Afrique : Développer le capital intellectuel ou périr

En l’Afrique, la pauvreté sera réduite lorsque le capital intellectuel sera développé et fructifié pour exporter des connaissances et des idées.

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Afrique : Développer le capital intellectuel ou périr

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 20 avril 2015
- A +

Par Okwaro Oscar Plato [*]
Un article de Libre Afrique

Manufacture Afrique Jan Dudas (Creative Commons)
Manufacture Afrique – Credits : Jan Dudas (Creative Commons)

 

Je croyais autrefois que le capital était un autre dénominatif pour l’argent, la richesse accumulée d’un pays ou ses habitants. Certes, je pensais que la richesse était déterminée par l’argent ou les biens accumulés. Puis, je suis tombé sur une publicité de la Deutsche Bank dans le Wall Street Journal qui disait : « Le capital ce sont les idées. Le reste ce n’est que de l’argent. »

J’ai été frappé par la simplicité d’une idée aussi éloquente que puissante. Alors, j’ai commencé à imaginer ce que ce pouvoir pouvait signifier pour l’Afrique. Le potentiel de progrès et de lutte contre la pauvreté repose sur le capital généré par le pouvoir dans nos esprits, pas sur notre capacité à extraire des minéraux du sol ou demander un allègement de la dette et de l’aide étrangère.

Si les idées sont du capital, pourquoi l’Afrique investit plus dans des choses que dans l’information, et plus dans les armes que dans l’éducation ? Soudain, j’ai réalisé ce que cette idée pourrait signifier pour l’Afrique. Si la plume est plus puissante que l’épée, pourquoi un Général gagne plus qu’une centaine d’écrivains réunis ? Si les idées sont en effet du capital, l’Afrique devrait alors stopper la fuite de ses cerveaux et promouvoir la renaissance africaine. Après tout, une renaissance est avant tout celle des idées. Et le savoir et les idées sont les moteurs qui stimulent la croissance économique.

Tant que les hommes et les femmes d’idées, ceux qui donneront naissance à de nouvelles idées africaines, fuient vers l’Europe et les États-Unis, la renaissance africaine ne se produira pas en Afrique mais à Paris, Londres et New York. Il y a plus de musiciens Soukous à Paris qu’à Kinshasa ; plus de joueurs professionnels africains de football en Europe qu’en Afrique, pour ne citer que ceux-ci.

La littérature africaine est plus épanouie à l’étranger qu’elle ne l’est en Afrique. Les Africains en Europe sont en train de lutter contre la pauvreté en Europe, pas en Afrique. Tant que les hommes et les femmes d’idées, les véritables guérisseurs de l’Afrique, ne rentreront pas à la maison, la renaissance africaine et la lutte contre la pauvreté resteront des slogans creux. Après tout, les idées les plus brillantes sont générées et exploitées par les hommes d’idées.

« La puissance du capital intellectuel est la capacité à reproduire les idées créatrices de haute valeur. » Cette citation est un vibrant appel aux dirigeants africains à déplacer volontairement et délibérément leur focus des choses vers l’information ; de l’exportation de ressources naturelles vers l’exportation des connaissances et des idées ; de la consommation de technologie vers sa production.

En l’Afrique, la pauvreté sera réduite lorsque le capital intellectuel sera développé et fructifié pour exporter des connaissances et des idées. Pour l’instant, la principale stratégie du continent pour lutter contre la pauvreté est d’alléger la dette, demander de l’aide étrangère, et drainer les investissements des pays occidentaux. La réduction de la pauvreté exige la lutte contre 100% d’analphabétisme pour atteindre 100% d’alphabétisme, condition préalable pour augmenter notre capital intellectuel et technologique. Pourtant, dans cette ère de l’information et de la mondialisation la réduction de la pauvreté devrait se traduire par la production de produits de valeur pour le marché mondial et la rivalité avec l’Asie, les États-Unis et l’Europe, honteusement, les diamants extraits en Afrique sont polis en Europe et revendus à des Africains.

Le capital intellectuel nécessaire pour créer des produits et services mènera à la réduction de la pauvreté. Ce capital, défini comme la connaissance collective du peuple, augmente la productivité. Celle-ci, en générant de la croissance économique, finit toujours et partout par réduire la pauvreté, même en Afrique. La productivité est le moteur de la croissance économique mondiale. Ceux qui créent de nouvelles connaissances produisent de la richesse, tandis que ceux qui la consomment produisent la pauvreté.

Nous aurons besoin de sagesse, celle qui transforme trop d’informations ou la surcharge d’informations en pouvoir ; celle qui aide non seulement à traiter l’information, mais aussi à égrainer la quantité d’informations disponibles sur Internet. Cette sagesse nous donnera l’avantage concurrentiel et nous permettra de trouver des solutions créatives. Aujourd’hui, nous disposons de dix milliards de pages d’informations postées sur Internet, ce qui est plus que suffisant pour nous tenir occupés le reste de nos vies, sans oublier que de nouvelles informations sont créées quotidiennement. Plus d’informations ont été créées dans les 100 dernières années que dans toutes les 100 000 années précédentes. Nous avons besoin de sagesse pour passer au crible et convertir ces milliards de pages d’information en richesse.

Tant que l’Afrique n’augmentera pas de manière significative son capital intellectuel, le continent restera sous-développé au 21ème siècle et même au-delà. L’Afrique a besoin d’innovateurs, de producteurs de connaissances, et des hommes et des femmes sages qui peuvent découvrir, proposer, puis mettre en œuvre des idées progressistes. Le sort de l’Afrique est entre les mains des Africains et la solution à la pauvreté doit venir de ses habitants.

L’avenir c’est à l’Afrique de le créer à l’image de la vision du peuple. Nous devons à nos enfants de construire les fondations solides leur permettant d’atteindre nos rêves. Pour que l’Afrique prenne une place centrale dans le monde économique d’aujourd’hui, nous devons nous ouvrir à la concurrence mondiale. Il n’y a tout simplement pas de raccourci vers la réussite, mais l’Afrique doit faire preuve de sagesse dans l’usage des connaissances pour construire son capital intellectuel, sinon elle périra.


[*] Okwaro Oscar Plato est analyste pour Gravio Africa Consulting.
Article initialement publié en anglais par African ExecutiveTraduction réalisée par Libre Afrique.

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  • bonjour ,même si de flagrants abus & mauvais travers d’un colonialisme eurent lieu depuis le XVI ème siècle /Quid alors de notre présence , des écoles bâties ,de l’instruction dispensée , de la formation des Africains qui vinrent étudier en France . Que dire également des subventions versées depuis + de 50 ans d’indépendances respectives ? serais à dire que votre serviteur ,coopérant technicien dans les années 60 à perdu son temps : Je crains bien que oui ……

    • je ne sais pas pour les autres pays mais pour la république démocratique du congo, on estime qu’il faudra 25 avant de revenir au niveau de 60 (au moment de l’indépendance). le colonialisme est une affaire complexe: il ne s’agit pas de louer la colonialisme mais de dire la vérité. il y en a marre de cette repentance et de cette facon d’assombrir la colonialisation pour culpabliser les occidentaux. pour rappel, seuls 7 pays en europe ont eu des colonies en afrique. personne ne peut nier que la colonisation a eu des aspects positifs pour l’afrique. quand on parle de la colonialisation, il est important de parler tant des aspects négatifs que des aspects positifs

      • Je suis d’accord sur la repentance, l’histoire humaine est malheureusement pas sans excès et pas uniquement l’histoire européenne. La colonisation a eu lieu parce que les forces historiques y ont poussé.
        Cependant j’avoue ne pas voir les aspects positifs de la colonisation, non pas que qu’il n’y ai pas eu de réalisations positives ponctuelles mais au final peut on penser que la situation issue de la colonisation est meilleure que celle qui aurait pu exister sans.
        Évidemment c’est de l’Histoire fiction et je ne doute pas que cette Histoire aurait été aussi sanglante mais les équilibres géo-politiques auraient eu leurs cohérences internes que la colonisation a empêché d’exister.

        • Nafy-Nathalie Diop
          23 avril 2015 at 7 h 15 min

          Oui ! C’est sacrément arrogant de penser que l’Afrique avait besoin des colonisateurs pour se développer alors, qu’ils n’ont fait que la piller à tous les niveaux et arrêter sa propre histoire, son propre développement.
          Avant l’arrivée des colons, il y avait aussi des royaumes riches et des civilisations en Afrique. Il ne faut pas croire que les africains, malgré l’image que l’on véhicule en occident, étaient primitifs et avaient besoin d’être sauvés, civilisés.
          Rien ne dit en effet que sans la colonisation, le continent africain n’aurait pas évolué par lui-même vers le progrès. Et je suis persuadée qu’elle l’aurait fait.
          En tous cas, ce n’est pas un bout de route ou un hôpital ou une subvention ridicule, qui est donnée en contrepartie d’un droit de piller ou s’ingérer encore, qui changera tout le mal qui a été fait à ce continent.
          Quand à son futur, la décolonisation est récente, elle doit se remettre de ses blessures, se reconstruire, se réapproprier son histoire (avant les colons, après), reformater les institutions occidentales à ses traditions, … bref !
          Beaucoup de travail mais elle y arrivera.

  • Que le départ des cerveaux appauvrisse l’Afrique c’est une évidence mais leur retour ne serait un enrichissement que si leurs capacités trouvaient à s’appliquer.
    On le voit ailleurs, je pense à la Tunisie par exemple où une jeunesse parfois très formée était désespérée avant les printemps arabe (et après ?) car cette intelligence, cette volonté n’arrivait pas à s’exprimer.

    Le fait politique est donc aussi très important que la formation du capital intellectuel.

    • Nafy-Nathalie Diop
      23 avril 2015 at 7 h 18 min

      Si les cerveaux ne reviennent pas et une génération ne prend pas le risque du sacrifice pour le bonheur des suivantes, le fait politique aura beaucoup de mal à évoluer.

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