      • Justement, d’où sort ce chiffre de 10% d’émigration africaine ?

        • « Même si » : c’est une hypothèse qui montre simplement, au vu des projections, qu’un faible pourcentage peut donner des valeurs absolues énormes.

          Même 1 % ferait quand même 24 millions d’individus.

          Tout ceci n’a AUCUN sens.

          Mais ce qui est fascinant est… que les belles âmes continuent doctement à pérorer, à faire des plans sur la comète, à étudier, à s’amuser…. on dirait des enfants.

          Des enfants rois n’ayant plus aucune prise avec le Réel et prêts à renverser la table de jeu… par simple caprice.

          Pour tenter de faire comprendre aux « libéraux » le hiatus, reprenons l’image de la dette.
          On ne résout pas un problème de dettes trop importantes… en rajoutant davantage de dettes.

          Ok ?

          L’immigration c’est le même phénomène : il y a DEJA des problèmes avec l’immigration existante…. Dire qu’en faisant venir encore plus de monde tout se passera bien est simplement obscène.

          C’est une insulte au bon sens.

  • Ne considérer l’arrivée d’étrangers dans des groupes humains que sous le seul angle économique, c’est ignorer totalement l’anthropologie.
    Et c’est un peu regrettable… voire totalement absurde.

  • Les commentaires sont fermés.

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