Drames en Méditerranée : la politique européenne coupable

Les politiques restrictives de l’Union européenne en matière d’immigration portent une lourde responsabilité dans les drames qui se sont joués dernièrement à ses frontières.

Par Ferghane Azihari.

Donald Tusk credits Αλέξης Τσίπρας Πρωθυπουργός της Ελλάδας (CC BY-SA 2.0)
Donald Tusk credits Αλέξης Τσίπρας Πρωθυπουργός της Ελλάδας (CC BY-SA 2.0)

 

Voici venu le temps des condoléances hypocrites et des déductions affligeantes sur les causes des drames survenus en mer Méditerranée. À chaque hécatombe, c’est en effet le même discours tant du côté des élites politiques que des militants europhiles qui s’offusquent du manque de moyens d’une Europe réputée impuissante face aux flux migratoires. Le diagnostic étant posé, la solution paraît logique et s’impose d’elle-même : renforcer les pouvoirs des institutions européennes. Ces drames sont au contraire le fruit de multiples actions politiques qu’il faudrait combattre et non encourager.

Le mythe de l’Europe impuissante

Les États européens et l’Union européenne sont accusés de manquer de volonté pour assurer la sécurité des flux migratoires. On ne peut tenir de tels propos. L’Europe n’est pas impuissante vis-à-vis de l’immigration. Elle est au contraire de fait la plus grande alliée des mafias qui fondent leur business model sur la vente de cercueils flottants en adoptant des politiques migratoires prohibitionnistes. L’agence européenne de la coopération aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne (Frontex) s’adonne littéralement à des pratiques criminelles en signant des accords avec des pays peu scrupuleux en matière de droits de l’Homme pour externaliser les centres de rétention de migrants. Une forme de délocalisation intelligente pour éviter que ces centres tombent sous le coup des lois européennes supposées protéger les libertés fondamentales.

Son budget a atteint 85 millions d’euros en 2013. Parallèlement, le Vieux Continent est en train de se doter d’un dispositif appelé Eurosur qui, à l’aide de drones, d’hélicoptères et de satellites, est chargé de traquer les individus qui tentent de migrer pour échapper à l’oppression et la misère dans leur pays d’origine, le tout pour un budget qui devrait avoisiner plus de 200 millions d’euros en 2020. Nul doute qu’une politique de libre-circulation des personnes rendraient ces dispositifs coûteux inutiles et couperait l’herbe sous le pieds des mafias qui prospèrent sur les restrictions imposées par les États. Mais face à ce drame, force est de constater que le Conseil européen s’est contenté de faire de la cosmétique.

Sus à l’impérialisme et aux politiques de développement néo-colonialistes

Le plus affligeant tient à ce que ces politiques migratoires restrictives sont accompagnées d’un satisfecit concernant les politiques de développement, lesquelles sont élaborées au motif d’une instabilité plus ou moins entretenues par les États européens1. Les élites politiques européennes se vantent d’être les principaux vecteurs de la « solidarité » internationale. Or nous savons d’une part que ces aides obtenues par la contrainte fiscale ne servent qu’à « vassaliser » les pays bénéficiaires pour satisfaire les objectifs néo-colonialistes des pays développés sans combattre le problème de la pauvreté et de la corruption. Dans le même temps, « en 2005, une étude de la Banque mondiale montra que si les 30 pays de l’OCDE acceptaient une augmentation de 3% de leur population active par l’immigration, les gains pour les pays pauvres seraient de 300 milliards de dollars, c’est-à-dire beaucoup plus que l’ensemble de l’aide au développement accordé par les pays riches »2.

La libre-circulation est en effet l’outil de lutte contre la pauvreté le plus efficace et le plus ancien de la planète. Il est également un puissant vecteur de solidarité puisque les diasporas s’attachent à faire profiter – sans intermédiaire bureaucratique corrompu – leur pays d’origine de l’expérience et des moyens financiers qu’elles n’auraient pas pu acquérir sans migrer. Plutôt que d’entraver ce processus, les États européens devraient au contraire les libérer tout en abolissant les nombreuses politiques corporatistes et protectionnistes qui entravent le développement du continent africain.


Sur le web

  1.  L’opération Sangaris ; Fallait-il tuer Kadhafi ? ; Échec d’une guerre pour le pétrole
  2. Cité dans Louis Rouanet, « Plaidoyer libéral pour l’immigration libre », LThink Liberal Sciences-Po