La modification du génome humain devient réalité

Une technique nouvelle devrait permettre aux chercheurs de modifier le génome avec précision, en employant des « ciseaux moléculaires » capables de cibler des gènes spécifiques dans les cellules.

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La modification du génome humain devient réalité

Publié le 24 avril 2015
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Une nouvelle technique de modification du génome se répand dans les laboratoires du monde entier, facilitant la suppression ou l’insertion de gènes. Une équipe de chercheurs chinois vient de prouver qu’elle peut être appliquée aux embryons humains, et permettre de corriger des défauts génétiques. Et même pourquoi pas de céder à la tentation eugéniste…

Par Aymeric Pontier.

Wooden sculputre of genetics science credits Epsos. de (CC BY 2.0)
Wooden sculputre of genetics science credits Epsos. de (CC BY 2.0)

 

Considérée comme l’une des plus importantes révolutions médicales de ces dernières années, la technique CRISPR-Cas9 donne la possibilité aux chercheurs de modifier le génome avec précision, en employant des « ciseaux moléculaires » capables de cibler des gènes spécifiques dans les cellules.

Pour ce faire, les scientifiques fabriquent tout d’abord un ARN artificiel (une méthode désormais éprouvée et maîtrisée) correspondant à la séquence d’ADN à découper, puis se servent d’une protéine bactérienne pour lier l’ARN à l’endroit voulu et retirer la séquence problématique. Dans la majorité des cas, cela se traduit par l’inactivation du gène « défectueux ». Il est également possible d’incorporer dans la cellule un ADN similaire à celui qui a été coupé contenant cette fois la « bonne » séquence.

Depuis sa découverte, des équipes du monde entier se sont approprié cette technique simple et peu coûteuse de modification du génome en la testant sur des bactéries, sur des cellules de plantes et d’animaux ainsi que sur des cellules humaines somatiques en culture. En quelques mois, elle a fait l’objet de plusieurs centaines d’articles dans des revues scientifiques !

Une équipe chinoise appartenant à l’université de Sun Yat-sen à Guangzhou vient de franchir une nouvelle étape dans cette course technologique en prouvant qu’il est également possible de modifier le génome d’un embryon humain, ce qui ouvre un champ vertigineux de possibilités.

En utilisant des embryons humains non viables (pour éviter les critiques), les chercheurs ont supprimé un gène responsable de la thassalémie bêta, une maladie héréditaire provoquant une anémie. Sur les 86 embryons utilisés pour l’expérience, le retrait de la séquence d’ADN problématique a fonctionné sur 28 d’entre eux ! Et quelques embryons ont su utiliser la séquence artificielle pour s’auto-réparer.

Si les essais cliniques (qui requièrent un taux de réussite proche de 100%) sont encore loin, nul doute que cette méthode va être considérablement améliorée dans les années à venir. Et les visées thérapeutiques sont aussi nombreuses qu’enthousiasmantes : la correction de gènes responsables de certaines afflictions héréditaires ou encore de gènes connus pour favoriser l’apparition de cancers ou d’autres maladies.

Cependant, faciliter à ce point le génie génétique pourrait avoir d’autres applications bien plus sensibles et délicates sur le plan éthique. Par exemple, en employant cette technique sur les cellules germinales qui affectent la descendance, il est théoriquement envisageable de créer dans un avenir proche des êtres humains génétiquement « améliorés » dotés de meilleures capacités physiques ou intellectuelles…

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  • Selon le NYT l’expérience chinoise est un ratage, et les conséquences semblent bien celles craintes par les scientifiques.

    • Un ratage? Pour un premier essai c’est un sacré réussite au contraire! Vous voulez quand même pas que tout marche parfaitement dés le départ.

      • C’est une évidence. La vitesse de progrès demeure stupéfiante, malgré des « échecs » qui ne sont que des points d’étape.

        Enfin, il convient de préciser une question de vocabulaire : il est toujours surprenant de lire des phrases du type « Et même pourquoi pas de céder à la tentation eugéniste »… alors que là encore… l’objectif est inévitable.

        Et tous les comités d’éthique du monde, toutes les obsessions d’interdiction du monde… ne parviendront à empêcher ce qui relève de la simple évolution…. factorisée par les capacités de l’homme.

        Oui, l’homme après avoir maîtrisé son environnement, veut, va vouloir et parviendra à se modifier… lui-même.

        On continue de jauger ce chemin, inévitable, à l’aune des obsessions des religieux ou des professionnels de la repentance (« l’eugénisme c’est mal, car c’est nazi »).

        Rien de plus absurde.

        Quelle est la différence entre sauver un homme d’une maladie grâce à un médicament inventé par l’homme… et modifier le génome de l’homme pour supprimer l’apparition de la dite maladie ?

        Une question de méthode.

        On commence en creux (supprimer des maladies) et ensuite on passera au relief : améliorer les capacités existantes (cognitives, physiques etc.)

        Bref, quand le bal des hypocrites, des craintifs, des pisse-froids continue de danser…. Le train de l’évolution -lui- passe.

        Et accélère.

        • Entièrement d’accord charles, les médias veulent nous faire croire qu’il y aura « un débat » avec des gens gens pour et contre… comme si il existait une seule personne au monde qui choisira de souffrir et mourir plutôt que de profiter des « nouvelles améliorations » qui seront bien vite considérés comme la norme.
          Sans parler du fait qu’une fois considéré comme la norme les humains non-modifiés seront vu comme des déviants et ont les surveillera comme on surveille les Islamistes aujourd’hui mais c’est une autre histoire…

          • De toute façon, il n’y a pas matière à débat. A quoi ressemblerait un débat sur le sujet? Ce serait un débat entre ceux qui veulent se modifier et ceux qui veulent les en empêcher? La seule chose, c’est d’empêcher que les gouvernements détournent ce genre de choses, en dehors de ça…

        • « Et tous les comités d’éthique du monde, toutes les obsessions d’interdiction du monde… ne parviendront à empêcher ce qui relève de la simple évolution…. factorisée par les capacités de l’homme.

          Oui, l’homme après avoir maîtrisé son environnement, veut, va vouloir et parviendra à se modifier… lui-même.

          On continue de jauger ce chemin, inévitable, à l’aune des obsessions des religieux ou des professionnels de la repentance (« l’eugénisme c’est mal, car c’est nazi »).

          Rien de plus absurde. »

          Une évidence. On ne peut pas à la fois respecter les libertés et interdire les modifications génétiques.

        • Oui, un jour ou l’autre, les humains commenceront à éliminer préventivement les maladies (héréditaires) via le génie génétique plutôt que de les traiter a posteriori. Puis à partir de là, on passera à l’amélioration des capacités des générations futures. Il serait peu réaliste d’imaginer que ce mouvement puisse être arrêté par des comités d’éthique ou des régulations. Il y aura toujours un pays quelque part pour les transgresser. Déjà, il est évident que la Chine se fiche des appels au moratoire sur ces recherches.

          Mais, cela ne va pas s’en poser de nombreux problèmes. Car en poursuivant la logique jusqu’au bout, on finira par créer une espèce humaine nouvelle distincte de l’actuelle. Ce qui ne peut se traduire à terme que par une prise de pouvoir politique et économique des « améliorés » qui dicteront leur Loi aux « nés naturels » n’ayant pas les même capacités physiques et intellectuelles de départ.

          Bref, il y a tout de même des raisons d’être un peu craintifs….

          • « Car en poursuivant la logique jusqu’au bout, on finira par créer une espèce humaine nouvelle distincte de l’actuelle. »

            Comment ça une? On finira par créer PLUSIEURS espèces humaines distincts. Ce qui veut dire qu’il faudra étendre le concept d’être humain.

            « Ce qui ne peut se traduire à terme que par une prise de pouvoir politique et économique des « améliorés » qui dicteront leur Loi aux « nés naturels » n’ayant pas les même capacités physiques et intellectuelles de départ. »

            Qu’en savez-vous? On parle de gens terriblement plus intelligents que nous et vous prétendez savoir comment ils se comporteront…

          • Il y aura le transhumanisme. Les perspectives d’évolutions des capacités intellectuelles sont bien plus ambitieuses de ce coté la.

            On verra les résultat du Darpa dans quelques années.
            Les différents essais effectués sur des souris ou des primates sont prometteurs.

          • Une espèce humaine nouvelle ? ça n’aura pas le temps d’arriver.
            La notion d’espèce est liée un mode de reproduction, la sexualité, que ces technique abolissent.
            Nous étions des animaux qui produisions nous-même ceux qui vont nous remplacer. Nous allons devenir des végétaux, de grand arbres qui se régénèrent périodiquement et qui, tant qu’ils restent en vie, empêchent la germination de nouveaux petits.
            Jusqu’à ce que Big Brother nous « euthanasie » en douceur…Ainsi, nous rejoindrons le cimetière géant des milliards de civilisations qui toutes avaient les moyen techniques et 1000 fois le temps de coloniser la galaxie, mais ont toutes disparu avant de le faire.
            En attendant profitez de la vie.

  • Pour les maladies comportant un ou deux gênes, on va y venir. Ensuite, la plupart des autres maladies ou des fonctions (comme l’intelligence par exemple) sont polygéniques (parfois plusieurs centaines et les interactions possibles sont encore totalement ignorées).

  • Les commentaires sont fermés.

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