L’État, plus grande entreprise de France

l'Etat n'est pas votre ami rené le honzec

Pour comprendre le point de vue libéral, il est important de désacraliser l’État. Et d’ailleurs, pourquoi le sacraliser ?

Par Baptiste Créteur

l'Etat n'est pas votre ami rené le honzecPour comprendre le point de vue libéral, il est important de désacraliser l’État. Et d’ailleurs, pourquoi le sacraliser ? Il est une institution, au même titre que bien d’autres. Une création humaine. Une entreprise diversifiée, recourant parfois à des méthodes brutales et imposant par la force son monopole sur un territoire donné. Une sorte de mafia, donc.

Et comme une mafia, il se finance en rançonnant les autres contre des services bien plus chers qu’ils ne devraient l’être. Les siens s’étendent bien au-delà de la protection et du traitement des déchets ; il a même réussi à étendre son monopole jusqu’à l’éducation.

Il n’a pas vraiment d’actionnaires ; en théorie, personne ne le possède vraiment, et chaque citoyen dispose d’un droit de vote. Chaque citoyen vote donc pour des représentants siégeant au Conseil d’Administration de l’État, ainsi que pour un Directeur Général qui applique la stratégie et les décisions du Conseil d’Administration. Cependant, la relation entre l’entreprise État et les citoyens est en défaveur de ces derniers.

Car les revenus que l’entreprise État distribue à son Conseil d’Administration, son Directeur Général, ses salariés et certaines œuvres caritatives (individuelles ou collectives) viennent des poches des citoyens, sous forme d’une facture que le citoyen doit payer en l’absence de tout contrat et de toute négociation.

Les citoyens ont le droit de vote, et l’entreprise État est en théorie à leur service ; mais en réalité, c’est elle qui est chargée de contrôler la qualité avec laquelle elle exécute ses engagements envers eux, c’est elle qui dispose de la force et du droit de s’en servir, et les citoyens ne peuvent refuser de la payer – à moins de quitter le « territoire » de l’entreprise. Même s’ils possèdent leur propre maison, tant qu’elle est sur son territoire, l’entreprise a un droit de regard sur ce qu’il s’y passe, bien au-delà des services de protection des biens et des personnes qu’elle est censée rendre. Même s’ils possèdent leur propre entreprise, ils seront tenus de respecter les directives de l’entreprise État et de lui payer chaque année une somme décidée par elle. L’État est en quelque sorte une holding, qui possède une partie de chaque citoyen (puisqu’elle s’arroge une partie des fruits de leur travail, de leur propriété, et de leurs choix) et chaque entreprise.

Et une holding très rentable. Les États sont les plus grandes entreprises du monde. Ils créent leurs propres monnaies ! On leur prête des montants que jamais on ne prêterait à une autre entreprise. Ils fixent les règles du crédit et des marchés financiers, alors… Ils fixent d’ailleurs toutes les règles ; même le droit international est in fine décidé et garanti par les États. Les individus, eux, peuvent échapper autant que possible à ces entreprises ; mais il est quasiment impossible de leur échapper tout à fait. Partout, il y a un État.

Parce que nous l’avons choisi ? Peut-être, mais c’est loin d’être sûr. Y a-t-il une période significative de l’histoire récente où les hommes pouvaient vaquer librement à leurs occupations sans qu’un autre muni d’un gourdin ne les rackette, sans qu’ils aient l’obligation de travailler pour un seigneur ou de financer les conquêtes d’un chef de guerre ?

Si on ne peut revendiquer sa souveraineté individuelle, donner son allégeance à l’État n’a pas non plus de réel impact. Puisque vous y êtes obligés, en quoi exercez-vous un choix en prêtant (ou donnant) allégeance à l’État ?

Il peut sembler trop individualiste de vouloir se passer de l’entreprise État, qui prétend servir tous les citoyens et surtout les plus démunis, protéger la société et la civilisation de la « loi du plus fort ». Le fait est que la loi du plus fort règne, et que c’est lui le plus fort. Pour autant, il n’y a pas que par intérêt qu’on peut vouloir se passer de ses « services » et de sa présence. C’est aussi et avant tout par principe. Même si l’État agissait dans notre intérêt (et c’est loin d’être le cas : il agit selon la direction que lui donnent ceux qui le dirigent, et ce ne sont pas réellement les citoyens), ne voudrions-nous pas simplement avoir le choix ?

Il est important de désacraliser l’État pour pouvoir le comparer avec une société volontaire : une société où personne ne s’impose par la force aux autres, et où les droits de chaque citoyen sont garantis par l’ensemble des citoyens. Où la volonté s’exprime directement, sans besoin de former d’entités et groupes imposés comme la nation, le peuple et les électeurs ; et en formant au besoin ou à l’envi des groupes par affinité, par choix, par consentement mutuel.

Une société volontaire où chacun peut prendre soin des pauvres, des vieux et des malades s’il le souhaite ; où chacun peut choisir quelle éducation il finance, quelle culture il embrasse, quelle vie il veut mener ; où chacun est maître de son corps, maître de sa vie, et responsable de ses choix. Pour comprendre cela, oui, il est important de désacraliser l’État.