Google : la commission européenne n’y comprend rien

La commission européenne a-t-elle raison de sanctionner le géant américain pour abus de position dominante ?

Par Kevan Saab.

google logo in building credits Robert Scoble  (CC BY 2.0)
google logo in building credits Robert Scoble (CC BY 2.0)

 

Si vous faites partie de l’écrasante majorité des Français qui utilisent Google de manière régulière, vous avez sûrement entendu parler ces derniers jours de l’offensive que vient de déclarer la Commission européenne contre le géant du web. Concrètement, on reproche à Google de privilégier certains sites dans ses résultats de recherche, sites qui, pour certains, sont propriété de Google. Exemple, une recherche vidéo renverra d’abord un lien vers Youtube, une recherche de comparateur de prix renverra d’abord un lien vers Google Shopping, etc. Il n’en fallait pas plus pour que la Commission Européenne pique une colère et, après cinq ans d’enquête, vient tout juste d’accuser officiellement Google d’abus de position dominante.

Cependant, il y a de quoi rester hébété à la lecture du compte-rendu de Margrethe Vestager, nouvelle commissaire à la Concurrence, qui a mené la charge dans ce dossier tant son incompréhension flagrante du fonctionnement de l’internet est confondante pour une personne dont les contribuables européens payent « l’expertise » plus de 24 500 euros par mois. Tentons donc d’y voir plus clair.

À lire Mme Vestager, on serait tenté de croire un instant que chacune de nos recherches sur l’internet serait miraculeusement exécutée par quelque pouvoir divin avant de voir son résultat livré sur un plateau au moteur de recherche qui se contenterait de nous l’afficher sans grand effort dans notre navigateur internet, le méchant Google en profitant évidemment pour triturer les résultats à ce moment-là. N’en déplaise aux plus croyants, les moteurs de recherche sont par défaut des outils de recherche subjectifs dans le sens où les résultats qu’ils affichent dépendent intégralement d’algorithmes que leurs créateurs se sont démenés à créer afin de fouiller de manière efficace l’immensité du net.

Alors bien sûr, les résultats affichés ne peuvent qu’être partiaux, chacun peut s’en convaincre en utilisant alternativement Yahoo, Bing et Google par exemple. Trois algorithmes différents, donc trois résultats potentiellement différents avec chacun ses biais. Et pour peu que les résultats des recherches ne vous conviennent pas, sachez qu’il existe encore plus d’une centaine de moteurs de recherche, avec chacun ses caractéristiques, afin de coller au mieux à vos attentes.

Pourtant, malgré cette offre d’une diversité incroyable, et bien souvent gratuite au demeurant, Google détient 90% du marché français et la situation n’est pas prête de changer. Comment la compagnie californienne a-t-elle atteint une position aussi dominante dans nos habitudes de navigation sur la toile ? En offrant des produits et des services que ses utilisateurs français plébiscitent pardi ! Commençons par le moteur de recherche Google, de loin le meilleur du monde en matière d’innovation, de rapidité et de pertinence des résultats (ex : voir les classements ici ou ici). On pourrait faire le même constat concernant sa plateforme vidéo, Youtube, ou encore son système de messagerie, Gmail, ou bien encore son service de cartographie, Google Maps, et j’en passe.

Alors oui, Google utilise un algorithme qui privilégie les résultats qui appartiennent à son écosystème. Est-ce son droit ? Absolument, de la même manière que chacun a le droit absolu de choisir de ne pas utiliser les services de Google. Seulement voilà, les Européens les utilisent en masse et de manière complètement volontaire, plébiscitant de fait les résultats de recherche de son algorithme par rapport à ceux de la concurrence.

En vérité, en voulant remanier les résultats de nos recherches avec Google, la Commission européenne bafoue éperdument le droit des internautes européens à un accès sans entrave aux services de leur moteur de recherche préféré. Ainsi, à titre personnel, c’est sans hésitation que je choisis un lien Youtube avant un lien Dailymotion, ou encore un lien Google Maps avant un lien Bing Maps. Alors, au nom de tous les Googlers satisfaits, que ceux qui n’aiment pas l’écosystème Google se contentent d’utiliser la concurrence et cessent de vouloir repenser mon expérience de navigation sur Google.