Le libéralisme est-il destiné à faillir ou à évoluer ?

Le libéralisme ne défend pas un système politique. Il en défend une infinité, pourvu qu’ils reposent tous sur un rejet de la violence et de la coercition.

Par Marius-Joseph Marchetti.

roman ruins credits lorenzoclick  (CC BY-NC 2.0)
roman ruins credits lorenzoclick (CC BY-NC 2.0)

 

Dernièrement, une des critiques que j’ai pu entendre contre le libéralisme est que, comme tout système politique et toute société, il est destiné à s’effondrer. Ces détracteurs croient singulièrement que toute société est condamnée à s’effondrer à un moment ou à un autre, et que la civilisation change obligatoirement. Ils me rétorquent ainsi que le libéralisme est destiné à disparaître. Une critique immédiate serait que le libéralisme ne cible pas un système politique, mais une philosophie.

Quand bien même cette pensée ne serait pas forcément fausse, elle n’est pas un argument contre le libéralisme/libertarianisme ;  lorsque j’ai demandé un exemple, il m’a été donné celui de Rome, sa faillite et sa bureaucratisation. Deux citations, parmi mes préférées, me sont revenues, la première de Friedrich Hayek :

« L’argument de la liberté n’est pas un argument contre l’organisation, qui est l’un des outils les plus puissants que la raison humaine peut employer, mais un argument contre toute organisation exclusive, privilégiée, monopolistique, contre le recours à la coercition pour empêcher les autres de faire mieux. »

En soi, si toute société est condamnée à faillir un jour, elle n’est pas condamnée à ne plus être libérale. Les hommes usent de leur liberté pour mettre en application la somme des connaissances dispersées dans le corps social, là où un planificateur ne le peut pas, car une poignée de bureaucrates ne peut concentrer les milliards de connaissances et d’actions accumulées durant des millénaires ; par leurs aspirations respectives, les individus mettent en concurrence les systèmes sociaux auxquels ils appartiennent. Le fait est que la ou les organisation(s) choisie(s) après cette concurrence peut/peuvent être différentes, mais toujours ne reposer que sur le libre consentement des individus, et nullement sur la coercition. La société libérale ne faillit donc pas, seule sa forme change.

La deuxième citation est de Murray Rothbard :

« Le libéralisme n’offre pas un mode de vie ; il offre la liberté, afin que chaque personne soit libre d’adopter et d’agir selon ses propres valeurs et principes moraux. »

L’argument en faveur de la liberté et de l’individu n’est ainsi pas un argument pour ou contre l’organisation, qu’elle soit uniquement d’État ou une communauté faisant société, comme si tous les libéraux avaient des valeurs identiques ; l’organisation est un outil créé par l’homme pour permettre l’accumulation et la libre-disposition des connaissances, mais l’argument en faveur de la liberté est un argument contre le monopole de l’organisation, coercitif, étatique, exclusif. L’argument en faveur de l’individu est un argument en faveur de la multiplicité des sociétés. Il peut exister autant de sociétés différentes qu’il existe d’individus libres.

Ainsi, là où une société étatiquement conservatrice ou socialiste a toutes les chances de faillir, puisqu’on y a imposé une forme de société, une société libéralement socialiste ou conservatrice ne peut échouer car elle détient toutes les dispositions dues à la concurrence entre les différents systèmes sociaux pour muter vers un idéal préférable pour les individus qui la composent.

Le libéralisme ne défend pas un système politique. Il en défend une infinité, pourvu qu’ils reposent tous sur un rejet de la violence et de la coercition. Ainsi, la société libérale, si les aspirations des individus qui la composent changent, a la capacité de muter et donc de ne point faillir, liberté étant laissée à chacun d’utiliser les informations et les connaissances comme il le souhaite. Une société étatique est condamnée à échouer, car dans celle-ci, c’est le publiciste qui essaie de modeler la société comme il imagine qu’elle devrait être.

Une société qui se crée à l’opposé de l’aspiration des individus qui la composent est une société en déclin, et laquelle on a enlevé toute trace d’ajustement par les individus. Une société libre ne peut pas faillir et ne peut que se transformer elle repose sur un ordre spontané. Une société où le publiciste se fait le planificateur de tous est une société qui repose sur le chaos organisé et se caractérise nécessairement par la faillite morale, le planificateur ne pouvant savoir quelle forme donner à la société.